CHAPITRE IV
Les sculptures du Parthénon (suite). — Les métopes. — Caractères du style des métopes et traces d'influences archaïques. — La frise. — Le sujet et la composition. — Influence du style de la frise sur l'art industriel.
La décoration extérieure du Parthénon était complétée par une série de métopes sculptées et par une frise en relief qui courait à la partie supérieure du mur de la cella. En regard des frontons, les métopes et la frise n'offraient, à vrai dire, qu'une importance secondaire, et Phidias en avait laissé l'exécution à ses élèves ou à ses collaborateurs. Néanmoins, ces sculptures concouraient à une conception d'ensemble qui lui appartenait en propre, et, à ce titre, elles ne sauraient être négligées dans ce travail. Elles ont encore un autre intérêt : elles nous font connaître les tendances différentes des artistes qui, sous la direction de Phidias, travaillaient au Parthénon ; elles nous montrent, d'une part, l'influence encore persistante des anciennes écoles, et, de l'autre, l'action directe exercée par le maître sur les artistes plus jeunes qui avaient adopté avec ardeur son style et sa manière.
On n'ignore pas ce qu'il faut entendre par le mot métope : c'est la plaque rectangulaire qui, dans un temple d'ordre dorique, remplit l'intervalle entre deux triglyphes. Alternant ainsi avec les triglyphes, les métopes forment, à la partie supérieure de l'entablement, une sorte de frise qui est un des éléments essentiels de l'ordonnance dorique. De bonne heure, on songea à utiliser cette sorte de tableau carré, soit en y suspendant des objets, tels que des boucliers, soit en le couvrant de sculptures en relief; mais cette décoration ne s'appliquait pas forcément à toutes les métopes. A la fin du vne siècle, ou dans les premières années du vie, le vieux temple dorique de Sélinonte a déjà des métopes sculptées, mais seulement sur la façade. Au milieu du ve siècle, un temple d'Athènes, antérieur de quelques années au Parthénon, celui qu'on appelle vulgairement le Théséion, n'a que dix-huit métopes sculptées; à savoir, dix sur la façade principale, et quatre de chaque côté, en retour d'angle. A Olympie, le temple de Zeus n'avait de métopes ornées qu'au-dessus des portes du pronaos et de l'opisthodome. La règle, on le voit, n'était pas rigoureuse. Les métopes étaient des cadres qu'on pouvait, à l'occasion, remplir de bas-reliefs ou laisser vides; si le temps ou l'argent faisaient défaut, les métopes restaient lisses et unies, sans que l'ordonnance générale de l'architecture en souffrit.
Quand le Parthénon s'élevait, ni les ressources matérielles ni les artistes habiles ne manquaient ; aussi toutes les métopes sont-elles sculptées, en dépit de leur nombre. On en compte en effet quatorze sur chaque façade, et trente-deux sur chacune des faces latérales; en tout quatre-vingt-douze métopes, hautes d'un mètre trente-quatre centimètres, et décorées de sculptures en très haut relief, d'une saillie si accusée, que les figures semblent souvent se détacher du fond. Suivant une habitude que l'art du ve siècle n'avait pas abandonnée, ces reliefs étaient peints : on a pu observer, sur l'une des métopes, des traces de couleur rouge appliquée sur le fond, tandis que les draperies de l'une des figures étaient vertes 4. Un ton très soutenu donnait ainsi une valeur plus forte à la saillie du relief, et la teinte du fond s'opposait à la coloration bleue qui remplissait les rainures des triglyphes.
Avant l'explosion de 1687, les métopes étaient déjà fort mutilées2.