K. Boetticher, Der Zophorus am Parthenon
2. M. von Duhn a proposé un système d'interprétation d'après lequel Phidias aurait groupé, sur la frise orientale, les divinités dont les sanctuaires entouraient l'Acropole. Le choix des divinités lui aurait été inspiré par des raisons religieuses. {Die Gôiterversammlung am Ostfries am Parthenon : Arch. Zeitung, 1 885, p. 99-106.)
8o LES ARTISTES CELEBRES
Zeus assis sur un trône à dossier, emblème de sa souveraineté ; Héra se tourne vers lui, écartant d'un geste élégant les plis de son voile, et Iris se tient debout près du couple divin. Plus loin, Arès, les mains croisées autour de son genou, dans une pose familière, et Déméter, tenant le flambeau des initiations éleusiniennes ; enfin Dionysos, s'appuyant amicalement sur l'épaule d'Hermès, tous deux représentés sous les traits de beaux jeunes gens imberbes. Le groupe de droite montre Athéna sans armes, vêtue du costume des jeunes filles athéniennes1, et près d'elle Héphaistos ; puis Poséidon et Apollon, Peitho et Aphrodite avec le jeune Eros debout devant elle. Invisibles aux yeux des hommes, mais présents néanmoins à la cérémonie sacrée, les Olympiens semblent contempler la belle ordonnance du cortège qui vient s'arrêter à leurs pieds. Suivant l'ingénieuse remarque de M. Murray 2, le sculpteur a fait de l'assemblée des dieux le point central vers lequel convergent lés deux rangs de la procession; un peintre, usant plus librement des ressources de la perspective, aurait traduit la même idée en groupant les dieux en demi-cercle à l'arrière-plan du tableau.
A droite et à gauche du groupe central, les personnages qui forment la tête du cortège ont déjà fait halte. Vêtus de l'himation aux larges plis, appuyés sur de longs bâtons, dans l'attitude que prêtent souvent aux Athéniens de la classe aisée les peintres de vases du ve siècle, ils causent entre eux et semblent attendre le reste de la procession. On y reconnaît les magistrats de la cité, les archontes, les hiéropes, les ordonnateurs officiels de la fête, tous ceux enfin à qui leurs fonctions donnent le droit de figurer aux premiers rangs. L'un d'eux tient une corbeille contenant peut-être le couteau destiné à frapper les victimes, et il s'apprête à la remettre aux canéphores qui s'avancent. On sait que le rôle de canéphores était dévolu aux jeunes filles des plus nobles familles d'Athènes, qui portaient aux Panathénées les corbeilles renfermant les accessoires du sacrifice. Les voici, en effet, vêtues de tuniques aux longs plis rigides, marchant d'un pas mesuré, la tête un peu inclinée, dans une attitude charmante de grâce et de modestie, avec la réserve qui convient à la jeune fille athénienne, sévèrement élevée derrière les portes du gynécée. Derrière elles marchent les femmes métèques, de condition inférieure,
1. Le Louvre possède un fragment de plaque de terre cuite où est reproduite l'Athéna de la frise. (Waldstein, Essays on the art of Pheidias, pl. IX.)
2. Greek sculpture, t. II, p. 27. Cf. Revue archéologique, t. XXXVIII, p. 1 3g.
SPONDOPHORES.
Fragment de la frise Nord. (Athènes.)
fri LES ARTISTES CÉLÈBRES
portant les brûle-parfums, les vases, les phiales de métal, tout le matériel qui servira au sacrifice. A l'angle gauche de la frise, un héraut se retourne comme pour inviter ceux qui suivent à presser le pas, et dès lors c'est sur les faces latérales que se continue la procession.
Les parties nord et sud de la frise offrent les mêmes groupes; sans les décrire en détail, il nous suffira d'en rappeler l'ordonnance. D'abord viennent les victimes, vaches, taureaux et brebis, conduites par des jeunes gens tantôt demi-nus, tantôt strictement drapés jusqu'au menton dans les plis de leur himation : ce sont les victimes offertes par la cité ou envoyées par les colonies athéniennes, suivant l'obligation qu'Athènes impose formellement à chaque colonie fondée par elle 1 . Ensuite défilent les scaphéphores choisis parmi les métèques, et qui, vêtus de tuniques rouges, portent des bassins de bronze et d'argent remplis de gâteaux de miel et de farine destinés au sacrifice ; puis les spondophores, tenant chacun de la main gauche l'anse de l'amphore posée sur son épaule. La suite du cortège comprend les musiciens, joueurs de flûte ou de cithare, et les thallophores, recrutés parmi les vieillards les plus beaux des tribus athéniennes, et qui figurent dans le cortège tenant à la main des branches d'olivier. Enfin commence le défilé des chars et des cavaliers. Les chars sont montés par des cochers en longue tunique et par des hoplites en armes, qui ont pris part au concours des « chars de guerre » dans le stade panathénaïque ; l'attitude des personnages qui, sur la frise nord, semblent descendre des chars ou y remonter, rappelait, par une allusion fort claire pour tous les Athéniens, la course des apobates, partie essentielle des concours ouverts aux grandes Panathénées. Derrière les chars, les cavaliers s'avancent au galop. Les uns, correctement alignés par files de six, comme un escadron de cavalerie dans une parade militaire, représentent peut-être la cavalerie régulière, faisant escorte au cortège sous le commandement de ses hipparques et de ses phylarques. Les autres, au contraire, galopent librement, faisant piaffer leurs chevaux sans souci de conserver leur rang; des ordonnateurs de la fête, à pied au milieu d'eux, essaient de rétablir l'ordre, et de ramener cette troupe brillante à une allure plus mesurée. Sur la frise occidentale, le mouvement se ralentit, et, dit justement Beulé, « nous assistons aux préparatifs et à la toilette des acteurs. Quelques jeunes Athéniens, déjà montés,
i. Voyez par exemple l'inscription relative à la colonie de Bréa: Corpus Inscf A tticarum, I, n° 3g.
essaient leurs chevaux, et vont rejoindre le gros de la marche, qui court sur le côté du nord. D'autres se font amener leurs coursiers, contiennent leur fougue, les brident, les caressent. Quelques-uns se parent pour la fête, en causant avec leurs compagnons. Il y a même des détails d'une intimité et d'un naturel qui montrent un art bien sûr de lui-même. Un
T H É ORES E L V I C T I M E S . Fragment de la frise Sud. (Musée Britannique. )
Athénien passe sa tunique de la même manière que nous passons nos chemises; et, plus loin, un cheval laissé libre chasse d'un mouvement de tête les mouches qui lui piquent la jambe 1 . »
Les gravures que nous plaçons sous les veux du lecteur nous dispensent d'insister plus longuement sur la célèbre cavalcade du Parthénon. Aussi bien la description de cet admirable morceau est comme un des
i. Bculc, L'Acropole d'Athènes, t. II, p. 160, 161.
lieux communs de l'histoire de Part grec. Remarquez seulement quelle place importante la cavalcade occupe dans la frise. A coup sûr le motit est éminemment plastique, et le sculpteur ne pouvait le développer avec trop de complaisance"; mais aussi nul sujet n'était mieux fait pour plaire aux Athéniens. Cette troupe d'une si fière prestance, c'est la cavalerie
THALLOPHORES.
Fragment de La frise Nord. (Athènes.)
attique, réorganisée par Périclès avec un soin tout particulier ; c'est la fleur de la jeunesse athénienne. Dans cette troupe d'élite, dont les cadres étaient encore fort restreints au ve siècle, figuraient tous les jeunes gens appartenant aux plus illustres familles d'Athènes, tous ceux qui par leur richesse, par le luxe de leurs montures1, provoquaient l'attention du
i. Les Nuées d'Aristophane nous font connaître le goût passionné de la jeunesse athénienne pour les 'chevaux de luxe (vers 63 et 1 2 5).
public. La peinture de vases nous fournit l\ ce sujet la matière de curieux rapprochements. Sur les belles coupes attiques du ve siècle, il n'est pas rare de trouver la représentation de jeunes gens à cheval, portant le costume des cavaliers athéniens, les bottines à retroussis, le pétase et la chlamyde ou le manteau orné d'une riche bordure. Une belle coupe peinte par Euphronios1 montre à l'intérieur un de ces cavaliers désignés par