CHAR D'A PO BATE
Fragment de la frise Nord. (Athènes.)
l'inscription : « Léagros est beau ». Ailleurs, sur une hvdrie du Musée Grégorien, le même Léagros est associé à Olympiodoros. Les noms de ces jeunes gens, que leur beauté et leur élégance rendaient si populaires, reviennent constamment sous le pinceau des peintres de vases de cette
i. Monuments inédits publics par la Section française de l'Inst. Archéologique, pl. XV et XVI. Cf. Klein, Enphronios, p. 25 et suivantes. (Dei:h"chri/tcn der Kais. Akademie der Wisscnschaftcn. Vienne, 1879, t. XXIX.)
époque. Léagros, Glaucon, Memnon, Hipparchos, Mégaclès, faisaient paitie de la jeunesse aristocratique de la ville et tenaient à honneur de figurer dans les rangs de la cavalerie. On voit qu'en donnant à la cavalcade une telle importance dans la frise du Parthénon, Phidias s'inspirait des idées courantes et traduisait la prédilection particulière que la popu-
CAVALIERS
Fragment de la frise Sud. (Musée Britannique.)
lation d'Athènes témoignait à ce corps d'élite. Dans ces admirables cavaliers, maniant avec une suprême aisance leurs chevaux pleins de feu, qui se cabrent sous leur main, et les emportent au rythme régulier du galop de parade, l'Athènes de Périclès reconnaissait avec orgueil les plus beaux et les plus brillants de ses enfants.
La frise du Parthénon reproduit-elle exactement la procession des
C À VALIERS.
Fragment de la frise Nord. (Musée Britannique.)
le vaisseau sacré ne figurent dans la procession de marbre. Aucune place
i. Nous ne mentionnerons qu'en passant la théorie de M. Boetticher, qui reconnaît dans la frise non pas la procession elle-même, mais les préparatifs et comme la répétition de la fête. (Der Zophorus am Parthcnon.) M. Curtius incline à s'y rallier. Hist Grecque, trad. Bouché-Leclercq, t. II, p. G?;.) Nous avons adopté une interprétation toute différente en reconnaissant à la partie orientale les apprêts du sacrifice.
n'y est faite à la population d'Athènes qui suivait le cortège. On sait en outre que ni les chars ni les cavaliers ne pénétraient sur l'Acropole: or, c'est là que s'accomplit le sacrifice dont les apprêts, représentés sur la frise orientale, forment comme le point central de la composition. Phidias a donc très librement interprété le sujet qu'il traitait; il a choisi et groupé dans un vaste ensemble les traits les plus saillants, indiquant sommairement les uns, accusant plus fortement les autres, en un mot faisant œuvre d'artiste, et non d'historien. C'est là, au reste, une tradition constante dans l'art grec, jusqu'à l'époque des successeurs d'Alexandre, et elle explique en partie sa puissante originalité. L'art grec du v3 et du ive siècle n'a jamais connu ce souci d'exactitude matérielle qui pèse sur des arts moins libres, celui de l'Assyrie par exemple ; il use de conventions, acceptées par tous, et qui lui permettent une singulière aisance. On n'imagine pas Phidias reproduisant trait pour trait tous les détails de la procession des Panathénées, avec l'exactitude naïve et monotone d'un sculpteur assyrien retraçant sur des dalles d'albâtre les exploits d'un conquérant.
On a souvent remarqué le mélange d'idéal et de réalité qui caractérise la frise, et dont suffirait à témoigner la présence, au milieu des hommes, du groupe des dieux. Lors même que le sculpteur s'inspire de la vie réelle, il n'abdique pas sa liberté. Considérez par exemple la cavalcade : certains détails d'ajustement sont à coup sûr empruntés à la tenue équestre des Athéniens. Ces casques à aigrettes et ces cuirasses, ces pétases à larges bords, ces bonnets de peau de renard, ces bottines à retroussis flottants, le sculpteur pouvait tous les jours les voir dans l'hippodrome où évoluait la cavalerie athénienne. Mais voici d'autre part des cavaliers entièrement nus, ou vêtus seulement de chlamydes flottantes, qui laissent à découvert des corps d'une souplesse et d'une élégance admirables. L'artiste a fait une large part à la convention. La vie réelle lui a seulement fourni des éléments de variété, qui répartis çà et là par une main de maître dans la cavalcade idéale, en écartent l'uniformité et la monotonie. C'est là le secret de cette grâce inimitable répandue sur les figures de la frise. Ces personnages si vivants ont comme une réalité immatérielle. Cette procession sacrée dont l'harmonieuse ordonnance se déroule lentement, ce cortège de cavaliers s'avançant à flots pressés et tumultueux, semblent se mouvoir dans une atmosphère idéale, sous la lumière d'un ciel divin.
oo LES ARTISTES CELEBRES
En décrivant sommairement la frise, nous avons essayé de montrer quelle parfaite unité de pensée révèle la composition. Aussi n'hésitonsnous pas à reconnaître, dans ce vaste ensemble, d'une ordonnance si magistrale, l'inspiration de Phidias. C'est lui qui a dessiné le plan. C'est
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Fragment de la frise Nord. (Musée Britannique. i
à son influence directe que la frise doit ses caractères les plus originaux : la continuité du mouvement remplaçant la disposition par groupes isolés qu'on observe encore dans la frise du Théséion ; un parti pris de peintre appliqué pour la première fois à la sculpture en bas-relief; des figures placées sur plusieurs plans, comme dans la cavalcade, avec une hardiesse inconnue aux maîtres archaïques. Mais si la conception de la frise appar-
tient à Phidias, l'exécution est à coup sûr une œuvre collective. Les basreliefs du Parthénon sont comme le manifeste de l'école de Phidias; ils sont sortis de l'atelier du maître. Malgré le zèle qu'ils ont mis à s'assimiler la manière du grand sculpteur, ses élèves étaient pourtant de force inégale; certaines parties de la frise dénotent un faire timide et sec, qui contraste avec le style libre et aisé de la plupart des autres bas-reliefs. Nous n'insisterons pas sur ces inégalités ; aussi bien, pour apprécier le style de la frise, pour mesurer la part de nouveauté que l'école de Phidias a introduite dans la technique du bas-relief, il convient de considérer beaucoup plutôt les morceaux de l'art le plus achevé.
Avant Phidias, les artistes athéniens avaient déjà déployé dans l'art du bas-relief les qualités les plus précieuses. La stèle du Discobole, le marbre de l'Acropole représentant une femme montant sur un char, trahissent une recherche d'élégance, un goût pour la finesse qui sont bien attiques. Mais rapprochez ces œuvres archaïques des sculptures du Parthénon : vous sentirez quelles qualités nouvelles ont surgi sous l'influence d'un maître, quelle souplesse et quelle largeur ont succédé à ce faire minutieux auquel se complaisaient les vieux sculpteurs d'Athènes. Le bas-relief a pris une vie et une couleur singulières, sans que le sentiment de la grâce y ait rien perdu. Avec une saillie peu accusée, l'effet a toute sa valeur. Un jeu savant d'ombres et de lumières rend toutes les nuances de la forme; une touche grasse et sobre à la fois en exprime toutes les délicatesses. Ainsi conçu, le bas-relief a un charme et une saveur qui ne s'analysent pas. Il est impossible de rendre avec des mots l'exquise élégance de ces draperies aux plis si librement jetés, la vérité de ces attitudes d'une aisance si naturelle et si peu cherchée, le sentiment de la vie qui éclate dans les moindres gestes, et par-dessus tout cette noblesse et cette grâce qui réalisent dans la plastique toutes les qualités que nous résumons d'un mot : l'atticisme.
Ce style nouveau, inauguré par les élèves de Phidias, était tout à fait particulier à l'Attique ; aussi ne tarde-t-il pas à y prédominer. En Grèce, plus que partout ailleurs, l'art industriel s'est toujours inspiré du grand art et en a reflété les caractères. On peut mesurer la popularité d'un maître à l'influence qu'il a exercée sur les artistes de condition et de talent plus modestes, qui sculptaient les monuments funéraires, les bas-reliefs votifs, les en-tête de stèle, en un mot sur les simples marbriers. Il n'est pas
douteux que la frise du Parthénon ait contribué pour une large part à élever le niveau de la sculpture industrielle. Dans la seconde moitié du ve siècle, les bas-reliefs qui décorent les stèles où sont gravés les décrets officiels dénotent un style très libre et très élégant, et l'on voit apparaître ces belles stèles funéraires, dont les fouilles du Céramique nous
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Fragment de la frise Nord. (Masco Britannique.)
ont livré d'admirables spécimens. Ce n'est pas seulement par les qualités de l'exécution qu'elles se rapprochent des bas-reliefs du Parthénon. Les types traités par les sculpteurs ont le caractère idéal, la dignité tranquille des personnages de la frise ; ils en ont aussi quelques-uns des traits les plus particuliers. On connaît par exemple cette figure d'un homme d'âge mûr, drapé avec aisance dans l'himation qui laisse à découvert le buste et les bras : c'est, sur les stèles funéraires, le type
classique de l'Athénien. Or, c'était sous les mêmes traits que l'école de Phidias avait représenté au Parthénon les vieillards thallophores et les magistrats de la cité ,. Voici une imitation plus directe encore. Un bas-relief votif trouvé au Pirée, représentant un apobate vainqueur aux jeux panathénaïques, reproduit presque exactement un fragment de la frise nord : le marbrier n'a pas trouvé de meilleur modèle,