‹ PhidiasChapitre 54 sur 56 · Thémistius, Orat · texte numérisé non relu

Thémistius, Orat

renseignement du maître. Tout d'abord, la période qui suit immédiatement sa mort est troublée par la guerre, par les crises politiques qui se succèdent à Athènes; aucun moment n'est moins favorable à l'entreprise de grands travaux. Après la construction des Propylées, celle de l'Érechthéion se poursuit lentement, avec de nombreuses interruptions, et s'arrête en 406 ; les petites dimensions du temple de la Victoire Aptère, qui est antérieur à l'Erechthéion , ne permettaient pas un grand développement de décoration sculpturale. Rien, à Athènes, ne pouvait soutenir cette prodigieuse activité artistique provoquée par les travaux du Parthénon. Mais la raison décisive par laquelle on peut expliquer le peu d'éclat de l'école de Phidias, est sans doute la puissante originalité du maître, qui a absorbé celle de ses disciples. Un de ses élèves de prédilection, Agoracrite de Paros, semble avoir mis son point d'honneur à imiter la manière de Phidias, avec l'ardeur qu'apportait Jules Romain à copier Raphaël; on allait jusqu'à dire que Phidias exécutait des statues que signait Agoracrite. La même présomption s'impose pour Colotès, dont les œuvres étaient parfois confondues avec celles de son maître. Comment ces élèves si dociles, — les seuls d'ailleurs de l'atelier de Phidias qui aient laissé un nom — n'auraient-ils pas abdiqué toute indépendance ? Il ne pouvait en être autrement. Les élèves de Phidias étaient réellement ses collaborateurs; son atelier était organisé pour l'exécution de grandes œuvres collectives, qui exigeaient, avec le concours de plusieurs artistes, une parfaite unité de style et de direction. Tant que le maître était présent, ces artistes se sentaient supérieurs à euxmêmes. La direction venant à manquer, l'école se disperse. Les uns, comme dans la frise de Phigalie, exagèrent la manière de Phidias, et tombent dans l'enflure et l'emphase; les autres, au contraire, semblent faire leur choix dans les multiples qualités du maître, et recherchent surtout la grâce et le pathétique; la frise de la Victoire Aptère inaugure cette évolution qui donnera naissance à la nouvelle école attique, dont Praxitèle est le plus glorieux représentant.

Le style de Phidias n'était pas de ceux qui peuvent se transmettre, même aux disciples les mieux doués. Il accuse des qualités trop fortes, trop personnelles, pour revivre dans une école. Le grand sculpteur d'Athènes résume en lui les aptitudes les plus hautes de l'esprit grec, et son génie dépasse les limites étroites d'une tradition particulière. Aussi

bien, après tant de siècles écoulés, Phidias n'a pas encore trouvé son rival. D'autres, et des plus illustres, ont pu frayer à l'art des voies nouvelles, créer, comme Praxitèle, des types d'une exquise délicatesse, ou bien, comme Lysippe, pousser jusqu'à la perfection la science du modelé; ou bien encore, si nous quittons l'antiquité, concevoir, comme Michel-Ange, ces figures grandioses où éclatent la fougue et les outrances d'une âme ardente et tourmentée. Si grands que soient ces maîtres, et quels que soient leurs titres à notre admiration, Phidias les domine encore. Seul il a possédé le secret de cette majestueuse simplicité, de cette grâce puissante et fière, de cette noblesse divine, qui donnent aux statues du Parthénon leur beauté radieuse et leur éternelle jeunesse. Les marbres sculptés par sa main restent des modèles inimitables, dont on peut dire, avec le poète latin : « Longe sequere, et vestigia semper adora ».

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