‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 105 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. Ul · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. Ul

de la netteté des divisions, du large développement et de la fermeté des masses , c'est-à-dire de la grandeur du style *• »

Si la sagacité et l'érudition suffisaient pour reconstituer, d'après des données incomplètes , une œuvre telle que celle de Phidias, dont l'analogue n'existe pas dans l'art moderne , la restitution du trône et du colosse d'Olympie par Quatremère serait sans doute de tout point admirable. Mais, même en ne prenant ses dessins que pour des explications peintes , suivant une expression de M. Beulé, et en n'y voyant que la disposition générale, on sent qu'il manque à cette restitution le génie de Tart pour vivifier celui de l'archéologie. J'ignore ce qu'une main d'artiste eût fait des planches du Jupiter Olympien en restant fidèle aux explications de l'auteur, mais je crois volontiers qu'une intelligence d'artiste eût trouvé dans la description de Pausanias de quoi mieux justifier pour nous la grandeur et la magnificence que tous les témoignages anciens s'accordent et reconnaître à l'œuvre de Phidias. Si une restauration de ce merveilleux ouvrage était possible, elle devrait se faire dans la tête et par la main d'un artiste. C'est au crayon , conduit par une main inspirée, à poursuivre, de ligne en Hgne, de contour en contour, d'essai en essai, la solution des problèmes que l'insuffisance des textes nous a laissés à résoudre dans l'œuvre de Phidias. La muse de l'art seule peut connaître et enseigner les mys-

1. Mëm. sur les progr. de la scidpf. qrecq. dans VHist. de la sculpL ant.j recueil de dissertations publiées par P. Lacroix, p. 151.

« maux. C'est pour louer ce seul ouvrage qu'on voit « s'enfler l'éloquence grecque, laquelle est loin de pou- « voir être taxée de proxilité dans la description des « œuvres de l'art, et, pour le faste retentissant des « paroles, reste bien en arrière de nos modernes *. »

Sans doute un bien légitime orgueil dut gonfler la poitrine de Phidias, lorsque, d'une main que l'âge n'avait pu affaiblir et qui venait de terminer son chef-d'œuvre, il traçait au bas de sa statue cette inscription : « Phi- « dias, fils de Gharmide, athénien, m'a fait 2. »

On assure qu'il pria Jupiter de vouloir bien lui faire connaître par un signe qu'il approuvait son ouvrage , et qu'à l'instant la foudre gronda sur le temple, puis vint, en signe d'approbation divine, frapper le pavé au-devant de la statue, « à l'endroit, dit Pausanias qui rapi¥)rte le fait, où l'on voyait de mon temps un vase d'airain avec son couvercle. »

L'idée d'un dieu suprême paraît avoir été commune à tous les peuples d'origine arienne. Nous voyons dans r Indra védique un roi du ciel, armé de la foudre, en lutte incessante avec les ennemis de la lumière, les dieux des nuages, de l'obscurité, de la terre et des montagnes^. C'est d'après ce type primitif, et d'un mélange de fables populaires transformées par le génie poétique et philosophique de la Grèce, que s'est formée l'image du Jupiter

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