DEUXIÈME PARTIE. ^ CHAPITRE I. M
bas-reliefs, dix-sept statues ou fragments de statue des frontons furent enlevés avec grand'peîne et à grands frais de la place qu'ils occupaient^. Il parait bien qu'on ne prit pas toutes les précautions nécessaires pour éviter d'endommager Tédifice ainsi dépouillé de ses ornements les plus précieux. « Des ouvriers, dit Chateaubriand, ont d'abord brisé l'architrave et jeté en bas des chapiteaux; ensuite, au lieu de faire sortir les métopes de leurs coulisses, les barbares ont trouvé plus commode de rompre la corniche ^. » Ces faits ne doivent pas être imputés directement à lord Elgin ;- néanmoins , il demeure jusqu'à un certain point responsable de la brutalité de ses agents et des ouvriers employés par eux. D'après le témoignage de M. Hamilton 5, le peuple d'Athènes vit avec indifférence la spoliation autorisée par le firman de la Porte, et aucune marque de mécontentement ne vint troubler les ouvriers, qui étaient euxmêmes des Grecs, pendant le long espace de temps que dura le travail de Tenlèvement et du transport des marbres sur les navires.
L'embarquement de la plus grande partie de ces ri-
i. Il n'est question ici que des marbres enlevés du Parthénon. La collection de lord Elgin en contient d'autres, comme on sait, qui proviennent du temple de la Victoire, de rErechthéion et de plusieurs autres monuments.
2. Itinéraire de Paris à Jérusalem^ t. I, p. l/i6, de l'édition de Ladvocat. Paris, 1829.
3. Report from the sélect Committeej etc., minutes of évidence, p. 26. — William Richard Hamilton, qui avait obtenu pour lord Elgin, du roi des Deux-Siciles, l'autorisation d'engager Lusieri, et qui avait rejoint ensuite l'ambassadeur à Gonstantinople, est le même qui fut si connu comme ministre d'Angleterre à Naples.
chesses de Tart, dépouilles opimes d'un peuple jadis grand, et leur départ du Pirée pour l'Angleterre, eurent lieu en 1802. Mais, à défaut de ces Grecs esclaves qui se laissaient dépouiller en silence, il sembla que Minerve, ou quelque autre divinité protectrice d'Athènes, voulût venger sur les barbares du Nord, profanateurs et spoliateurs des anciens temples, le larcin fait à la ville de Cécrops.
L'un des navires qui emmenaient ainsi en captivité les images des héros et des dieux de la Grèce antique, le Mentor^ fit naufrage près de l'île de Cérigo. Il fallut chercher des plongeurs pour repêcher ces marbres submergés qui paraissaient fuir au fond de la mer la honte et l'ennui d'un exil chez les barbares. On comprend que ce travail fut long et difficile. Enfin, après beaucoup de peine et une dépense considérable , on parvint à retirer de l'eau et à transporter à Malte, d'où elle fut dirigée ensuite sur l'Angleterre, la précieuse cargaison. Pour comble de tribulations, à l'époque où ces trésors ainsi conquis sur Minerve et reconquis sur Neptune débarquaient enfin sur le sol anglais, leur infortuné propriétaire était, avec d'autres étrangers illustres, retenu en France par une mesure de Bonaparte. Ce fut pendant cette détention que lord Elgin reçut du gouvernement français, pour l'acquisition de sa collection de marbres, des offres considérables et qui dépassaient le prix qu'il obtint depuis en Angleterre. Soit patriotisme, soit toute autre raison, il refusa de vendre à une nation étrangère ces trésors dont il savait estimer la valeur. Toute la conduite de lord Elgin témoigne en lui de la noble