‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 165 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I

ambition de servir le progrès des beaux -arts dans sa patrie, en dotant l'Angleterre d'une collection sans rivale des plus admirables antique^. De retour dans ses foyers, il fit à Londres une exposition publique de ses marbres; mais l'accueil que les chefs-d'œuvre de Phidias trouvèrent d'abord dans le public n'était guère propre à satisfaire leur possesseur et à le dédommager de ses peines. On contesta d'abord aux statues du Parthénon l'honneur d'appartenir à l'époque de Périclès; on voulut n'y voir, avec Spon et Wheler, que des ouvrages du temps de la décadence romaine ; Adrien , disait-on , les avait placés dans les frontons que Phidias avait laissés vides.

Cette objection ne pouvait s'appliquer qu'aux ouvrages en ronde bosse, et ne regardaient pas les sculptures de haut ou bas-relief : celles-ci étaient évidemment contemporaines de l'édifice ; mais on se servait d'un autre argument pour les déprécier. Dans un ouvrage publié, en 1809, par la Société des Dilettanti, sur les antiques les plus remarquables des diverses collections de la Grande-Bretagne, tandis que les statues du Parthénon ne sont pas même mentionnées, les bas-reliefs du même temple sont traités avec un respect très-léger. Suivant les auteurs de ces Spécimens^ Phidias avait pu donner, en eflfet, les dessins d'après lesquels avaient été exécutées les sculptures des frises du temple de Minerve ; mais ces morceaux de sculpture architectonique exécutés par des ouvriers à peine dignes du nom d'artistes, et destinés seulement à produire des effets de perspective, n'étaient nullement propres à donner une idée des talents du

maître^ et ne pouvaient jeter que peu de lumière sur les détails importants de son art ^.

Si lord Elgin avait compté produire un grand effet par l'exposition des objets de sa découverte, la froideur du public dut lui faire éprouver un amer et cruel désappointement; et s'il n'en arriva pas à douter lui-même de la valeur de sa collection, il est certain qu'il hésita à en proposer l'acquisition à son gouvernement, de peur sans doute de voir son offre rejetée ou de ne pas trouver un prix égal à ses sacrifices. Mais l'Angleterre ne devait pas toujours être aveugle aux beautés de l'œuvre de Phidias. Les yeux s'ouvrirent peu à peu, et parmi ceux qui contribuèrent à en faire tomber les écailles, il faut compter en première ligne le peintre Haydon. Cet artiste, un de ces génies incomplets, chez qui la faculté de concevoir est paralysée par une impuissance fatale d'exécution; qui, durant une vie inquiète, terminée en 1846 par le suicide, rendit à l'art, par ses leçons, les services qu'il ne pouvait lui rendre par ses ouvrages, professait une admiration passionnée pour les statues du Parthénon : il mit tout en œuvre pour inoculer son enthousiasme à ses compatriotes. Plein des chefs-d'œuvre qu'il ne cessait de visiter et de dessiner, il en parlait à tout venant et proclamait leur supériorité sur tout ce qui reste de l'art antique ; il produisit une révolution dans les arts par le détrônement de l'Apollon, regardé alors comme le chefd'œuvre de la sculpture et le type suprême du beau, au

1. spécimens of ancient sculpture selecled from différent collections in GrecU^Britain, London, 1S09.

Page 1