‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 249 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI

confondue*. On la disait mère d'Hélène et des Dioscures^. Dans ma pensée, le voile qui l'enveloppe et qui ne s'ouvre que pour le seul Jupiter figure le mystère qui enveloppe les lois éternelles, dont la sagesse divine a seule le secret.

La pose du bras est à peu près celle qu'on voit souvent dans les représentations de cette déesse ; elle figure la coudée et présente l'idée de mesure. La jeune femme qui se tient debout devant Némésis est Hélène, la fille de Némésis et l'amante de Thésée, que ce héros d'Athènes enleva comme elle sortait à peine de l'enfance, pour l'avoir vue figurer dans un chœur de jeunes filles où sa beauté effaçait, par son éclat naissant, toutes les autres^. C'est à cet âge que l'artiste l'a représentée. C'est à ce premier mariage avec Thésée que se ratta-

« Hélène, qu'enfanta Némésis à la belle chevelure, après s'être unie « à l'amoureux Jupiter, roi des dieux, par la puissance invincible « du destin. Elle fuyait, refusant de céder au fils de Saturne, par un « sentiment de secrète pudeur. A travers la terre, à travers les flots « noirs de la mer infertile, elle fuyait, poursuivie par Jupiter, qui « brûlait du désir de l'atteindre. Tantôt dans les vagues de la mer « retentissante, transformée en poisson, elle troublait l'abîme; « tantôt à travers le fleuve Océan elle errait aux confins de la terre, « ou bien elle parcourait le continent gléheux. Sans cesse trans- « formée en toutes les sortes d'animaux que nourrît le continent, « elle yeflbrçait d'échapper à l'étreinte divine. » "^

1. Pour révhémériste Lactance, Léda était la personne humaine dont la mythologie avait fait une déesse sous le nom de Némésis. [De falsa religions j lib. I.)

2. Pausanias, I, 33; Stasînus, Chants cypriens, dans Athénée, VIII, 3.

3. Isocrate, Éloge d'Hélène au commencement. L'enlèvement d*Hélène par Thésée et Pirithoûs était représenté sur le trône d'Amyclée. (Pausan,, III, 18.)

chait le nom d'Hélène, ainsi que celui des Dioscures, dans les antiques traditions d'Athènes^.

Il devient naturel que Thésée soit représenté dans cette série tout près d'Hélène et qu'il ait les Dioscures devant lui. Tous ces personnages font partie d'une même famille de dieux particulièrement honorée des Athéniens 2. Vénus est ici à la fois corjime Vénus Uranie en rapport avec des divinités stellaires, comme Vénus Pandémos présidant à l'alliance des tribus de TAttique, et comme déesse de la passion ayant inspiré les amours de Thésée et d'Hélène. Le flambeau qu'elle tient dans la main peut être considéré comme un symbole d'une vie cosmique ou erotique. Mais je crois plutôt qu'il est ici pour rappeler certain rapport du culte de Vénus avec celui de Minerve : c'est dans l'enceinte consacrée à Vénus aux jardins que les Erréphores allaient, un flambeau à la main, dans la nuit qui précédait la célébration des Panathénées, chercher au fond d'une grotte les objets mystérieux qu'elles rapportaient au temple de Minerve *.

Nous voici arrivés aux sujets représentés au-dessus de

1. Une autre tradition avait fait donner le nom d'Hélène à une île voisine du cap Sunium : Paris s'y était, disait-on, arrêté avec elle après leur fuite de Sparte, et c'est là qu'il avait joui pour la prenière fois des charmes de cette épouse infidèle de Ménélas. (Strabon, 1. IX.) Voy. sur l'île d'Hélène, Brondsted. {Voyages et recherches en Grèce, i'* livraison, suppl. B, n° 1.)

2. On m'objectera peut-être que Thésée avait cinquante ans, au dire d'Hellanicus cité par Plutarque {Thésée, XXXI), lorsqu'il enleva Hélène à peine nubile, et qu'il serait représenté ici dans toute la vigueur de la jeunesse. Mais, outre que cette tradition relative à son âge n'était peut-être pas générale ni constante, il a pu être rajeuni par une licence de l'artiste.

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