DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI
consacrer la statue d'or et d'ivoire, pour communiquer à la nouvelle, à la véritable image de Minerve, le seul prestige que l'art n'avait pu lui donner, celui de l'antiquité des souvenirs et de la vénération qui s'y attache. Par là s'explique la présence du péplos dans le pronaôs du nouveau temple ; par là se comprend mieux encore cette assistance auguste des divinités les plus révérées de l'Attique. Invitées à la solennité, elles avaient quitté leurs sanctuaires pour honorer de leurs regards sur le mont sacré des Athéniens l'inauguration du merveilleux simulacre où l'esprit des vieilles religions venait se rencontrer et se fondre avec le génie nouveau des arts. Tel était le poëme écrit au ciseau sur les murailles du Parthénon. Cette épopée nationale commençait à la naissance de Minerve et à ses victoires sur les divinités ennemies, c'est-à-dire au premier établissement des Athéniens dans l'Attique. Puis venaient les exploits de leur âge héroïque contre la barbarie, les premiers essais de civilisation, l'établissement du culte, et en dernier lieu les victoires sur les Perses. La conclusion du poëme était la consécration d'un nouveau temple et d'une nouvelle statue à Minerve au milieu d'une grande fête religieuse destinée à rappeler l'origine de l'état athénien et à célébrer le culte national. Des dieux, jadis ennemis, réconciliés maintenant, y présidaient à l'union des peuples sous les mêmes lois et le même gouvernement. C'était le poëme mythique et symbolique de la civilisation et de la grandeur d'Athènes. L'exécution était digne du sujet.
Il n'y a qu'une voix sur Tincoraparable beauté de la frise du Parthénon. Les suffrages enthousiastes déjuges tels que Nollekens, Westmacott, Chauntry, Rossi, Lawrence, Benjamin West, ou tels que Visconti, Quatremère de Quincy, Canova, lors de l'acquisition des marbres d'Elgin par le gouvernement anglais, ont depuis été confirmés par l'admiration universelle des artistes, des archéologues et de tout le public éclairé de l'Europe. De nombreuses reproductions ont fait à ces sculptures une renommée populaire. Ce qui frappe surtout dans la frise du Parthénon, avec l'aisance, la grâce, la largeur, la souplesse, la variété et la fraîcheur du style, c'est le mouvement de toute la composition qui entraîne le regard et l'imagination du spectateur et le laisse à peine s'arrêter aux détails; c'est cette vie et cette beauté de l'ensemble qui reflètent, pour ainsi dire, sur chaque figure en particulier l'harmonie générale, comme dans l'œuvre d'un grand poète chaque vers vit de la vie du tout, chaque mot semble respirer la force et la grâce qui animent le poëme tout entier. « Cette inépuisable succes- « sion de sujets, ce mouvement qui entraîne l'esprit, cette « multiplicité déposes, d'attitudes, de motifs divers, cette « vie imprimée à toutes les figures, et dont l'effet rachète « ce que l'art aurait pu négliger; tout cela ôte jusqu'à la « pensée d'y chercher des défauts. Celui qu'on trouce verait dans une figure se trouve, si l'on peut dire, « corrigé par celle qui en est exempte. Alors on com- « prend que ce ne sont point des défauts que ceux qui « proviennent des qualités d'où sort la beauté même ,