DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII
tous les regards devaient monter et converger de loin vers lui; où les chefs-d'œuvre des arts allaient de tous côtés l'environner et lui faire, pour ainsi dire, cortège; où tout un peuple, le plus illustre de la Grèce, allait se presser au pied du monument de sa religion et de sa nationalité, cette position éminente invitait à déployer sur les murs extérieurs toute la magnificence et toute la beauté possibles, afin de mettre l'édifice en harmonie avec la splendeur des lieux et la richesse de la cité. Le Parthénon ne devait-il pas être, de tous les monuments d'une ville qui abondait en éhefs-d'œuvre d'architecture et de sculpture, le plus beau et le plus regardé? II n'en était pas de même à Bassœ. Là, au milieu d'une nature agreste, dans un replis perdu d'une chaîne de montagnes, on n'avait pas les mêmes raisons de développer à l'extérieur les ressources de l'art: mais on était plutôt, au contraire, porté à les concentrer dans le secret de l'intérieur. De là le caractère particulier du temple de Phigalie et la place réservée aux sculptures qui le décorent ; de là peut-être aussi cette forme étroite, allongée, laquelle semble convenir également à la nudité du dehors, où rien ne s'épanouit, et aux mystérieuses perspectives du dedans, où l'art avait concentré ses trésors, où la statue de la divinité du lieu paraissait fuir au regard dans l'ombre d'un lointain sanctuaire.
Les bas-reliefs du temple de Bassae.qui sont au musée de Londres forment vingt-trois plaques en marbre de Paros d'une hauteur de deux pieds deux pouces et demi anglais. La frise, comme je l'ai dit, courait au-dessus des colonnes élevées à l'intérieur de la cella. Les sujets
étaient la centauromachie et la guerre des Amazones; c'était, comme on le voit, la légende athénienne qui les avait fournis. Aussi Thésée y avait-il le rôle principal. Apollon, qui prend part à la lutte, joue ici le rôle d'un dieu ionien; c'est l'Apollon Patroûs d'Athènes*. Suivant l'explication donnée par M. de Stackelberg, les Amazones, ayant atta'qué l'antique séjour d'Apollon, Athènes, sont chassées par Thésée du sanctuaire qu'elles avaient envahi : tel est le sujet d'une partie de la frise. Une autre partie représente le héros d'Athènes combattant avec les Lapithes, peuple aimé d'Apollon, contre les Centaures, aux noces fameuses de Pirithoùs, et sauvant, par le meurtre du farouche Eurytion , la pureté menacée d'Hippodamie.
Je n'ai pas à décrire en détail les bas-reliefs de Phigalie, on en trouve l'explication complète avec planches dans le bel ouvrage de M. de Stackelberg et dans le texte que M. Charles Lenormant a rédigé pour le Trésor de numismatique et de glyptique. Je veux seulement ici indiquer le sujet et dire quelques mots du caractère de ces sculptures, afin de pouvoir les comparer aux basreliefs du Parthénon. D'après l'ordre établi par M. de Stackelberg entre les' fragments de la frise phigalienne, la composition a dû avoir son commencement à l'angle nord-ouest de l'édifice et se prolonger d'abord sur le petit côté nord et le grand côté est de la cella : ce premier développement comprenait onze plaques, qui représentaient le combat des Athéniens contre les Ama-
1. Voyez sur rApoUon ionien, Alf. Maury, Histoire des religions de la Grèce antiqtie, 1. 1, p. l/i5 et l/i6.