‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 258 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII

M. Blouet, dans sa restitution du temple de Phigalie*, avait, avant M. Lenormant, placé la statue d'Apollon dans le second sanctuaire, dans celui qui occupait la place de l'opisthodome. C'est là, en effet, qu'on a retrouvé des fragments en marbre de pieds et de mains de proportion colossale, qui ne peuvent avoir appartenu qu'à cette statue. L'ancienne statue de bronze ayant été transportée à Mégalopolis par les Phigaliens, lors de la fondation de cette ville par Épaminondas, il est probable, et c'est l'opinion de M. de Stackelberg, qu'on aura remplacé ce premier simulacre par une statue du genre des acrolithes. Lors de la violation du sanctuaire, on aura détruit la tête de marbre et brûlé le corps de bois de l'acrolithe ; les pieds et les mains brisés ont laissé leurs débris sur la place. L'Apollon de Phigalie était un Apollon musàgète : il était vêtu de la tunique longue et avait la lyre à la main.

M. de Stackelberg met la statue d'Apollon au-devant de la colonne corinthienne 2, dans la cella. Mais, èi Von réfléchit à la dimension colossale que devait avoir cette statue, on trouvera qu'à cette place elle se fût élevée sans doute de manière à interrompre la partie de la frise qui était à cet endroit; tout au moins eût-elle nui à l'effet que cette frise devait produire en attirant ailleurs l'attention des visiteurs du temple. Cette considération et le témoignage des fouilles doivent suffire pour faire rétablir la statue au milieu du second sanctuaire, où l'ont placée,

1. Voy. Y Expédition scientifique de Morée, val. II, p. 5 etsuiv.

2. Suivant M. Lebas, cette colonne eût été la représentation symbolique de Diane.

en effet, MM.Blouet et Lenormant. Ainsi s'expliquent peutêtre la suppression de i'opisthodome, et, par suite, l'invention de ces niches formées entre les colonnes, probablement fermées de grilles, et qui ont dû servir au dépôt des objets précieux ordinairement déposés dans Topisthodome. On sait que l'opisthodome était un lieu fermé au public, ordinairement sans communication avec Tintérieur du temple, et n'ayant de sortie que sur le dehors. Or, au temple de Bassse, on ne voit aucun vestige de porte à la façade postérieure. Quelle raison avait pu faire ainsi supprimer Topisthodome, sinon celle de donner, dans un sanctuaire approprié, une place digne d'elle à la statue du dieu, en laissant les sculptures de la frise attirer exclusivement l'attention dans la cella?

Mais pourquoi cette exception à la coutume qui rejetait les bas-reliefs à la partie extérieure des sanctuaires? On peut en trouver plusieurs motifs. Celui qui se présente le premier est le besoin d'innovation qui a pu s'emparer d'un artiste tel qu'Ictinuset lui suggérer les irrégularités du plan et de la proportion du temple de Bassae. Après avoir élevé, dans le Parthénon, le chef-d'œuvre de l'architecture suivant les règles ordinaires, il n'aura trouvé d'autre moyen de ne pas se montrer au-dessous de lui-même dans un autre ouvrage que de le construire sur un plan tout différent et en même temps tout nouveau. J'ajouterai que,, dans cette circonstance, il a pu, en grand artiste qu'il était, s'inspirer d'une manière heureuse de la nature et du caractère du site au milieu duquel il était appelé à élever le nouveau chef-d'œuvre de son art. A Athènes, la position du Parthénon à une place où

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