‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 272 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII

raison, le p^^rtage des dieux dans leurs simulacres. Elles n'excluent ni la vie ni le mouvement (qui pourrait croire que Périclès s'interdît l'action oratoire?); mais elles commandent la mesure, répriment l'impétuosité naturelle, produisent l'harmonie et la beauté. Le même principe a été appliqué aux statues du Parthénon, qui sont loin d'être pour cela immobiles ou froides; c'est celui qui doit présider aux œuvres de la sculpture. Phidias a donc possédé au degré le plus éminent toutes les hautes qualités de son art, et n'a laissé à réaliser à ses successeurs que des progrès d'un ordre secondaire ou qui tendaient à faire sortir la sculpture, par des tentatives hasardeuses, de son légitime domaine.

11 s'agit maintenant d'apprécier le caractère du progrès opéré dans l'art par Phidias. Pour juger du pas immense qu'il a fait faire à la sculpture, il suffira de comparer les statues du Parthénon avec des monuments d'une époque un peu antérieure, telles que, par exemple, les statues d'Égine ou les bas- reliefs du temple de Thésée. Les probabilités historiques, ainsi que le caractère de l'architecture, tendent à assigner pour âge au temple d'où les marbres d'Égine ont été tirés l'époque qui suivit la victoire de Salamine^. Ce fut alors qu'au milieu de la paix et de la prospérité de l'île les arts atteignirent à Égine leur apogée. L'architecture du temple dont il s'agit le rapproche du Théséion auquel, suivant le calcul d'O. Mùller, il n'a du être antérieur que d'une douzaine

1. L'époque la plus florissante de l'île d'Égine se place, en effet, après les guerres persiques, entre la kl^ et la liS^" année avant notre ère.

d'années*. En plaçant la fondation du tenipleà la 3* année de la 75* olympiade (iTSav. J.-C.)»au moment même où Athènes relevait ses murailles détruites par les Perses, on explique naturellement les sujets qui étaient représentés sur les frontons : c'étaient les exploits des héros Éacides au siège de Troie. On sait que la victoire de Salamine avait été gagnée par les vaisseaux des Éginètes réunis à ceux des Athéniens. On affirmait que les fantômes armés des Éacides avaient combattu dans cette journée pour la cause de la Grèce 2. Leur réunion à Minerve, patronne d'Athènes, dans les frontons du tçmple de Jupiter Panbellénien, et le nom même de ce temple, indiquaient la réconciliation opérée par le danger commun et la commune victoire entre les deux grandes races dorienne et ionienne *.

On connaît les statues d'Égine. Admirables en ellesmêmes et presque parfaites dans leur genre, elles sont effacées par les statues du Parthénon comme le génie des Éginètes est éclipsé par celui des Athéniens. En comparant les unes aux autres, on a devant les yeux moins deux époques de Fart que deux arts différents. Pausanias parle en divers endroits de l'art d'Égine comme d'un art particulier qu'il distingue tantôt de l'art égyptien '*,

1. Mûller pense que le temple d'Égine a dû être bâti pendant la 75« et le Théséion pendant la 78* olympiade. {Man, cTarch,, $ 81.)

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