PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
son piédestal entouré de riches offrandes ^ la fumée des sacrifices.
La sculpture avait concouru avec Tarchitecture à faire du Partbénon la merveille de la Grèce antique. Outre la statue d'or et d'ivoire dont je vais parler et qui était dans l'intérieur du naos, il y avait des statues de 'marbre dans les triangles des deux frontons, et d'admirables bas-reliefs décoraient également l'extérieur du temple. Nous possédons, comme on sait, un certain nombre de ces sculptures. Une frise sculptée, dont une portion est encore en place et dont une autre à péri, tandis que la portion la plus considérable se voit au Musée de Londres, ornait extérieurement la partie supérieure des murs du naos. Au-dessus des colonnes du péristyle, les triglyphes de Tordre dorique séparaient des métopes de haut-relief, enlevées la plupart par lord Elgin, avec ce qui restait des statues des frontons, comme on le verra dans la seconde partie de ce livre. La richesse d'une telle décoration n'a pas besoin qu'on la fasse remarquer ; elle tire une beauté de plus de son contraste avec la simplicité du reste du monument. Ces colonnes sans bases, élevées sur trois degrés gigantesques, ces chapiteaux d'un pur style dorique, ces triglyphes, ces frontons triangulaires , tout cet ensemble de lignes sévères et majestueuses qui donne à cet édifice un caractère si grandiose, auraient sans doute paru froids si la main de Phidias n'eût fait éclore au sommet du temple son diadème de sculptures, semblable à la couronne de myrte dont le génie d'Athènes parait le front de l'archonte assis sur son tribunal. Et, cependant, Ictinus et
son collègue Gallicrate n'avaient négligé aucune des ressources que leur offrait leur art pour atténuer par la grâce la sévérité du style dorique et pour unir la légèreté à la solidité dans cet admirable édifice. Par un secret de leur génie ou de leur art qui n'a été révélé que récemment *, ils avaient trouvé le moyen d'introduire quelque chose de la vie de la nature dans la sécheresse des lignes mathématiques; leur secret était de donner à ces lignes» par une légère inclinaison ou par une inflexion imperceptible qui en corrigeaient la dureté, une grâce que n'aurait pas la ligne droite. D'une part., les colonnes du péristyle et les murs de la cella sont penchés les uns vers les autres de manière à donner à tout l'édifice la forme d'une pyramide tronquée ^; de Tautre, les lignes des degrés et de l'entablement ont reçu de la main de l'architecte une convexité à peine sensible * dont l'œil était charmé, sans qu'on pût se rendre raison du charme, jusqu'à ce que les calculs d'un architecte moderne eussent soumis à une analyse rigoureuse ces effets de l'art le plus délicat. Grâce à M. Penrose, le secret d'Ictinus est connu maintenant, et le mystère de la grâce
1. Voyez Touvrage de M. Penrose : An investigation of the prinexpies of athenian architecture, London, 1851. Les travaux de M. Penrose sont de 18/i5, 18/i6 et 18/i7. On lui doit la découverte de rînclinaison des colonnes du Parthénon.