PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
eux. Rappelons aussi qu*à l'époque où Phidias travaillait à sa Pallas Parihénos, il n'y avait pas si longtemps que l'apparition sur la scène des Euménides, ces proches pa* rentes des Gorgones» agitant leurs serpents dans une tragédie d'Eschyle*, avait fait accoucher de peur des femmes dans le théâtre 2. Je ne doute pas, quoi qu'en dise M. Beulé» que Phidias n'ait laissé à Méduse les serpents qui formaient sa chevelure. M. Simart n'en a pas dépouillé sa Gorgone, ce qui ne Ta pas empêché d'en former également une frange d'or au bord de l'égide.
Le casque surmonté d'une crinière épaisse de la statue de l'exposition universelle rappelle l'épithète de Xpuffo>ofif) (à la crinière d'or) donnée par Aristophane à la Minerve de l'Acropole*. Il est riche, mais un peu lourd. M. de Luynes paraît s'être inspiré de cette même pierre gravée d'Aspasius qui avait servi de modèle à Quatremère de Quincy ; il a, comme celui-ci, multiplié les ornements dans la coiffure guerrière de la statue, au détriment, croyons-nous, de la têteelle-nxême, qui paraît
1. Su le costuAQe donné par Eschyle aux Euménides» voyez la dissertation de Bottiger : les Furies d'après les poètes et les artistes anciens, traduction française de Winckler, 1802, p. 5 et suivantes. Les fiuménides, telles qu'on doit se les représenter d'après les. paroles du poète lui-même, devaient avoir un masque de Gorgone, une chevelure de serpents, un visage laid et écrasé, montrant la langue, des bras longs, décharnés, des doigts crochus en forme de griffes, etc. Aussi Apollon les appelle- t^il monstres détestables, abhorrés des dieux.
2. On peut traiter cet accouchement de conte, je ne m'y oppose pas ; mais le conte n'eût pas été inventé si les Ëuménîdes n'avaient pas paru sur la scène avec des masques fort hideux et fort effrayants.