PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
quille, la puissance bienveillante, la méditation austère et sereine, l'ascétisme guerrier et attique. Elle a la grâce fière d'un peuple qui a conquis par l'héroïsme le droit de développer librement ses instincts et ses facultés, si bien en harmonie avec la sévère élégance d'une contrée dont l'aridité naturelle s'embellit des travaux de l'industrie et des merveilles de l'art. J'ai déjà dit que dans l'Athéné Parthénos Phidias avait voulu exprimer plus particulièrement le caractère pacifique et civilisateur du génie d'Athènes, tandis que dans l'Athéné Promachos il avait représenté ce même génie athénien dans son caractère guerrier. On sait que cette Minerve guerrière était placée en plein air dans l'Acropole, non loin du Parthénon. Chacune de ces deux images de Minerve complétait l'autre dans la pensée de l'artiste. Au dehors, c'est l'antique Minerve, la divinité du combat, celle dont l'œil pâle a des éclairs de mort, dans une attitude menaçante et dans la sombre parure des jours de bataille. Ici, dans le calme et brillant sanctuaire, c'est la déesse de la paix, des arts, armée encore cependant, pensive et vigilante, prèle encore, au besoin, à brandir la lance et à lever le bouclier d'or pour la défense de la patrie. Les bras sont ceux de la Pallas de Vellétri. La tunique talaire tombe à longs plis sur les chastes pieds de la déesse. Minerve a revêtu le péplus, son sein est pressé par l'égide formée d'écaillés d'or aux reflets changeants, le gorgonium monstrueux grimace sur sa poitrine. Aucun bracelet ne charge son bras, son cou n'a point de collier de pierres précieuses, elle ne porte point de pendants d'oreilles; elle laisse à Vénus ces ornements
trop féminins^; ses armes, merveilleusement travaillées, sont sa parure. Le casque a les animaux symboliques mentionnés par Pausanias et l'aigi^ette dont parle Aristophane, mais non les chevaux dont Quatremère et M. de Luynes en alourdissent là visière. Aux pieds de la statue la chouette se cache dans la partie concave du bouclier comme dans un creux d'arbre 2. Le serpent s'enroule à la lance. Quant à la Victoire, elle semble vouloir, en agitant ses ailes d'or, voler vers la déesse comme son oiseau familier. C'est la colombe de la vierge aux jeux héroïques.
Bien qu'imparfaitement réussie , la tentative de
1. M. de Luynes, qui s'est laissé séduire par la pierre d'Âspasius, a donné à Minerve un collier et des boucles d'oreille. Qu'aurait-il fait de plus pour Vénus? La sculpture chryséléphantine, tout en se distinguant par la richesse, devait cependant, dans la distribution de ses splendeurs, tenir compte du caractère particulier des divinités. « Jamais, dit Élien [Hist. div. XIV, 37), peintre ni sculpteur, en représentant les Muses, n'osa changer leur caractère. »
2. 0. MûUer {Man,, § 377 , note 9) pense que la chouette a pu figurer à côté du serpent parmi les accessoires symboliques de la Minerve de Phidias. Il rappelle à ce sujet le mot de Démosthène». Cet orateur, partant pour l'exil, aurait dit, en levant les mains vers l'Acropole et en s' adressant à Minerve : « déesse tutélaire, metstu donc ton plaisir à favoriser les trois plus vilaines bêtes, le serpent, la chouette et le peuple? » Une correction légère au texte de Pline, si on se permettait de la faire, pourrait fournir un argument pour introduire la chouette dans la restitution de la statue du Parthénon; il suflSrait de lire, livre XXXVI, chap. iv, $ 5, œream strigem au -lieu de ceream sphingem. La chouette remplacerait ainsi le sphinx au pied de la lance de la déesse, sub ipsâ cvspide, comme dit Pline. La correction que je propose est justifiée d'ailleurs par une difficulté que ce passage a soulevée. En eflet, Pausanias, dans sa description, place un sphinx d'airain sur le casque de Minerve. Phidias n'aurait pas sans doute fait un double