‹ Philéas LebesgueChapitre 2 sur 8 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Re<ue Littéraire des Primaires

S?ti?«

La Forge

extrait des Servitudes )

Forgeron, dans ta forge rouge, J'ai fait haleter le soufflet ; J'ai brandi le marteau farouche; J'ai fait geindre le fer qui grince et s'éclabousse En papillons violets:

Frappe et refrappe, marteau, frappe !

On dirait d'une'fleur de trèfle, Dont le pollen sous les fléaux s'échappe. Frappe et refrappe, marteau, frappe !

L'enclume est dure. Lèvre à lèvre, Sous le heurt rythmique et brutal, Le métal baise le métal.

J'ai bien forgé aussi d'autres ferrailles

Au brasier de mon cerveau :

Hé ! forgeron, gare aux tenailles ;

Martèle doux. Nul fer ne vaut.

S'il n'est abordé comme il faut!

Ah ! que j'en ai forgé de ces rousses ferrailles !

Souffle, soufflet,

Soufflet poussif d'ensorcelé :

Tu fais voler

Le poussier comme une semaille.

On dirait que tu mâche* ton cœur,

Sans parvenir à l'avaler.

Souffle, soufflet,

Soufflet vainqueur,

A travers la forge du monde ;

Chauffe tous les lopins immondes

Que l'humanité,

Gomme un vieux cheval qui boîte et qui tombe,

A traînés sous ses pieds !

C'est l'heure des forgprons :

Elle sonne sur les enclumes,

Défi de Prométhée aux anciens Apollons ;

Elle éparpille son odeur dans l'air qui fume :

Allez-vous-en, poètes de salons ;

Votre lyre de nacre

Ici ne vibre plus;

La sueur du travail doit conférer le sacre

Aux vrais sonneurs des nouveaux Angélus ;

Mais vous, enfants drs noirs Cyclopes,

Voyez mes mains et leurs calus :

Répondez-moi ! Suis-je des vôtres ?

•SX".

Bio-Bibliographie

ils de paysans, paysan lui même, M. Philéas Lebesgue est né, le 25 novembre 1869, à la Neuville- Vault, en Beauvaisis, srirles confins du Bray picard. Il descend d'une famille d'artisans et de laboureurs fixés très anciennement dans la région. Il fit ses études au collège de Beauvais puis revint à la ferme natale et s'y fixa. Il n'a guère quitté depuis son petit domaine, si ce n'est pour de rares et brefs séjours à Paris ou pour des excursions à travers la France du JVord et les pays méridionaux. C'est là qu'ont vécu les siens ; c'est là qu'il se maria et fonda une famille ; c'est là qu'il a conçu et réalisé son œuvre et que la gloire due aux purs artistes viendra le surprendre quelque prochain jour.

Poète — par goût et par tradition, évocateur et peintre à la fois, — i) a donné plusieurs plaquettes, et volumes de vers répandus généreuse ment dans les revues ; philosophe, critique, romancier, linguiste surtout, on lui doit:

Décidément, (Paris, Libr. Universelle, 1891, in-8°) — La Tragédie du Grand-Ferré, (Paris, Libr. Associés 1892, in-8°) — Les Lois de la Parole essai de synthèse phonétique, (Beauvais, impr. du Moniteur de l'Oise, 1899, in-18). — Le Sang de l'Autre, roman (Paris, Soc. d'éd. lltt., 1900, in- 18«) — Les Feuilles de Bases, journal d'une femme (Beauvais, Ouriaille, 1902, in-18&, réimp. sous ce titre L'Ame du destin, Paris, Sansot, 1904, in- 18.) — Les Folles Verveines (Lille, éd. du « Beffroi », 1903, iu-t6.) — L'Andelà-des Grammaires (Paris. Sansot, 1904, in-18.) — Le Portugal littéraire d'aujourd'hui, (ibid, 1904, in-18\) — La Grèce littéraire d'aujourd'hui, (ibid. 1904 in-18») — Aux fenêtres de France (ibid. 1906, petit in-12») — Le Roman de Ganelon, (ibid. 1906. in-18°). — La Nuit Rouge, roman, (ibid. 1908, in-18».,) — Les Charbons du Foyer, roman (Paris, Ed. de la « Phalanjre », 1908 in-18". ) — Monsieur de Boufflers, sonnets, (Paris, Ed. de la « Phalange », 1903, in-12.) — Outre- Terre, aventures dans l'Invisible, (ibid , 1909. in-18»)- — Le Buisson ardent, (Seiches, Maine-et-Loire, H. Cormeau. impr. 1910, in-16, h.c:). — Essai d'Expansion d'une Esthétique : L'Inspiration (En collab. avec A. M. Gossez et Henri Strentz, (Le Havre, éd. delà Province, 1910 in-8*J — Le Pèlerinage à Babel (Paris, Sansot. s. d. in-18".) — A Plein Vol, poème (Beauvais, des Presses du Moniteur de l'Oise, 1911. in-16, h.c). — Le Portugal et sa mission civilisatrice, conférence (Lisboa, Typographia Universal, 1912, in-8*). — Les Servitude?- poèmes (Paris, Soc. du Mercure de France, 1913, in-12;. La République Portugaise, (Paris, Sansot, 1913, in- 18*. — La question des Races dans la littérature universelle (Paris, Avril 1913, sans nom d'éd. in-8# h.c). —

Ph. Lebesgue a édité, en outre, textes ou traductions de : Histoire d'un mort, nouvelle tr. du portugais de Paulo Osorio (Paris Sansot, 1904, pl in-12.) — Le Songe d'Enfer de Raoul de Houdenc fibio., 1908, in-18). — Le Feredjé (Un homme au harem) roman de Pol Arcas, lrdu grec moderne, (Paris, Juven, 19C8, in-18). — Six Lais de Marie de France, modernisés en regard de l'original, (Paris, Sansot, 1913, in-18.) — Les Perses de l'Occident, drame, tr. du grec moderne de Sotiris Skip's (Paris, Figuière, 1917 in-18.) et plusieurs contes grecs, portugais, espagnols et brésiliens dans la Collection des Mille Nouvelles Nouvelles (en coll. avec Gihisto, Paris, Gillouin, 1910, in-l£°) etc..

Dans les revues, ou en feuilletons de journaux, on trouve encore :

Cahier d'un Paysan, reflexions sur la vie champêtre, et Seul, épisode : Chansons (Une chanson par Semaine; dans L'Indépendant de VOisc (Beauvais 1893 et 189i) — Eugamistés et Les Trois Vies (ce dernier incomplètement) dans La Phalange (Paris 1907) — Iracenca, tr. du brésilien de Iose de Atincar (L'Action Républicaine, 1907). — Le lien de Deuil, roman (Le Septentrional de Paris, 1910). — Kalochori. roman, Beauvais, La République de l'Oise, 1917-1918). —

Sous Presse : La Maison des Fiaes, roman, tr. du portugais d'Abel Botelho (en coll. avec Gahisto, Paris, Figuière) — Anthologie des Chants de Femmes Serbes, préface d'Ibrovac, (Paris, Sansot). — Le Char de Djaggernath, proses lyriques (Paris, La Maison française). — Les Servitudes : II. La grande Pitié, poèmes. — et un Essai de Phonétique et de Grammaire Picardes.

MUSIQUE : Jeanne Hachette, chanson héroïque, par Bourgault Ducoudray. (Chants Scolaires).

PBÉFACES : A. R. d'Yvermont: Chair d'Amour, 1906 — Jules Mousseron : Au pays des Corons, 1907. — Jean Pergialitis : Les Folles Chansons poèmes (néo-grecs) Athènes, 1908. — Dr Jaguaribe : L'Atlantide et l'Histoire du Brésil, 1913 — Turpin : Le Pitre Rouge, poèmes, 1917. — F. Contreras : Les Ecrivains Hispano- Américains et la Guerre, Paris, Brossard 1917. —

Il faudrait plus de place que nous ne pouvons lui en consacrer ici pour définir ce rare écrivain, ce rêveur en qui revit le génie ardent et naïf des obscurs imagiers du moyen âge. Son œuvre est une, parce qu'elle émane d'une individualité propre, et qu'elle reflète moins l'apport de la civilisation, de la culture, que le mystérieux atavisme de la race et du terroir. Chez Philéas Lebesgue aucun souci de virtuosité, mais un besoin impérieux, presque mystique, d'agrandir le domaine de la connaissance et de définir les formes de la vision. L'analyse de ses ouvrages nous amènerait à ne considérer uniquement le poète que comme le créateur de rythmes et d'images. Mais, est-il nécessaire d'expliquer le poète qui signa les Stances à la Terre Natale et tant d'autres pièces synthétiques éparses dans ses recueils. Deux mots touchant sa lente évolution nous dispenseront de tout commentaire sur son lyiisme.

Linguiste, Philéas Lebcsgue s'est montré féru de curiosités cosmopolites et passionné de décentralisation... Les littératures néo-latines comme le montrent ses livres !ui sont familière», et le Mercure de France lui a contie successivement les rubriques des Lettres portugaises (lepuis 1896) et des Lettres ni-o gr-cque*. depuis 1899), cette dernière sous le pseudonyme de Démètrius Astériotis. Enfla, il a collaboré à de nombreux périodiques entre autres plus particulièiement à L'Hermine (189i). — Les Enfants du Nord (189i).— L Arte de Coïmbre ,1896). — La Reçue Septentrionale (1896-1914). — Le Beffroi ( 1900-1910) — Panathenaia d'Athènes (1910). — La Granle Revue (I9u6). — L'Art et la Vie, — La Phalange (1907). — La Vie (1912- 18). — La VU des L'ttres. (1913) — Aguia de Porto (1914). — Atlantida de Lisbonne (1917) — Le Rippel (1917). — La Patrie Serbe (1917). — Grammata d'Alexandrie (19l7i. — Les Humbles (1917-1918 notamment: n»s spéciaux consacrés à Emile Verhaeren, à A M Gossez et à Gabriel Belot).

Cette diversité, a-t-on observé encore, cette activité dans, le travail réfléchi, qu'il a montrée sans relâche, cette tendance à la dispersion qu'on pourrait lui reprocher parfois, mais qui dénote un esprit curieux, ouvert largement à tout -s les manifestations intellectuelles de son époque, s'accompagnent chez lui d'une apparence d'inertie pour la mise en œuvre. L'indillerence en face de nos querelles littéraires, le dédain de toute spéculation, c'est le mot. l'ont mal servi aux yeux du vulgaire, mais l'ont gardé des déchéances et des compromissions, en lui épargnant les mille petitesses qu'apporte, le plus souvent, un succès facile.

11 faut le voir dans son étroit domaine de la Neuville- Vault, guidant la charrue ou conduisant aux champs quelque attelage. Sa rude silhouette se découpe sur le ciel bas, à la limite extrême de la plaine picarde, s'harmonise avec la grisaille du paysage. 11 rythme son vers au pas de ses chevaux. Ce n'est pas seulement l'homme de la terre qui s'offre à nous; c'est aussi l'interprète éloquent des vertus du sol. Son geste est tout à la fois le geste qui promet la récolte et celui quila maguifie. Poète-laboureur, ce représentant instinctif de la culture classique a réalisé le rêve des sociétés primitives : créer en chantant. Ad. van Bever

I. LIVRES A CONSULTER, — 1« Anthologies et Encyclopédies : A. -M. Gossez : Poètes du Xord. 1880-1902 (Paris. Ollendorff, 1902). — A Grimaud : La Race et le Terroir, (Cahors, Petite Bibliothèque provinçale, 1903). — A -M. Gossez: L'S Provinces poètiijues. (Le Havre. Ed. de la Province, 190S). — Florian Parraentier : Toutes les lyres T. I. (Paris, Gasteiu-Serge, 1809). — Le Xouvcau Larousse Illustre, Supplément (Paris, Larousse, I910i. — Erna et Otto Grautoff : Die Lrrische Bewegang im Gegenwartigen Frankreich (léna. Eugen Diederichs, 1911) — Ad van Bever : Les Poètes du Terroir t. III. (Paris. Delagrave, 1913). — Anthologie des Humbles (Paris Ed. Les Humbles. 1918). —

1\ Eludes: Ernest-Charles: Samedis Littéraires, (Paris, 3' série, Sansot, 1905 . — Ernest Gaubert : La Nouvelle Littérature, 1895-1905 (Paris, Sansot,

1906). — P. -M. Gahisto : Au cœur des Provinces, Ph. Lebesgue, (Paris, le Beffroi 1908). — Louis Estève : Une Nouvelle psychologie de V Impérialisme et L'Héritage du Romantisme (Paris, Alcan, 1911 et 1913). — MartinMamy : Les Nouveaux Païens, (Paris, Sansot 1913). — Rémy de Gourmont : Promenades Littéraires, (Paris, Soc. du Mercure de Fanrce, '913).— Jacques Reboul ; Sous le chêne celtique, (Paris, Sansot, 1913). — Henri Guilbeaux : Le Dynanisme Poétique (Paris, Ed. de La Revue 1914).

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