‹ Philemon et Baucis opera comique en trois actes de Jules Barbier & Michel Carre (volume 2)Chapitre 20 sur 100 · PHILÉMON, BAUCIS · texte numérisé non relu

PHILÉMON, BAUCIS

B A U C I S , endormie.

Philémon m'aimerait encore ;

J'aimerais encor Philémon !

« (on entend au dehors des chants d’oiseaux ; Baucls s’éretlle.)

L’oiseau chante ! voici l’aurore.

(Elle se lore.)

O p^jsé ! c’est en vain que mon rôve t’implore !

I/amour ne connaît plus mon nom.

(Regardant autour d’elle. 1

Mais que vois-je? Par quel prodige Retrouvé-je un palais, digne séjour des dieux,

Où s’élevait hier le toit de nos aïeux!

Qu'est devenu notre humble chaume ?... Où suis-je ?

'Elle aperçoit Philémon.)

Un jeune homme endormi !

( Elle s’approche et le regarde.)

Quel souvenir confus Eveille-t-il en ma mémoire!...

•Mon enenr s’abuse-t-il?... ces traits... dois-je le croire ?... C’est lui! c’est Philémon! Et je ne rêve plus!

Quelle nouvelle ardeur m’enflamme!

Quel souffle nie vient ranimer!

Quel espoir pénétre en mon âme !

(Elle court à uu miroir de métal poli, s’en empare et t’j regarde.)

Ah ! je suis jeune aussi! Philémon peut m’aimer!

La jeunesse m’enivre !

Je renais, j'ai vingt ans !

Mon cœur se sent revivre Au souffle du printemps !

(Se rapprochant de Philémon. )

Philémon sommeille ;

Je veux que ma voix Doucement l’éveille „

. Ainsi qu’autrefois...

(Appelant Philémon.)

Philémon!... Philémon!... entends -moi!...

PHILEMON, «'éveillant.

Qui m’appelle?

(Apercevant Baucls et se levant.)

Quel dieu vers moi conduit tes pas,

Jeune fille?

BAUCIS, souriant.

Quel dieu ? — Ne suis-je donc plus belle ?

Ou dois-je en accuser ta mémoire infidèle?

Philémon ne me connaît pas ?

Baucis te#essemblait quand elle avait ton âge.

BAUCIS, lui présentant le miroir.

Et lorsque Philémon voyait sur son visage *

La jeunesse et l'amour s’épanouir ainsi,

Je crois que Philémon te ressemblait aussi.

PHILEMON, pprès nn momont d'hésitation.

Baucis !

BAUCIS, tombant dans ses bras.

Ingrat ! — Mon cœur rempli de ce qu’il aime,

Sans avoir entendu ta voix,

Avait su tout d'abord te reconnaître. — Vois !

C’est le maître des dieux, c’est Jupiter lui-même Qui, changeant la chaumière en de riches lambris,

Et faisant refleurir sous nos mains étonnées Le printemps oublié de nos jeunes années.

De l’hospitalité nous a payé le prix.

Page 1