ACTE III
BAUCIS
Imprudent! n’as-tu donc pas vu les signes que je fe faisais?
Je me soucie bien de tes signes; ceux de ta trahison sont assez clairs, et je n’ai rien à ménager.
BAUCIS
Même avec le maître des dieux?
Comment ?
BAUCIS
C’est lui que tu viens d’outrager.
Que dis-tu? — Jupiter!...
BAUCIS
Lui-même. — Bien te prend qu’il m’ait trouvée jolie et que mes beaux yeux aient demandé grâce pour tes impertinences.
PHILÉMON, k lui-même.
Jupiter!... Je suis perdu!...
BAUCIS
Je te suis obligée de la confiance que tu as en moi, et je saurai la reconnaître.
Tu n’as pas attendu que je te l’aie témoignée, ce me semb'e, pour la mériter.
BAUCIS
Est-ce un si grand crime, après en avoir été privée si longtemps, de trouver plaisir à s’entendre dire qu’on est belle?
Passe pour le compliment s’il n’était suivi du baiser!
BAUCIS
Pouvais-je le refuser à Jupiter?
Eli! par Hercule! si tu lui accordes tout ce qu’il te demande, il ne s'arrêtera pas en si beau chemin.
B AUCIS.
Un mari sensé s’en remet à sa femme du soin de ces sortes d’at faires, et c’est une sottise de nous chercher querelle là-dessus.
A merveille! tu finiras par me prouver que j’ai tort et que tu as raison.
BAUCIS
Sans doute!...
N’as-tu pas honte à ton âge de faire la coquette?
BA%CIS
Et ne rougis-tu pas au tien de faire le jaloux?
Je ne veux pas être un mari complaisant, et je disputerai mon bien à Jupiter lui-même!
- BAUCIS
Je ne veux pas être traitée en esclave, et je ne suis pas redevenue belle pour me cacher à tous les yeux!
Perfide !
BAUCIS
Tyran ! (valc&in entre en scène et s’interpose.)