JUPITER, VULCAIN
JUPITER
Eh bien! seigneur Vulcain, ta mauvaise humeur cor»mencet-elle à s'apaiser?... Voilà un honnête vieillard qui nous ouvre sa porte sans nous connaître, et dont le bon accueil nous console un peu de la grossière insolence de ses voisins. — Sans lui noüs risquions fort de passer la nuit en plein vent; et Borée, fidèle à mes ordres, nous eût noyés sans pitié sous les flots de cette pluie vengeresse!
VULCAIN
Ne pouviez-vous attendre qu’un abri nous fût offert, avant do déchaîner dans l’air cette maudite tempête dont nous sommes les premières victimes?
JUPITER
J’ai voulu voir si Mercure ne nous a point trompés, et si les habitants de cette contrée sont tous aussi méchants qu’il dit. — C’est pour mettre moi-même leur pitié à l’épreuve que je me suis présenté à leurs yeux sous ces habits misérables...
' VULCAIN
Nous y avons gagné' de nous morfondre doux heures dans cette bourgade, d’errer au hasard de maison en maison, et de nous voir partout repoussés comme de vils mendiants.
JUPITER, ri«nt.
C’est ta mine farouche qui nous vaut ce méchant accueil, et je suis tenté de leur pardonner quand je te regarde.
VULCAIN
Que ne me laissiez-vous en paix dans mes forges de l’Etna?
JUPITER
Quoi!... ne peux-tu^ passer une heure loin de tes cyclopes et te résigner de bonne grâce à tenir parfois compagnie au maître des dieux? — Jfaudite soit ta sauvagerie! — Depuis ta sotte querelle avec Mars, ta place est restée vide au banquet divin. — Tu ne quittes plus ta caverne et tes marteaux. — On ne te voit plus dans l’Olympe.
VU LC AIN.
J échappé ainsi à vos railleries, et je me trouve bien de ma façon de vivre.
Au bruit des lourds marteaux d’airain,
Au sombre éclat de la fournaise,
. Dans mon empire souterrain,
Je marche et je respire à l’aise ;
Je régne en maître souverain 1 Mais chez vous, j’en ai honte,
Chaque fois que j'y monte ,
J’enrage de me voir Si difforme et si noir !
Mon aspect vous fait rire ;
Et tout bas j’entends dire :
« Vénus n’avait pas tort;
Il mérite son sort. »
Sans écouter le reste,
Loin du séjour céleste Je fuis! — "Voilà pourquoi J'aime à rester chez moi !
Sous les monts fermés au ciel bleu Je commande à toute une armée De noirs géants maîtres du feu ;
Au sein de l’ardente fumée Comme vous, là-haut, — je suis dieu !
Mais quand Junon m’invite A lui rendre visite,
J’enrage de me voir Si difforme et si noir !
Mon aspect la fait rire;
Tout bas je l’entends dire :
« Vénus n’avait pas tort;
Il mérite son sort ! »
Loin du séjour céleste,
Sans écouter le reste Je fuis! — Voilà pourquoi J’aime à rester chez moi !