SCÈNE PREMIÈRE
PHILÉMON, BAUCIS
B A U C I S , endormie.
Philémon m'aimerait encore ;
J’aimerais encor Philémon ! •
(on entend au dehors des chants d’oiseaux ; Baucls s’éretlle.)
L’oiseau chante ! voici l’aurore.
(Elle se lève.)
O passé ! c’est en vain que mon rêve t’implore !
L’amour ne connaît plus mon nom.
(Regardant autour d’elle. 1
Mais que vois-je? Par quel prodige Retrouvé-je un palais, digne séjour des dieux,
Où s’élevait hier le toit de nos aïeux !
Qu’est devenu notre humble chaume?... Où suis-je?
( Elle aperçoit Philémon . )
Un jeune homme endormi !
(Elle s’approche et le regarde.)
Quel souvenir confus Êveille-t-il en ma mémoire!...
Mon coeur s’abuse-t-il?... ces traits... dois-je le croire ?... C’est lui ! c’est Philémon ! Et je ne rêve plus!
Quelle nouvelle ardeur m’enflamme!
Quel souffle me vient ranimer!
Quel espoir pénètre en mon âme !
(e! 1« court à un miroir de métal poli, s’en empare et s’j regarde ]
Ah ! je suis jeune aussi! Philémon peut m’aimer! l.a jeunesse m’enivre !
Je renais, j’ai vingt ans !
Mon cœur se sent revivre * Au souffle (lu printemps !
(Se rapprochant do Philémon. )
riiilémon sommeille ;
Je veux que ma voix Doucement l’éveille Ainsi qu’autrefois...
(Appelant Philémon.)
Philémon!... Philémon!... entends-moi!...
PHILEMON, s'éveillant.
Qui ^'appelle?
( Apercevant Baucls et se levant. )
Quel dieu vers moi conduit tes pas,
Jeune fille V
BAUCIS, souriant. ,
Quel dien ? — Ne suis -je donc plus belle ?
Üu dois-je en accuser ta mémoire infidèle ?
Philémon ne me connaît pas ?
Baucis te ressemblait quand elle avait ton âge.
BAUCIS, lui présebtant le miroir.
Et lorsque Philémon voyait sur son visage La jeunesse et l'amour s’épanouir ainsi,
Je crois que Philémon te ressemblait aussi.
PHILÉMON, après un moment d'hésitation.
Baucis 1
BAUCIS, tombant dans ses bras*
Ingrat ! — Mon cœur rempli de ce qu’il aime,
Sans avoir entendu ta voix,
Avait su tout d’abord te reconnaître. — Vois !
C’est le maître des dieux, c’est Jupiter lui-même Qui, changeant la-chauraièrc en de riches lambris,
Et faisant refleurir sous nos mains étonnées •
Le printemps oublié de nos jeunes années.
De l’hospitalité nous a payé le prix.