CHAPITRE SEPTIÈME
Le médecin est de mon avis là-dessus. Il m'a dit : « Une part de nos soins aux malades doit toujours s'adresser à leur entourage. »
Je suis donc entré bien volontiers dans le dessein dont Colomès s'ouvrait à moi.
« Votre travail avance-t-il?
— Tout doucement, ai-je répondu.
— J'ai pensé que le témoignage de Fournery , qui a beaucoup roulé, pourrait vous être utile.
— En effet.
— Je vous demanderai seulement, à tous les deux, de venir à la maison... Vous causerez devant Phonsine, comprenezvous?
Si j'ai compris!
— Bref, nous vous suppléerons.
Il a souri. — Comme vous dites!
— Eh! bien, soit! Arrangez cela. »
Fournery, mis au courant de la combinaison, s'y est aussitôt prêté.
Je l'ai revu avec plaisir, le brave Pot-à-Colle. Il est toujours sale, affable et disert. La légère répugnance de Phonsine à son endroit causait à Colomès quelque appréhension ; mais elle a tendu la main au menuisier, en le saluant d'un petit gloussement amical. Elle n'a même pas retiré cette main qu'il gardait un moment dans les siennes, toujours de la couleur et du grain des vieux murs.
« Eh! mais, maman Colomès, vous me paraissez aller maintenant comme sur des roulettes! Encore un peu de raideur du bras droit..., oui. Oh! je vous connais : vous n'êtes pas manchote pour ça! »
La figure de Phonsine s'éclaire. 11 a le tort de ne pas s'en tenir là.
« Vous serez tout à fait rétablie pour le prochain anniversaire de la Commune..., et nous irons le célébrer ensemble... où vous voudrez. Est-ce convenu?
— Non.
— C'est oui, qu'elle veut dire, croit devoir rectifier Colonies.
— Parbleu! Je l'entends bien ainsi, s'écrie Fournery. Et, de votre côté, maman, quel régal nous préparez-vous?
Il attend. Colonies souffle :
— Voyons... ton triomphe... un gâ... un gâteau... Un ressort se détend, le mot part : — Pototiti!...
— Mais oui, un gâteau de riz ! reprend Fournery, qui fait semblant d'attribuer à l'une la réponse de l'autre. Un gâteau de riz... à s'en lécher les doigts! »
Il va un peu loin.
Baucis est installée dans son fauteuil, Philémon s'assoit en face d'elle et dit rondement à son ami :
« Allons, raconte-nous tes campagnes et tes actions d'éclat!
— Hé! ma foi, tu n'exagères pas trop, répond en riant Fournery. Vivre en exil, quand on n'a pas le sou, est une action d'éclat. Mais nous en avons accompli d'autres. Après avoir fait trembler les rois sur leurs trônes, comme des soldats de la première République, nous nous sommes vu chasser de partout..., comme des grenadiers du premier Empire! Et pour renouveler leurs exploits, nous n'étions, nous, qu'un petit nombre, et pris entre deux feux. Juge un peu! Si tout ça n'est pas infiniment glorieux, agiter le chasse-mouches de l'expulsion ne l'est guère davantage...
« Mais n'anticipons pas, ajoute le menuisier en bourrant martialement sa pipe, au fourneau en canon de fusil où le pouce introduit la cartouche.
« Au printemps de 1872, je m'ennuyais depuis sept mois à Londres que j'avais assez vu, à travers les brouillards, la misère et une proscription divisée, lorsque des amis échoués à Lausanne me proposèrent une place au râtelier qui leur tombait des nues. L'ex-directeur du trafic de la Compagnie d'Orléans, Paul Pia, délégué par la Commune à la surveillance et au contrôle des chemins de fer, venait d'être chargé de liquider l'entreprise des chemins de fer... de la Suisse