‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 3 sur 175 · Elle existe toujours, mais on Pa repeinte, hélas · texte numérisé non relu

Elle existe toujours, mais on Pa repeinte, hélas

face. Cependant, ils ont autant que moi la jouissance du bien qui excite leur convoitise. L'arbre est planté dans mon jardin, sans doute, mais, de leur croisée ouverte, mes voisins peuvent, en allongeant le bras, atteindre les branches qui vont les narguer ou leur sourire, chez eux. Car mon arbre élancé porte haut sa ramure, si bien que les locataires des étages supérieurs ne sont fondés à m'envier réellement que la contemplation d'un tronc dégarni. Dégarni, il l'est à ce point, au niveau de mes fenêtres, que j'ai eu souvent la tentation d'enfoncer dans ce poteau des barres de fer ou de bois, en échelons. L'aspect de mon jardin alors ferait tout naturellement songer à la fosse aux ours. Qu'à cela ne tienne.

L'immeuble de rapport qui borne mon horizon est habité par des familles d'employés laborieux, modestes et paisibles. Quelques-uns partent de bon matin et ne rentrent que le soir, tard. La femme, lorsqu'elle reste à la maison, n'y est pas oisive. Elle a encore « de quoi faire », comme elle dit. Les logements donnent moitié sur la rue, moitié sur les jardins qui nous séparent. Je ne connais donc, pour les apercevoir dans la belle saison, prenant le frais à leur fenêtre, je ne connais de vue que ceux de mes voisins avec lesquels je partage, en été, le feuillage de mon arbre unique. Encore n'est-ce pas tout à fait exact. Comme cet ombrage élève un dais entre eux et moi, je dois me contenter d'envisager les locataires qui sont dessous et dans ma direction, bref, les locataires du premier et du deuxième. Par exemple, je pénètre aussi aisément dans leur intérieur, qu'ils peuvent me surprendre dans le mien, grâce à la distance rapprochée, mais surtout grâce au champ que ménage à notre curiosité réciproque le plumeau du Japon dont le manche seul s'interpose entre nous.

Les soins de mon installation, aux premiers jours d'avril, me rendirent inattentif à toute autre chose. La grande maison se dressait, blanche, devant moi, comme un livre ouvert à sa garde et que j'aurais tout loisir de feuilleter.

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