CHAPITRE DEUXIÈME
dont le secrétaire était Louis Marchand. Elle finit par admettre les étrangers, des Russes, pour la plupart, au même titre que les Français. Il suffisait, pour faire partie de l'Egalité, d'être présenté par deux de ses membres et de n'avoir encouru aucune condamnation pour vol, escroquerie, etc.. Chaque sociétaire payait une cotisation d'un franc cinquante par mois. A son arrivée à Genève, le réfugié sans ressources recevait un secours quotidien d'un franc cinquante, remboursable à la Société. La même somme était allouée à tout adhérent malade. Mais l'Egalité ne s'en tenait pas à l'assistance matérielle des proscrits. Elle compatit au malheur des familles qu'avait mises en deuil la quadruple exécution de Ferré, Rossel, et du sergent Bourgeois, à Paris ; de Gaston Crémieux, à Marseille, au mois de novembre 71. Enfin l'année suivante, c'est encore par ses soins, que fut célébré, au stand de Carouge, drapeau rouge déployé, le premier anniversaire du 18 mars.
« A partir de ce moment-là, nos séances furent peu suivies : des mouchards s'y glissèrent ; bref, en mai, la dissolution s'imposa. Mais une parlote se reforma aussitôt, Tranchées de Rives, au domicile de l'ex-chef de bataillon Cœurderoy, un professeur de boxe, de canne et de chausson, marié à une excellente Alsacienne. Comme elle était plantureuse, on l'avait surnommée Eléphantine. Tous les hercules de la proscription prenaient pension ou se donnaient rendezvous chez elle : Pégourier, dont la femme, restée à Paris, était marchande de vins; Charles Bonnet, caporal, qui avait déserté le train des équipages; l'ex-colonel Chardon, chaudronnier1; Josselin, membre du Comité central et chef de légion; Flamion, dit le gros Paul, ex-lieutenant au 135e et menuisier; Brunereau, commandant du 228e2; Edouard Petite, horloger, ex-capitaine au 130e. Ajoutez à ces gaillards-là, Noro, fine lame et peintre bigle, qui écrivait aussi; Benjamin Sachs, avocat, Victor Cyrille, étudiant,