‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 66 sur 175 · L'ANNIVERSAIRE DU 18 MARS EN FAMILLE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE DU 18 MARS EN FAMILLE

Il y eut grand remue-ménage, ce jour-là, chez mes voisins. Phonsine était dans tous ses états. Elle avait, dès la veille, épousseté, frotté, astiqué, satisfait, enfin, sa passion de nettoyage à fond. Elle voulait, le lendemain, n'avoir plus à s'occuper que de la cuisine. De son côté, Philémon, après qu'elle l'eût aidé à mettre deux rallonges, donna seul ses soins au couvert, lentement, en chantonnant, comme pour ménager sa voix.

Je le voyais, de ma fenêtre, tourner autour de la table. Quand il eut fini, il appela sa femme et tous les deux se reculèrent un peu, pour juger de l'effet. Ensuite, elle eut besoin de lui pour démouler un gâteau de riz qui ne devait être une surprise que pour moi, car tous les ans elle en régalait ses convives. C'était un usage établi.

Il y en avait un autre, imprescriptible comme un rite.

Le 18 mars, Colomès transportait de la chambre à coucher dans la salle à manger, le portrait de Varlin. Il l'accrochait de façon qu'il dominât la table et fût en quelque sorte du festin. Allégorie transparente! Il avait l'air, avec sa belle figure pensive, d'être au milieu de ses apôtres et de leur dire, lorsqu'ils rompaient le pain : ceci est mon corps, et lorsqu'ils versaient à boire : ceci est mon sang.

Les fidèles, cette année, m'admettaient à leur communion : j'en éprouvai quelque fierté.

On dînait à sept heures; mais Colomès m'avait engagé à

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