CHAPITRE CINQUIÈME
Se peut-il que cette littérature alimentaire, moisie ou desséchée dans l'armoire et dans l'oubli, demeure capable de déterminer chez mon voisin lui-même, des mouvements de bile? Quels ingrédients détestables laissent ce goût amer qu'elle a encore pour lui? Leur défaite, hélas! les vaincus m'en éclairaient déjà les causes, en se déchirant mutuellement. Ils avaient fait taire à l'heure suprême, et jusqu'au dernier soupir de la Commuue, leurs rancunes et leurs rivalités, et ils retrouvaient en exil toutes leur énergie et souvent tout leur fiel, pour les ranimer! Chassées ensemble de leurs positions, la majorité et la minorité se comportaient, en somme, comme si elles couchaient sur ces positions et y perpétuaient les hostilités!
Je me souviens que de Londres, où il se servait, lui aussi, de détritus pour faire lever la pâte, Vermersch, un des geindres du père Duchêne, écrivait à un ami : « Je suis convaincu que la proscription de Genève ne vaut pas mieux que la nôtre, — moins encore peut-être. Ce sont les doctrinaires, les modérés, la droite de la Commune. On doit en dire et en faire de jolies, là-bas ! Arthur Arnould doit y déteindre sur tout le monde et chacun doit y parler en zézayant comme lui ! »
Gauche, Droite, Majorité, Minorité, Modérés et Jacobins! Amer et grenadine! Eternelle infirmité des révolutionnaires! Il leur manquera donc toujours, pour remporter la victoire et la fixer, de s'aimer et de se pardonner entre eux!
Colomès m'écoute penser tout haut et, assis sur ses talons, bien que je lui aie offert une chaise, répond :
« Le hasard, en effet, semblait avoir rassemblé en Suisse les signataires de la déclaration du 15 mai : Beslay, Malon, Lefrançais, Clémence, Arnould, Ostyn, Avrial, Pindy, Courbet..., coupables de modérantisme aux yeux du père Duchêne. Mais si V Histoire de la Commune, du bon Arthur Arnould1, révèle parfois, j'en conviens, le zézaiement de son