CHAPITRE Cl N Q V l t M l
d'un honnête alnianach. .. du Bon Pasteur ou du Tarif général des assurances sur la vie! Je vous recommande aussi ce calendrier socialiste pour 1879... Est-ce que des éphémérides historiques, entremêlées d'indications relatives à l'astronomie et aux phénomènes naturels, ne remplacent pas avantageusement la liste des saints à honorer et des fêtes à souhaiter? Si je v'ous disais que Phonsine et moi, à Genève, nous ne pouvions pas lire, sans un battement de cœur : « î,9 mars. La grive passe. Le lilas fleurit », et que nous détournions la tête, pour nous cacher notre émotion, le jour de la fin mai, où le calendrier se couvrait de nuages.
20 mai. — Le râle de genêt arrive. La pivoine fleurit.
2Ï. — Les Versaillais entrent dans Paris.
27. — Prise des Buttes-Chaumont. Le mûrier noir fleurit '... »
Le vieux calendrier socialiste est là, bordé de vert, aux mains tremblantes de Philémon, Il est piqué de mouches, comme de tannes un visage ; le soleil l'a jauni au mur pendant toute une année... ; puis, il est tombé, ainsi qu'une feuille morte. Et il a l'air tout heureux de revoir la lumière et de sentir sur lui la chaleur d'un regard fidèle et retrouvé!...
Colomès le retourne , et, pour se rasséréner lui-même , fredonne le refrain d'une chanson : Le droit du travailleur, reproduit au milieu du calendrier :
Nègre de l'usine,
Forçat de la mine.
Ilote du champ, Lève-toi, peuple puissant!
Ouvrier, prends la machine, Prends la terre, paysan I
« C'est, dis-je. la chanson deCharles Keller,mise en musique par James (iuillaume. VA\c méritait de dexenir populaire et
1. Ces éphémérides, rédigées par Paul Hobin, avaient d'abord paru dans l'Almanach Socialiste publié à Liège, en 1876, par VAnii dit /■'ctiple. Le Bulletin de la Fédération jurassienne les réimprima en 1877.
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la Marseillaise du prolétariat, plus que Vlnternalionale de Pottier.
— Certainement, déclare Colonies.
— Bonstetten, patricien bernois, disait que la Suisse, c'est le monde dans une noix. Vous l'aviez prise, vous, pour un grelot auquel ne manquait qu'un battant. Vous en avez essayé plusieurs en vain : une coquille de noix ne résonne pas .
— Pardon! proteste vivement mon voisin. Le grelot avait alors bel et bien un battant : La Fédération Jurassienne, et je vous assure qu'elle se faisait entendre dans ses Congrès et dans son Bulletin de combat, dont voici, Février et Mars 1872, les quatre premiers numéros autographiés, fort rares. Mais une main loyale et ferme agitait ce grelot. La main d'un ami de Bakounine et de Varlin, James Guillaume.
— Je le connais. C'est la plus belle conscience d'homme et d'historien que l'on puisse aujourd'hui réA érer. S'il y a une Légion d'honneur idéale, ses grands dignitaires m'apparaissent sous les traits d'P^lisée Reclus et de James Guillaume. Quand on a l'estime et l'amitié de ces hommes libres, vrais et sans tache, on fait partie de la légion : on a la croix. VA\e est invisible; elle ne se porte pas sur la poitrine; elle n'y fait la retape ni en ruban, ni en bijou...; c'est une distinction d'intérieur.
— La proscription doit beaucoup à James Guillaume, reprit Colomès. La P'édération jurassienne, dont il fut le ressort et dont Bakounine était l'àme, rele\ a notre courage et donna un but à notre activité. Nous lisions le Bulletin, comme on prend un cordial. Nous étions chez les autres en Suisse, mais nous étions chez nous à la Fédération.
Je le sais. A moi-même, bien souvent, James Cîuillaume a \'ersé le vin capiteux de ces années d'abondance'. Colomès
1. .James Guillaume a mêle, depuis, la récolte du Bulletin à ses souvenirs personnels, dans les quatre volumes de Documents sur l'Internationale en Suisse, qu'il a publiés (1 ÎK>.">- 1 9 1 0 ). James Ciuillaume est mort à Préfargier (Suisse) au mois de novembre 1916. Son corps, ramené à Paris, est inhumé au cimetière Montparnasse.