‹ Philéonmon, vieux de la vieilleChapitre 91 sur 134 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

« Si celui-là, me dis-je, est capable là-bas de faire un orfèvre, pourquoi n'y exercerais-je pas un des métiers dont j'ai au moins la notion?

« Et je partis. Hélas! je ne restai à Vienne que le temps de m'aboucher avec mes compatriotes.

« Quinze jours après mon arrivée, en août 73, je recevais comme eux mon congé en bonne forme. Cette fois, c'était la maison de Habsbourg, s'il vous plaît, qui nous regardait comme un danger pour elle! Broglie avait été plus persuasif que Jules Favre.

« Chalain fut conduit à la frontière bavaroise, d'où il gagna Genève; Benjamin Sachs, Barré et son beau-frère Huguenot, dont la femme était près d'accoucher, partirent pour l'Angleterre; Rogeard, l'auteur des Propos de Lahiénus, traîna ses cinquante-deux ans à Pest, en Hongrie, où végétait déjà Fraenkel. l\ y donna des conférences et des leçons; les conférences pour s'acheter une redingote et les leçons pour l'user. Je ne voulus pas déchoir, pour ma part en affrontant un Monténégro quelconque, après m'être élevé dans l'échelle des nations que j'inquiétais, de la Belgique à l'Autriche. Entre l'Allemagne et la Russie, empires, je n'hésitai pas longtemps : j'optai pour l'Allemagne. J'étais curieux de vérifier les raisons que l'on alléguait pour expliquer nos revers et de savoir si réellement c'était le maître d'école qui nous avait battus. Un copain, Drouchon, enfant de Metz, directeur du matériel d'artillerie sous la Commune, après avoir travaillé avec Avrial et Langevin à Bockenheim, dans une fabrique de machines à coudre, s'était établi fabricant de porte-monnaie à Ortenbach, près de Carlsruhe. Je tombai chez lui, il m'embaucha, et je forgeai bientôt, comme si je n'avais jamais fait que ra, l'outillage nécessaire pour découper les pièces autrement qu'à la main.

— Jolie besogne! mâchonne Colonies, que tout ramène à ses moutons.

— Nos hôtes ne la iiiéprisaiont |k»s, eux, loin de là! dit Eournery.Hs se félicitaient plutôt de notre concours. Je crois

que rinfluence du maître d'école allemand sur notre défaite est une blague. L'Allemand est plus apte à profiter de la victoire qu'à la remporter. C'est un bon élève en tout. Il s'instruit en regardant, en écoutant et en imitant. Il apprend autant des maîtres étrangers qu'il se donne, que de ses compatriotes. Nous lui épargnions la peine de se déranger et il nous en exprimait sa satisfaction. Mais, en ce temps-là, j'étais jeune et je ne tenais pas en place. J'aimais mieux rouler que d'amasser mousse. Avrial et Langevin, membres de l'Internationale et de la Commune, avaient rencontré à la brasserie où ils se réunissaient, un brave et riche Alsacien nommé (iœtz, qui leur procura amplement de quoi fonder à Schiltigheim, près de Strasbourg, une usine de constructions mécaniques. Ils s'adjoignirent Thouvenot, un excellent ajusteur, qui a\ait fait partie, avec eux, du svndicat des mécaniciens, fondé en 68, et Sincholle, un ancien élè\e de l'École centrale, à qui la Commune avait confié la direction des Kaux et des Égouts.

« Les découvertes de Pasteur relatives à la fermentation avaient bouleversé l'industrie de la bière, et obligé les brasseurs bavarois eux-mêmes, jusque-là sans rivaux, à transformer leur matériel. La maison Avrial et (>" regut bientôt assez de commandes pour occuper une trentaine d'ouvriers. Je fus (lu nombre, avec quelques autres réfugiés, tels que Quinet, chauireur. Houcharrat. Ln 1<S74, nous recueillîmes, en qualité de comptable, l'ancien délégué aux Finances, Francis Jourde, évadé de la Nouvelle-Calédonie en même temps que Rochefort, Olivier Pain, Paschal (irousset, Hallière et (ïranthille. A noter que tous les cinq vinrent à Strasbourg, mais à des époques différentes et séparément. Leur affection mutuelle, inél)ranlable dans le malheur, avait fléchi sous le fardeau de la liberté, et fait naufrage aux premiers brisants de la route, (^'est à Strasbourg que l'architecte Hallière fit imprimer ce qu'il appelait leur Voya<re de Circumnavigalion, et ce fut un autre réfugié, Ciaston Save, jeune peintre, élève de Gleyrc, qui illustra le volume. Enfin, nous vîmes passer Bastien

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