‹ Philéonmon, vieux de la vieilleChapitre 95 sur 134 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

au piano, accompagné par Alexis Berchtoldt, qui avait suivi en exil son neveu Léon, après s'être compromis avec lui à l'Ecole Militaire, en secondant Razoua... (Léon Berchtold surveillait des travaux de chemin de fer, à Morat.) Le 31 décembre 1877, le peintre d'Ornans mourut à la Tour-de- Peilz. Son père vint recueillir sa succession et coucha tout habillé sur ce qu'il trouva d'or au logis. Aujourd'hui, la tombe de Courbet est, m'a-t-on dit, abandonnée... Il a pourtant laissé de la famille, une sœur...'

« Quant à Elysée Reclus, mis en liberté en 1872, à la requête des Sociétés de Géographie d'Europe, après a\oir été promené pendant neuf mois, de prison en prison, il s'était d'abord retiré à Lugano, dans une antique villa délabrée, au flanc de la montagne de San Salvatore. 11 y avait pour voisin Arthur Arnould, qui vivait de soleil et d'^au fraîche, dans ce pays admirable, en écrivant son Histoire de la Commune. Mais en 187'4, Reclus perdait sa seconde femme en couches, et c était, disait-il, sa jeunesse qui s'enfuyait avec le cher compagnon qu'elle avait eu..., si cher qu'il continuait à signer sa correspondance intime de leurs deux prénoms accolés : Elyséc-Fanny... Veuf, il allait a\ec ses deux filles s'installer à Vevey... Plus tard, il établit sa résidence à Clarens, sur les bords du lac, où il acheva de payer, par quinze ans d'un labeur glorieux, sa dette de reconnaissance envers l'Europe, représentée par les savants qui a\aient intercédé pour lui.

« Il eut successivement pour secrétaires ou collaborateurs, quatre communards : Guérin, Emile Rigolot, Lefrançais et André Slom, outre (Charles Perron, notre ami genevois, cartographe', et Léon MetschnikofL

«J'aurais aimé à voir souvent Reclus, qui fut une des plus parfaites boussoles que l'homme libre ait jamais eues; mais on avait toujours peur de le déranger. « Il travaille comme

1. Depuis que cette sœur est morte (1915) le cimetière d'Ornans a reçu la dépouille de l'artiste.

2. Mort en 1909, conservateur au dépôt des cartes, à la Hibliothéquc de Genève.

une causeuse, » disait Courbet. Et c'était vrai. Mais la tour où celui-là s'enfermait était percée de portes et de fenêtres, et quand il y apparaissait la main tendue, le regard chaud, le cœur bondissant vers vous, on se sentait plus courageux et meilleur. Il exprimait autre chose que la joie de vivre : la dignité. Son idéal de justice et de bonté, ce qu'il appelait son héros intérieur, n'était pas casanier, se répandait et environnait sa personne d'une atmosphère salubre. On faisait une cure d'altitude morale auprès de lui.

« Son frère, Elie, condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour avoir protégé la Bibliothèque nationale, se réfugia d'abord à Zurich, avec sa femme et ses fils. « Le communard et la pétroleuse, écri\ait-ilà ses amis, ont échoué dans une pension de demoiselles !» Il était de la même trempe qu'Elysée, avec moins de rayonnement. Je ne l'ai connu, en exil, ni à Zurich, ni à Londres.

— Hegrettez-le, dis-je, car vous n'auriez pas moins vénéré cet autre héros moderne, cet homme de grand savoir, dont la devise, à laquelle il demeura fidèle : « Surtout, garde-toi bien de réussir! » bafouait le sens pratique de ses contemporains et de leur descendance '.

— Je rencontrais encore avec profit Georges Henard, exsecrétaire de Hossel. Brillant élève de l'Ecole normale, il avait commencé, dès son arrivée en Suisse, parobtenirau concours la place de maître au collège de Vevey. Il fut nommé ensuite professeur de littérature à la Faculté des lettres de Lausanne. Il y passa vingt-cinq ans. Etant donnée l'importance de l'élément cosmopolite dans une Université comme celle-là, on peut admettre que les élèves de Renard ont propagé dans le monde entier ses leçons'.

— Ainsi Hugo a eu raison de dire que l'idée française

1. Élie et Elisée Reclus, mr)rts à Bruxelles, le premier en 1904, l'autre en 19a5.

2. L'n roman qu'il a publié en 1893, In c.zilc, est, par endroits et relati vemcnt h la proscription, d'une douce résonance.

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