CHAPITRE SEPTIÈME
de la population doublât et qu'elle devînt un centre de fabrication renommé, pour qu'elle se reconnût enfin majeure et prît le nom de ville.
Pindy avait assisté à cette croissance. Il se souvenait du temps où des maisons modestes appelaient encore sur leurs toits en pente, couverts de tuiles, les premières et les dernières neiges. Le boulevard Léopold-Robert n'était bâti que d'un côté seulement, et les magasins à l'instar de Paris, que ferment à présent des devantures métalliques, n'avaient point remplacé les honnêtes rez-de-chaussée où donnaient accès un perron et une petite porte basse.
La première fois que je vis Pindy, en 1906, je le reconnus. C'était bien ainsi que mon imagination me le représentait, petit, râblé, vigoureux, soigneux de sa personne et narguant la vieillesse comme il avait nargué l'Empire, les dangers, l'adversité, la mort. Il lui eût suffi de teindre en roux sa barbe et ses cheveux décolorés, pour faire apparaître à mes yeux l'ouvrier menuisier âgé de vingt-sept ans, que sa ville natale envoyait à Paris en 1867, comme d'un feu de veuve part une étincelle.
Le groupe révolutionnaire de Brest ne comptait alors, en effet, que cinq adhérents. Pindy en était un, et qui s'efl'açait devant son ami d'enfance et son initiateur, Constant Ledoré. Arrivé à Paris, le premier soin de Pindy avait été de se faire inscrire au bureau de la rue des Gravilliers et d'apporter aux adversaires de l'Elmpire son intelligence déliée, son activité, ses dons d'organisateur. C'était lui qui, pavant de son métier comme de sa personne, avait meublé du strict nécessaire le pauvre logement de la (>orderie où la classe ouvrière tint ses Etats, jusqu'à ce que lui succédât, en mars 71, le Comité central de la Garde nationale, générateur de la Commune.
Délégué de l'Internationale en 68 et en 69, aux Congrès de Bruxelles et de Bâie, avec Varlin, Murât, Tolain, (>ombault, etc., il avait aussi collaboré à la rédaction des Statuts de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières. Bref, c'était parmi les militants l'un des plus jeunes et des plus résolus.
242 H H 1 L É M O N V I E l" X DE LA VIEILLE
C(Eur dévoué, bras ferme, aimable tournure et belle humeur, il a\ait tout pour faire aimer la cause qu'il servait. On était toujours sûr de le trouver sur la brèche pour agir, sur la branche pour chanter. Il nasillait même un peu en chantant, comme un Breton qui aurait avalé son biniou.
Je n'ai pas à suivre le colonel Findy à l'Hôtel de Ville, où le '.V arrondissement voulut qu'il siégeât. Il n'en sortit avec Landrin, le 24 mai, qu'après avoir donné aux flammes une proie. Il n'avait pris personne en traître. A ceux qui l'investissaient des fonctions de gouverneur, il a\ait déclaré qu'il ne les acceptait qu'à la condition de les prendre au sérieux. Il tint parole. Le lui a-t-on assez reproché et avec quelle indignation! Ce colonel pour rire a mal rempli son rôle en ne faisant pas rire jusqu'au bout. Il a mêlé les genres. Ce n'est pas de jeu.
Ktrange contradiction ! Rostopchine
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant
passe pour un héros. Pourquoi Pindy, conformant sa conduite à cet illustre modèle, est-il couvert d'opprobre?
Traité en « ennemi de l'intérieur », l'insurgé se défend en conséquence. La guerre n'a pas de lois, elle n'a que des nécessités. Quand le droit des gens n'est plus respecté, quel droit à la préservation les archi\ es et les monuments pourraientils invoquer? Mais c'est le propre des gens que le sang répandu laisse indifférents, de gémir sur les décombres. Cœurs de pierre et cerveaux de papier, ils ont l'air de se regretter eux-mêmes.
Quoi qu'il en soit, Pindv, caché pendant dix mois dans une chambre de la rue Saint-Maur, où le faisait \ivre une petite entreprise de bijouterie, fut, un jour, dénoncé par son associé et dut, en avril 72, partir précipitamment. Quelques amis se cotisèrent pour lui procurer l'argent de son voyage et le recommander à un chef de train dont ils étaient sûrs. Beaucoup d'employés de chemins de fer, sans convictions