CHAPITRE XVII
sur l'Arno venait de partir (i). Enfin l'armée de secours annoncée l'arrivait pas; on savait seulement que l'artillerie, à cause du mauvais temps et de l'état des chemins, était arrêtée, soit à Campi, soit à Bretola, sous la garde de Pierre Velles de Guevara et d'environ *,000 Espagnols (2). Le 17 janvier, le pape, après que Ton eut c usé de toutes persuasions possibles (3) », expédiait 17,000 écus! Est-il étonuant que, dans des conditions pareilles, le découragement ait gagné les chefs et l'indiscipline les soldats?
Pour éviter une révolte, « car s'et la plus grant pietié du monde de veoyr les desordres que font ces gens, » Philibert résolut d'envoyer vivre à discrétion dans deux ou trois petites villes des environs celles de ses troupes qui n'étaient pas indispensables à la garde du camp. Cette mesure était d'autant plus sage que, pour élever des retranchements du côté du rempart de Saint-Georges, il était obligé d'enrôler dans le pays des pionniers à défaut de ceux du pape, qu'il allait avoir d'autres charges avec les troupes de Marcio Golonna et d'André Castaldo qui venaient du royaume de Naples et que celles de Maramaldo n'allaient pas tardera suivre (4). Au témoignage du prince, c'étaient de belles bandes qu'il préférait de beaucoup aux 4,000 hommes que Clément VII lui destinait. Satisfaction lui fut accordée sur ce point. Mais leur solde n'était pas prévue, et il fallait y pourvoir. L'empereur déclara qu'il n'en avait pas les moyens, que cependant il tâcherait de décider le pape à le faire. Il lui indiquait une solution bien simple : s'emparer de Florence pendant le mois de février (5). Peut-être savait-il qu'un astrologue, tellement sûr de ce qu'il avançait qu'il avait consenti
(1) Lettre du 3 janvier 1530. Pièces justificatives. n° 273: Archives impériales i Vienne. P A 97. minute. — Le 18 décembre, Philibert avait dû demander aux viennois 1,000 pionniers, avec un mois de solde (voir Pièces justificatives, &• 265: Archives de PÉtat à Sienne, lettres à la « balia ». original signé).
(2) Vakchi. 1. XI, col. 356; cf. lettre de Charles-Quint, du 3 janvier.
(3: Lettre de Charles-Quint, Pièces justificatives. n° 278: Archives impériales à Vienne. P A 97, minute.
(4) Lettre de Philibert a l'empereur, du 22 janvier, Pièces justificatives, n# 280; Archives impériales à Vienne. P A 97. autographe. — Dans une lettre au prince, non datée, mais vraisemblablement du mois de février. Charles-Quint demande que Maramaldo et ses troupes ne traversent pas le territoire siennois (Pièces justificatives, n° 299 bis; Archives de l'État à Sienne, lettres à la « balia », original signé).
(5; Lettre du 27 janvier. Pièces justificatives, n° 282; Archives impériale! à Vienne, P A 97, minute.
à se rendre en prison et à être décapité si sa prédiction ne se réalisait pas, avait assuré le prince qu'il en serait le maître avant quinze jours. Mais le temps s'était écoulé, et la ville n'était pas prise. Quand Philibert feignit de donner l'ordre qu'on l'exécutât, l'astrologue fit observer que s'il avait lu dans les cieux qu'elle devait l'être, les étoiles lui avaient dit que ce serait par l'assaut, qu'il avait négligé de le commander et que, par conséquent, il n'avait pas le droit de se plaindre. Le prince se mit à rire et se contenta de le chasser du camp (1). Par Vaury, l'empereur renouvelait le désir de voir, n'importe comment, terminer le siège dans le courant du mois ou en mars au plus tard, parce que Clément VU se pourrait « tanner (2) (/. ennuyer) de la despence ». De plus, comme le roi Ferdinand continuait à le solliciter d'aller en Allemagne, afin d'être prêt à s'opposer, le cas échéant, à toute tentative de la part des protestants ou des Turcs, il tenait à être à même de le faire le plus tôt possible pour avoir toutes ses troupes à sa disposition.
Le pape ne fournissait pas au prince de quoi y parvenir ; il voulut bien, par contre, lui enseigner comment s'y prendre. Ou bien il attaquerait la ville de deux côtés à la fois, l'un avec vingt canons, l'autre avec huit, ou dix « ou plus », pour contraindre les Florentins à diviser leurs forces, ou encore avec 13.000 hommes, qu'il répartirait dans les villes et les châteaux des environs, pour la bloquer et l'affamer. Clément VII était partisan du premier moyen (3). A cela il y avait une difficulté : Philibert ne pouvait employer ni l'un ni l'autre; le 7 février, il constatait que t seste maudite artillerie > n'était pas arrivée (4). Et les 13,000 hommes, où les aurait-il trouvés? Il en avait un peu plus de la moitié;
(1) Varciii. 1. XI. col. 365; Nardi. 1. VIII, p. 361. Il y a quelque ditférence entre le récit do Varchi et celui de Nardi.
(2) Ce mot, que l'on s'étonnera, de nos jours, de voir tomber d'une plume impériale, était déjà employé dés le treizième siècle. V. Littré. qui en donne plusieurs exemples, dont le plus ancien est tiré de Rutebeuf :
... yuar le resveil Me Une assez quand je m'esveil.
(3) Instructions à Vaury. du 2 février. Pièces justificatives. n° £85: Archives impériales à. Vienne. P A 97, minute.
('■*) Lettre à l'empereur, Pièces justificatives, n° 290; Archives impériales à Vienne, PA 97. autographe.
* Il A PITRE XVII
encore un certain nombre de ses Allemands parlaient-ils de désertcr(i>>et le comte Louis de Lodrone »'t Gaepird de Frundsberg avaient refusé de s'engager pour trois mois de plus.Cliarhs-Huinî avait eu le boa esprit de le laisser faire comme il jugerait à propos.
Dans le royaume de Naples, les troupes n'étaient pas davantage
payées. Alarcon écrivait à Philibert que L'infanterie espagnole qui
il dans FAbruzze menaçait de se mutiner et qu'il conviendrait
de la disséminer à Tram, Rarletta, Monopoli et ïïrïndisL Le prince
priait l'empereur de le fixer à cet égard (8),
En attendant argent, canons et pionniers, il s'entretenait la main de BOd mieux. Il en trouva l'occasion, le 1 1 février, et ce qu'il y a de piquant, ce fut sur un de ses anciens capitaines. Anguillot tu de l'îse. qui avait servi sous les ordres du comte de Sari Secondo et Lavait récemment quitté pour passer aux Florentin*. Avec François de Bardï et Bellantoni, il sortit par la porte de la Croce avec un détachement de 500 fantassins et de quelques cavaliers qui allaient aux provisions, et il se dirigea du côté do San
f vasio, afin d'éviter la garnison de Fieeole dam le cas probable on elle serait en embuscade. Tout à coup, à la vue dr renseigne
Inguiïlotto, Philibert, le prince de Salerne, Tamis, eh., s'élancèrent à la tête d'une troupe que Varchi pur te au chiffre de 2,000 hommes et de 500 cavaliers de Fernand de Gonza.^uès traversèrent LArno et attaquèrent l'ennemi, Anguillotto, une pertuisane à la main, se prépara à lutter vigoureusement. Le prne ■•■ d'Orange, avec une escorte de six cavaliers, fut le premier à le i barger; soutenu par Gecco de Buti, son lieutenant, il se défendit avec tin courage tel que sa perluisane d'abord ■>! son rpeV ensuite en furent brisées, lïellantoni se précipita aussi à son b, mais Anguillotto, frappé d'un coup de zagaie a la poitrine par un chevau-léger, tomba à terre et là fut criblé de blessures. Selon Varchi, il fut achevé par Philibert; selon d'autre- >ns* te prince, pour lui faire expier plus ignominieusement
i l'empereur, du » lévrier Pièce» justificatives, um 187; Archives i Vieillie, l'A 97, autographe* Lettre du h février, Pièces iustîfîcfctives, ir 289; Ardiivi-s de Sim&ncu* l 143». foL 34,
Pif IL1BEET DK CIIALOPÎ
sa trahison, aurait laissé ce soin a un simple valet. Cecco de But! se rendit, puis fut tué d'un CQUp dV-copette; François de IJanlL voyant la partie perdue, se constitua prisonnier; il fut ren liberté moyennant rançon; Bellantoni, qui avait eoura^n lutté avec une poignée d'hommes, se réfugia dans une maison Jean de Vinci, ù qui la garde de la porte de laCroce avait été ton fiée, et Jacques Bichi essayrivnl bien Ai venir à Faide des leur<t mais il était trop tard; déjà Philibert avait repassé FÀmo. Verchi estime à environ 140 le nombre des morts, à 80 ceux qui rea trtreot à Florence sains et saufs. Le lendemain, le prince écrivait à l'empereur qu'il avait * defavs Lotit leurs i^ens de piet et le* avons mené tirant juques aux portes, «H n'a est«; sens bien batre premièrement, et croys que de tous eux yl n'en est pu echapé vint qui ne soyent esté pris, tressés ou tu* > I An^uillotto et Buli lurent retrouvés presque entièrement nos, Varclii dit qu'il ignore s'ils avaient été dépouillés par les Florentin Le premier fut inhumé dans l'église de f Xnnuuziata, le flans celle de Saint-Paul. En apercevant cette débandade, Mata*
1 était accouru avec les commissaires. Lorsqu'il constat Jean de Vinci avait abandonné la porte. iJ entra dan* une violente colère, il voulait le faire étrangler; la corde était déjà prête, Buts Viùti 5 averti, avait cherché un asile i San Sa I vin, Si fureur une fois calmée, Maktesta lui lit irrace de la vie; il se contenta de toi retirer son commandement et de le remplacer par Françuu Segn.
Le ii\ février, on apprit a Florence que Mararaaldo d'arriver au camp avec 3.000 hommes.
Le terme de rengagement des Ulemamls de Taons itiit sur le point d'expirer, lies deux colonels ne cottSMta le proroger qu autant qu'il* aurai en 1 l'assurance formelle que h solde de leurs troupes serait payée régulièrement. Pbtlili serait bien gardé de la leur donner, surtout dans un m*n.disette était extrême en son camp et où la cavalerie metm
Lattre du 12 février, IS.-ces justiScatives. n :*\ Archiver impérial*! Vtannl l'A Wt, uutuRniptie.
(ij \ mi. m l XL *:oî 3tt£-363; Sa&Mt, I IV, p. lut: et Chronique anaini»* de Moreucc, ms> 15 du ftmds italien de la Bililiotltt'que nationale d-