CHAPITRE II
Lorsque l'émissaire de Philibert se présenta à Héricourt, le comte de Fûrstenberg n'y était pas. Il venait d'accompagner jusqu'à Belfort Wolff qui regagnait Ferrette avec ses amis etsa proie. M. de Châtillon les y suivit. Le comte, appelé à fournir des explications, reconnut avoir accueilli Woliïde son mieux, l'avoir logé et traité plusieurs jours. A la vérité, la dame d'Oricourt, dès son arrivée, s'était plainte à lui d'avoir été enlevée par la force et avait mis son honneur sous sa sauvegarde; lui, en courtois chevalier, lui avait offert de la reconduire en son château et de la protéger contre toute insulte. Mais, au lieu d'agréer sa proposition, elle avait déclaré accepter, tout en le regrettant, le fait accompli, si Wolff consentait à l'épouser; elle l'avait même sollicité d'intervenir auprès de son ravisseur pour essayer de le décider au mariage. Wolff avait acquiescé. Les fiançailles avaient été célébrées le mardi, 12 octobre, et, aussitôt après, la cérémonie nuptiale. Mise en présence du sieur de Châtillon, la daine d'Oricourt attesta l'exactitude de ce récit (1). 11 en fut de même de Wolff et de Simon de Ferrette. Bien plus, d'après d'autres témoignages recueillis au cours de l'enquête, l'enlèvement aurait été une pure comédie, concertée de part et d'autre. En voulant faire croire à un acte de violence, la dame d'Oricourt n'avait eu d'autre but que de réserver son douaire, qu'elle aurait perdu, si elle avait convolé à de nouvelles noces un an avant le décès de son premier mari (2).
Après avoir ainsi dégagé sa responsabilité, le comte ajoutait qu'il était prêt, s'il en était besoin, à se justifier davantage lors de l'entrevue qu'il devait avoir à Salins, le 28 octobre, avec le prince pour le règlement définitif des articles précédemment conclus avec l'archiduchesse ; pour le moment, il affirmait n'avoir pas eu l'intention de porter atteinte à son autorité et à ses droits. Il priait donc Philibert de c prandre les choses a bonne part »; quant à lui, il lui semblait que « les parties soyent bien contensd'estre ensembles mariés ». Par lettres du même jour, il écrivait dans ce sens à la princesse d'Orange (3).
(1) Lettre de Guillaume de Fûrstenberg à Philibert, du la octobre; Archives du Nord. Lettres missives, portefeuille 38.
(2) Lettre de Philibert à l'archiduchesse Marguerite, octobre; Archives du Nord. Lettres missives, portefeuille 39 bis.
(3; Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 38.
Cette aventure romanesque ne disqualifia d'ailleurs pas Wolff aux yeux de la noblesse comtoise et ne l'empêcha pas d'être admis, en 1524. au nombre des chevaliers de la confrérie de Saint- Georges. Il en faisait encore partie en 1547 (i).
11 ne nous est malheureusement pas resté de traces des délibérations des États de Franche-Comté pour l'année 4518 (2), pas plus que de la conférence de Salins, du 28 octobre. Tout ce que nous savons au sujet des affaires qui durent y être discutées, c'est que la réunion au domaine du comté de Bourgogne des seigneuries revendiquées par la duchesse de Longueville : Vercel, Vennes, Usie, Morteau, le château-neuf de Vuillafans, etc., fut prononcée par ordonnance de l'archiduchesse Marguerite, le 25 septembre (ou octobre) 1518. Jeanne de Hochberg conserva Chaussin, La Perrière et d'autres places (3).
Quant au traité entre Besançon et les Suisses, rien ne fut négligé pour le faire échouer. Philibert avait envoyé coup sur coup aux gouverneurs un gentilhomme de sa maison, puis Salans, capitaine de la ville pour l'archiduchesse; enfin Pierre Mouchet, sieur de Château-Rouillaud; Nicolas Merceret, sieur de Monnet, et Jean de Gilley, sieur d'Aillepierre. S'il n'alla pas en personne les trouver, comme il y avait songé, c'est parce qu'il avait eu vent que l'entrée de la cité lui serait peut-être refusée (4). Lorsque Marguerite voulut tenter un suprême efTort, en députant vers les Cantons le sieur d'Azuel, son écuyer et échanson (5), il était trop tard. Le traité avait été signé le 24 décembre. Le 4 janvier, les ambassadeurs de Berne, de Zurich et de Soleure arrivaient à Besançon et juraient solennellement d'en observer toutes les clauses (6). Dans la séance
[\) GoLLtT, éd. Duvernoy, col. 1445.
(2) Clerc, Histoire des Était généraux .... t. I, p. 268.
(3) Gollut, éd. Duvernoy, col. 1529, notes.
(4) Lettre de Philibert à l'archiduchesse Marguerite, du 26 décembre: Pièce» justificatives, n8 14 b; Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 39. Cf. aussi une lettre de Philibert© de Luxembourg à Marguerite, du 13 décembre, ibid., portefeuille 38. Le n" 17452 du Trésor des chartes (B 739) aux Archives du Nord renferme des instructions sans date, à Hugues Marinier, lieutenant du bailli d'Amont, qu'il envoyait à ce sujet a l'archiduchesse Marguerite
(5; Lettre de l'archiduchesse Marguerite à Philibert, du 25 décembre ; Pièces justificatives, n° 14 a; Archives du Nord. Lettres missives, portefeuille 39 bit. (6; Gollut, éd. Duvernoy, col. 15H, notes.