‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 4 sur 239 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les comtes de Chalon : branches de Chalon-Auxerre et de Chalon-Arlay. — Les princes d'Orange de la maison de Chalon. — Mariage de Jean IV de Chalon avec Phil inerte de Luxembourg. — Le château de Nozeroy. — Naissance de Philibert à Lons-le-Saunier. — Mort de Jean IV. — Enfance de Philibert. — Intérêt que lui portent, à lui et a sa mère, Louis XII, la reine Anne et l'empereur Maximilien. — Il olTre ses services à Charles, roi de Castille. — Confiscation par François I" de la principauté d'Orange. — Voyage de Philiberte de Luxembourg et du prince auprès de Charles, roi de Castille. — Philibert gouverneur et lieutenant général du comté de Bourgogne et du Charolais.

L'ancienne et illustre maison de Chalon, issue de celle des comtes de Bourgogne, se divisa elle-même, peu après le milieu du treizième siècle, en deux branches principales : celle de Chalon-Auxerre et celle de Chalon-Arlay; elles eurent pour auteur commun Jean le Sage ou l'Antique. Né d'Etienne et de Béatrix, fille unique du dernier comte, Guillaume II, il fut associé au gouvernement par sa mère, vers 1213, jusqu'au moment où elle mourut, en 1227. Il échangea, en 1237, avec Hugues IV, duc de Bourgogne, les comtés de Chalon et d'Auxerre contre les seigneuries de Salins, de Bracon, de Vuillafans, d'Ornans, etc., mais il n'en continua pas moins à porter le nom de Chalon, qu'il transmit à ses descendants. Il finit ses jours en 1267, à l'âge d'environ soixante-dix-sept ans, laissant Ja réputation d'une des plus belles ligures et d'un des plus vaillants parmi les seigneurs franc-comtois de son temps : t génie à vues élevées, d'une volonté énergique et persévérante, caractère martial

et vigoureusement trempé, joignant à l'autorité morale, qui donne le pouvoir, la puissance matérielle, qui le fortifie (1) • ; par-dessus tout, il fut le bienfaiteur de ses sujets, qui lui durent en partie leur affranchissement,

De ses mariages successifs avec Mahaut de Bourgogne, Isabelle de Gourtenay et Laure de Commercy, il eut quinze enfants. Deux d'entre eux s'appelaient Jean; l'un, sire de Chatelbelin et de Rochefort, était du second lit; il devint comte d'Auxerre et de Tonnerre par son union avec Alix de Bourgogne; l'autre, du troisième lit et de quinze à seize ans plus jeune, fut le chef de la maison des Chalon-Arlay. Le comté d'Auxerre fut en la possession des Chalon jusqu'en 1370, date à laquelle Jean IV le vendit au roi Charles V; celui de Tonnerre, jusque vers 1443, où il passa, par suite d'une alliance, dans la famille d'Olivier de Husson, chambellan de Charles VIL

Dans chacune de ces branches et par une singulière coïncidence, quatre des principaux personnages se sont nommés Jean; également aussi, il y eut des Guillaume et des Louis, ce qui ne serait pas fait pour rendre toujours la tâche facile à l'érudit, s'il n'avait soin de se guider d'après les dates et les différences de titres. Ils eurent encore un autre point commun : une incomparable bravoure; en cela ils se ressemblent tous, car la plupart perdirent la vie sur les chanfps de bataille ou les arrosèrent de leur sang. Qu'il suffise de dire que, du côté des Auxerre-Tonnerre seulement, Guillaume fut tué à Mons-en-PueJle, Jean II àCrécy,Jean,sire de Chatelbelin, à Nicopolis; Louis II à Verneuil; un autre Jean, mort à Azincourt, ferme la liste de ce glorieux nécrologe. Leur rôle politique fut peut-être encore plus considérable que leur rôle militaire, et, pendant deux siècles et demi, de Jean le Sage à Philibert, leur histoire $e confond sans interruption avec celle de la France et celle des deux Bourgognes.

Par sa famille, Philibert, prince d'Orange, appartenait à la branche cadette, celle des Chalon-Arlay, quoiqu'il apparaisse plusieurs fois avec la qualité de comte de Tonnerre. Son titre, il le

(1) Rougebibf, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, p. 218.

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