CHAPITRE VI
Siège du château Saint-Ange. — Difficultés de Philibert avec les capitaines espagnols. — Négociations avec le pape. — Le prince est grièvoment blessé dans les tranchées du château Saint-Ange. — Capitulation de la forteresse et convention avec Clément VII qui est retenu prisonnier. — Révolte des Allemands et rixe avec les Espagnols. — La peste à Rome. — Philibert, pillé par les lansquenets, s'éloigne de la ville. — L'infanterie impériale évacue Rome. — Le prince tombe malade et part pour Sienne.
Si, par son courage et ses vertus militaires, le prince d'Orange méritait d'exercer le commandement suprême, il n'avait pas encore toutes les qualités qu'il eût fallu pour faire face à la situation présente; s'il était vaillant plus que pas un.il lui manquait l'énergie, roide ou violente, nécessaire pour avoir raison des ban les indisciplinées qu'il allait avoir désormais à conduire. Il n'avait que vingt-cinq ans. Ce n'est pas pendant les quelques semaines qu'il passa sous les murs de Tournai, pendant les sièges de Fontarabie ou les cinq mois de sa campagne en Italie, qu'il avait pu acquérir l'autorité sans laquelle il n'y a pas d'armée digne de ce nom et se forger la main de fer qui faisait défaut à son prédécesseur luimême Cl). Enfin, ce qui était surtout plus grave, il ne tenait pas ses fonctions de l'empereur. Dans les circonstances actuelles, il eût donc mieux valu pour lui servir en sous-or Jre, comme cela fut sur le point d'arriver; mais, à moins de se retirer tout à fait, il ne pouvait plus échapper à sa destinée.
(1) L'abbé de Najera, commissaire général de l'armée, qui avait pu apprendre à le connaître, écrivait à l'empereur, le 27 mai : « El principe es muy noble caballero y valeroso, mas es muy jouen y no tiene la experieocia ni a las veces la pacieocia que séria menester. » Villa, p. 131; Gayangos, p. 218. De mèmp. Parez, dans une lettre, du 30 mai, & Charles-Quint, exprimait l'avis que Philibert était zélé pour son service, mais qu'il était trop jeune et n'avait pas l'exp#rieore voulue Ojayangos, p *t'.) l'lua tard, lu 15 août, Alarroo portait sur i m (»■ iiu prince un jui^uiurit n |hu \i - semblable *i mutait sur la aéces- »Ut: de i-hoiâir un autre capilsitj ' .■■•■* ■■.■.— . |. 2élj
Dès le jour de rentrée des troupes dans Rome, il établit son quartier au palais de François Pisani, cardinal du titre de Saint- Marc, situé dans Tune des rues qui débouchent sur le Corso et non loin de l'église de la Minerve. Il y installa ses fidèles Comtois, son secrétaire Jean Bontemps, Claude de Montrichard, Genevois. Jean de Fallerans, Jean de Chantrans, Visemal, Charles du Taillant, Marnix et Canoz, qui y fut apporté, le 9 mai, malade ou blessé (1).
Un des premiers soins de Philibert fut de s'occuper des obsèques du connétable. Son corps, on la vu plus haut, avait été déposé dans une chapelle. Le soir de sa mort, tous ses lieutenants et un grand nombre de simples hommes d'armes allèrent saluer les restes du « tant vaillant, bon, vertueulx et soingneux capitaine et personaige (2) » qu'ils venaient de perdre. Le prince d'Orange le lit embaumer, enfermer en un cercueil de plomb et transférer dans l'église Saint-Jacques. En attendant le jour de ses funérailles, dont les frais, payés par Philibert, se montèrent à 500 écus d'or (3», sa dépouille mortelle fut gardée par des religieux, et plusieurs services furent célébrés pour le repos de son âme. Il fut plus tard inhumé à G acte, et son cœur, rapporté, dit-on, de Rome à Besançon par Simon Gauthiot d'Ancier, qui s'était attaché à la personne de Bourbon, aurait été conservé dans la cathédrale Saint-Étienne de cette ville (4).
Puis il fallut songer à parfaire l'œuvre commencée, achever la conquête de Rome, amener le pape à faire la paix et surtout se maintenir dans la place, car on pouvait craindre que le duc d'Ur- Lin et le marquis de Saluces, commandant les troupes françaises cantonnées à sept lieues de la ville, ne s'en emparassent. Avec les forces dont ils disposaient, 30,000 hommes, et un peu d'audace, le succès n'eut pas été impossible.
Le siège du château Saint-Ange fut d'abord décidé. Les derniers
(I) Journal, dans Clkhc, p. 64. .
ri) Relation de Montrichard, dans Bulletins de l'Académie royale de t X, l" partie, p. 480.
i>) lt;»n> s<-s instructions, du 31 décembre 1530, & Odot Roy il CaiiiClin. allant à Naples de sa part. IMnliberte de Luxembourg ItUT d'en poursuivre le remboursement. (Arehives du Doubs, E 1301.
4) (jui.i.rT. éd. l)uvernov, col. 15y<>, à la note. Jt^t
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e Hume b'j étaient réfugiés, mil Ui étaient *i peu
aque toute résistance de leur part eé tété inutile. BIlea'eAt
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fofcmeol justifié, y avaient, & la ifcfcite du pape, i berehé un asile,
Auês) fea Impériaux ne crurent-ils pas devoir faire naagedti leur
artillerie Ua h contentèrent d'ouvrir des tranchées, certains que,
e i la famine! au manque d'entente parmi les conseillers de
• nt VU et surtout ï la peur, I heure de la capitulation ne tar-
I ne partie de leurs prévision- se réaîisait si bien que déjà le
:, - i <- grud matin, le pape lit écrira aux: chefs de ) "armée par
le Seliombern. archevêque de Capuue. dont Im sympathies
pour \n cause de. l'empereur étaient bien connues, de lui eai
Barthélémy Gattinara et l'abbé de Najera. Clément leur fit pari de
s<m intention de se rendre, lit! et les cardinaux, et de livrer lei
Émis de » Kif lise à Charles-ùuint ; il [68 Chargea de transmettre ces
propositions i Ji. Mais lea Impériaux voulaient d'abord que le pripe
fût leur prisonnier et leur doaoàtde quoi payer leura troupes, aiin
qu'elles quittassent Home et pusaftHt marcher contre les fore M da
le liL'ue qui les menaçaient toujours; puis ils finirent par modérer
exigences el offrirent une convention aux condition* soi*
Vftftle lilton du château Saint-Ange et de tout son matériel
lierre, départ du pape et des cardinaux dans le royaume de
lançun des réfugiés au chai eau Saint- Autre vennant
i>'aprt<a lu lettre éi l'abbé de Najera à l'empereur, ea date dn I7maii lors du leur entrevue ave** le pape : * ..Su Satuidari Limitera que lo rie lu.-* seis dins que pedtu de término se proptifiera al principe ma df DrbÎM y lo* ulroa capilaues y survidores de V If., y a me s ma larde, atioque niera roche, pur ri arrobispo de Capna à por una leira n> avisant si lus queriau concéder u no» parque quanrio no
1 lioo, que Je deia^ten lus capitules > que
luMA Yo resporwli I Su Snntirfad que no espentse ûtpîlutoa ni la respuesla
e*tiilia en el porter y vol un lad de! principe nt do lus ottus uapi-
Lérmioo de lu que *e habia dada, aino en la ^nlc >i>>i- ron-
mandadu de \ M j i ootra lo capitufado por el viaorcv y rouirai la
: ui ua j e i • iijuna dcl duque de Bûrboû \ de todoa eupUanes y
mini*" - baûia rçmdo fatta ftotni j hecbo lodo lo
rarçido. \ i#j eJ pHatipe j Juan dr Urbrna cou el pare*-
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une somme de 150,000écus d'or soleil, payables 100,000 comptant et le reste dans vingt jours, à Gènes, à l'abbé de Najera ou à son représentant; contribution de 150,000 ducats imposée aux États de l'Église, excepté aux localités occupées, et levée par des agents choisis par les chefs de l'armée; les archevêques de Manfredonia et de Pise, les évoques de Pistoia et de Vérone, Jacques Salviati, Laurent Ridolfl et Simon de Ricasoli devant rester comme otages jusqu'à payement des 150,000 ducats; cession d'Ostie, de Civita- Vecchia, de Modène, de Parme et de Plaisance; restitution aux Colonna de leurs biens et de leurs dignités, absolution des censures ecclésiastiques prononcées contre les Impériaux. Il était stipulé que le prince d'Orange assisterait à l'évacuation du château Saint-Ange, pour éviter toute avanie aux assiégés, etc. (1).
Cette convention n'eut pas de suites. Les Allemands refusaient d'évacuer Rome tant qu'ils n'auraient pas reçu l'arriéré de leur solde, qu'ils estimaient à 300,000 écus; ils se montraient d'autant plus intraitables qu'ils étaient persuadés que d'immenses trésors étaient accumulés au château Saint-Ange. D'un autre côté, le pape était très embarrassé, faute de pouvoir réunir la somme demandée; de plus, il attendait toujours son salut du dehors. Le 8 au soir, Pierre Chiavelluzzo était allé de sa part solliciter du secours auprès des chefs de la ligue. Le désordre, disait-il, régnait dans l'armée des Impériaux, tout entiers au pillage, loin d'être sur leurs gardes, affaiblis d'ailleurs par les pertes qu'ils avaient subies lors de l'assaut et dans les combats des rues; aussi, pour lui, le succès n'étaitil pas douteux. Le duc d'Urbin fît savoir à Clément VII qu'il viendrait à son aide, dût-il lui en coûter la vie. Cette promesse eut un commencement d'exécution. Le 12 mai, Frédéric de Gonzague et le comte Hugues Pepoli partirent avec un détachement de cavaliers français et quelques arquebusiers, pour essayer de délivrer le pape pendant la nuit. Le marquis de Saluées suivait, également avec de la cavalerie et 600 arquebusiers; mais Frédéric fit une chute de cheval et se brisa bras et jambes : il fallut le transporter à Viterbe. L'expédition poussa jusqu'au pont Molle;
M; Lettiv de François de Siilazar. datée par erreur du 19 I». 151. — Les articles de cette convention sont publiés
CimMTRL VI
ea retouroa sans m A nie avoir têlfctt un effort aériens (t),
llan- I Intervalle, les capitaine* des Impériaux, afin de pouvoir
arrivera la conclusion d'un arrangement a ve>: Clément VIL avaient
été ot -en pourparlers arec les lansquc*
de l'enj leur donnar, i i exclusion des Espagnols,
la 100.000 ducats promit par lui Le prince leur garantissait
nt intégrai de cotte somme dans te délai cTiin mois (S).
Maïs le pape, sans doute pour gagner du i«*nips, voûtait reprendre us sur d'au très basée. U (Métrait que Lonnoy, toujours ut i Rome, Il envoya son eamérier Saporito. avec ud rlteare de l'abbé de Najera, demander aux chefs de la ligne un sauf-conduit pour le vice-roi. Philibert se montra fort ; iW cette démarcha. Il déclara de nouveau qu'il ne foulait pas servir ..rdres et jura de quitter l'armée ai Lannoy uienL a l'abbé de Nejera il Si les plus violente rv pmehes pour B 6ttt eieôft Olui-ci répondit !'<.j mollement que le capitaine gênerai était le duc de Ferrare. qu il n avail pa*. lui. prînCti d'Otattg&i le droit de disposer de Par* i bon plaisir* et que* si un autre chef devait être ne\ Charlee-Quint ne saurait faire de meilleur choix que LâOBOJf Bfl i*'jla, l'abbé de Najera parlait et pensait corom Espagnols, ses mm patriotes, hostiles aux Allemands, jaloux d'eus, Is se croyaient sue ri liés, et par conséquent peu enclins 1 obéira Philibert, qui s'appuyait surtout sur ces dernier-
B de l'abbé de N'ajera à Cfjarles QatQtT du tl tuai, dans Villa, dau& Oâ £13
Ièià p 180. — Franvoia de $aU/art dan* une lettre du 19 mai. iodiûaron al^a »mq ûL dicUo al.ind losdel t- Nilmente il principe de Orange, que ton luueha calera le dîjo par al an luera y* cl ea&tilJo f aéra toi ua do en doee dtas que habian
S lt4LA, (f tfrl)
ma lettre d i Pores aremperour. endatedu (1 juin*
■ i ri relie I iio l'état d'esprit »!«*« KspaguoU à L'ê^ard dos Allemands
. M lione gnm ueresidad de prnveer de un gênerai en
! >, juinjUL» rii< olra niamra cûrre peligru;
prir<|tie ri prinnpr se a«uesta a Ins Aluunin.s y ptcn*a con *?Jloi
\ tih'iii sugeta, y Espa noies enliéndendo y
il n;u.er una en** mis Lui ontrt lo* imoi y
in.*, p *ut j On
in sujet de Philibert un peu plus loin