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Archives de l’art français , 2e série, II

LES MAITRES DE L’ART

et si n’eust esté un grand seigneur qui le spustenoyt et Boisdaulphin, j’eusse bien faict veoir d’autres larrecins ». Sur les comptes de Picardie, sans quitter Paris, il fît rabattre 18000 livres aux maçons, simplement en révisant leurs toisés.

Au Havre, il passa quatre mois à surveiller la construction des navires en chantier et l’équipement de la flotte du Ponant qui s’apprêtait à aller approvisionner le camp de Boulogne. Mais d’autres que lui recueillirent le fruit de l’entreprise : « Après que j’euz dressé toutes choses et les procès verbaulx et marchés que j’envoyois à monsieur le Connétable [Anne de Montmorency] il donna la charge à monsieur de Nollye qu’ilz firent suyvant mes mémoyres et dont je fuz bien ayse de m’en aller, car je faysois tout à mes despens et me cousta huict cens escuz, et les aultres gaignèrent de l’argent où je n’avoys pas ung lyard, et quand je le remonstroys, l’on me disoyt que le roy me donneroyt de bénéfices » .

Dans une circonstance particulièrement critique, de l’Orme trouva moyen de mettre en pratique un de ces stratagèmes dont il était aussi friand que de secrets d’architecture. En 1546, au lendemain des formidables armements dirigés contre l’Angleterre et du débarquement de Montgomery de Lorges en Écosse, les côtes de Bretagne étaient à la merci d’un coup de main. René de Château-Chalon La Chatière, avec la complicité du contrôleur Moysant, avait enlevé l’artillerie des forts de Brest pour

en garnir ses propres navires armés en course : « De sorte qu’ilz dépopularent tout le chasteau, qu’il n’avoit ne monitions, ne bled, ny ârtillerye, et ung jour entre aultres, leur nâvÿrë fut prinse des ennemys, et dëclairarënt comme le chasteau estoyt tout desgarny, et délibérarent de le venir prendre; et vindrent soixante navyres angloises jusques devant le chasteau, à la portée d’ung ëahon. Par bonne fortune, je me trouvoys à Brest, et fiz si grande diligence à faire monter l’artillerye, et encores en faire de faulses artilleryes pour montrer à l’ennemy sur les rempars, faire faire pouldre et amasser à force personnes et femmes, apourter terres et fassine à faire rempars et tranchées, et donnoys tel ordre, faisant veoir le peuple et faisant plusieurs faulces enseignes et planter à forces picques, et fiz si bonne mine que l’ennemy ne nous assaillistpoinct; etavois tant crié auparavant du désordre que je y trouvoys que monsieur d’Estampes y fut; mons. de Dampierre, qui estoit cappitaine, et la Geneste, qui estoit valet de chambre du feu roy y vint, qui fist fort bien son debvoyr. Et veulx dire et prouver que tout le chasteau de Brest eust été prins facillement sans moy, et l’ennemy pouvoyt venir jusques à Nantes sans que rien l’eust empesché, pour le grand désordre qu’il y avoit, et c’estoyt l’année mil vc quarante-six h »

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