CHAPITRE II
Philibert de l’Orme architecte du roi et surintendant. — Le service des bâtiments du roi. — Impuissance de Serlio. — Dictature de Philibert de l’Orme. — Protection d’Henri II. — Cumul de bénéfices. — Rabelais. — Ronsard.
^j^fRANÇOIS Ier mourut le 31 mars 1547. Le changement de règne amena un bouleversement complet des charges, renversant des fortunes laborieusement édifiées, élevant au pinacle de nouveaux favoris. Tandis que son protecteur Jean du Bellay prenait le chemin de l'Italie avec une mission qui ressemblait à un exil, Philibert de l'Orme voyait les sourires de la fortune dépasser toutes ses espérances. Henri II lui confiait la direction des deux édifices qui lui tenaient le plus au cœur : le tombeau du roi son père à Saint-Denis, le château de Diane de Poitiers à Anet. Du même coup il l'admettait au nombre de ses aumôniers, et lui donnait en commende l’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Genes-
LES MAITRES DE L’ART
ton1. C’était un modeste bénéfice de 300 livres, dédaigné par l’évêque de Rieux, François du Bourg2. Mais pour Philibert c’était une aubaine inespérée. Le règne précédent ne l’avait encore gratifié que de promesses.
Sur-le-champ, il se mit à l’œuvre. L’année n’était pas achevée qu’il installait son atelier de sculpture au faubourg Saint-Antoine, dans l’ancien hôtel d’Étampes, où les Juste avaient taillé les marbres du tombeau de Louis XII, et où Henri II lui avait assuré pendant six ans la libre disposition des lieüx « pour se f retirer et faire tailler les pièces de la sépulture du feu roy 3 ». Ën même temps, il imaginait pour Anet un plan grandiose de construction, et cohfiait la surveillance des travaux à son frère Jean. Au début de l’aiitlée 1549, il y avait assez de maçonnerie exécutée à la chapelle pour nécessiter l’ordonnancement d’un mémoire de plus de dix pages in-folio4.
1. Abbaye de l’ordre de Saint-Augustin, com. Montbert, cant. Aigrefeuille, arr. Nantes (Loire-Inférieure). Cf. Gallia Christiana , XIV, p. 857.