‹ Philibert de l'OrmeChapitre 3 sur 93 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Renaissance et pré-Renaissance. — L’expédition de Charles VIII en Italie. — Développement tardif du mouvement néo-classique. — Monuments civils. — Monuments religieux.

Æ'EAN de Laval, songeant vers 1535 à reconstruire son manoir seigneurial, avait réuni à Châteaubriant un véritable congrès d’architectes. Dans cette assemblée de « grands ouvriers », venus de tous les points du royaume, on n’entendait que mots savants, nouveaux pour des oreilles françaises : frontispice, piédestal, obélisque, colonne, chapiteau, frise, corniche, soubassement, quand on vit arriver, « monté sur sa jument, botté de foin, ceint sur sa grand’robe et le chapeau bridé, » Thomas Pihourt, maître maçon de Rennes.

Son tour de parler venu, le vieux praticien, n’entendant rien au langage de ses érudits confrères,

LES MAITRES DE L’ART

les paya de la même monnaie — Phistoriette dit « monnaie de singe » — et signifia pour tout avis que « le batisment fust fait en bonne et franche matière de piaison compétente ». Puis il prit congé, en dépit des instances de l’assemblée pour décider ce très grand personnage, « et qui savait plus que son pain manger », à expliquer plus amplement sa profonde résolution. « Mais le paillard, demeurant en sa victoire, se retira, disant ne se pouvoir achommer d’advantage, et que les manches du grand bout de cohue ne pourroient aller de droit fil sans luy et selon l’équipolation de ses hétéroclites. Ce qui les estonna encore plus, ne sachans qu’il disoit, et de là est venu ce soubriquet : Résolu comme Pihourt en ses hétéroclites *. »

Ce joli trait de mœurs, que Noël du Fail, en bon disciple de Rabelais, est fort capable d’avoir embelli, peut servir à montrer, mieux que tout commentaire, quelles résistances le retour à l’antiquité classique rencontra en France, et combien l’on aurait tort de confondre sous la dénomination

i. Du Fail, Contes d‘ Eutrapel, édit, elzév., II, 297. — Bon- NAFÉ, Maître Pihourt et ses hétéroclites . Gazette des Beaux-Arts, 2e période, XI, 293, 403. Du Fail ne nomme pas le seigneur bâtisseur. Il se pourrait que Fanecdote fût d’une date plus récente que celle généralement adoptée.

Phot. A. Giraudon.

Planche I.

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