I. Palissy, loc. cit.} II, p. II
malheur de son architecte. Quant au cardinal du Bellay, retiré à Rome, dans son palais des Thermes, au milieu de ses chères antiquités, il attendait dans le repos et le calme d’esprit une mort qui devait le frapper l’année suivante.
C’est pourtant à lui que songea l’abbé d’Ivry dans sa détresse. Le 7 octobre 1559, il alla trouver Joachim du Bellay pour le prier d’intéresser son oncle à son sort. De la surintendance des bâtiments il n’est plus question, mais Philibert voudrait au moins sauver du naufrage son abbaye de Saint-Serge dont le pape n’a pas encore délivré les bulles. Et Joachim mande au cardinal :
Monsr d’Ivry m’est venu voyr ce matin, qui m’a dict vous avoyr escript touchant l’expédition de son abbaye de Sainct-Sierge que l’on luy veult faire perdre, vous suppliant de luy estre aydant en ceste affaire; s’il m’en a parlé plus particulièrement, et que, s’il vous plaist luy faire avoyr la dicte expédition, il ne plaindra V cens escuspour la dilligence du convoyeur. Il m’a aussi parlé de quelques permutations avecques pensions redimables comme l’on advisera. Je n’ay voulu faillir à vous en advertir, monseigneur, affin que vous advisiez, s’il vous plaist, ce qu’il vous plaira de m'en commender 1 .
Retenons ce dernier trait. Ces permutations envisagées par le disgracié prouvent qu’il com-
1. Nolhac (de), Lettres de Joachim du Bellay , Paris, 18S3, p. 63.
prenait la nécessité de faire la part du feu, et de sacrifier quelques-uns de ses bénéfices pour conserver les autres. Tout en intéressant à sa cause un personnage influent qu’il appelle dans son Instruction : « Monseigneur et meilleur ami », et qui pourrait bien être Christophe de Thou, premier président du Parlement, il résigne à Jacques de Poitiers, frère de la duchesse de Valentinois, sa belle abbaye d’Ivry (1560). Il reparaît aux assemblées capitulaires de Notre-Dame, où on ne l’avait pas vu figurer depuis dix ans 1 . Il n’a pas besoin de renoncer à son office de maître des comptes, qui lui a été enlevé dès le premier jour, mais il annonce bien haut sa résolution de ne plus se mêler d’aucune affaire et de partager sa retraite entre le service de Dieu et la pratique de son art : « Je n’ay aujourd’huy autre chose en délibération que cheminer en ma simplicité et me cacher le plus que je puis des hommes pour avoir la commodité de poursuivre mes estudes d’architecture etsignamment vacquer à l’escriture saincte à laquelle je me suis du tout adonné 2. »
Sa résignation semble parfaite. Il reporte sa disgrâce à la volonté divine, qui le punit « pour s’estre rendu plus subjectau service des hommes qu’à celuy de Dieu... », et il ajoute, non sans grandeur : « Au