‹ Philibert de l'OrmeChapitre 50 sur 93 · Architecture, préface et fol. 32 v · texte numérisé non relu

Architecture, préface et fol. 32 v

2. Ici., fol. 280 v°. — Ces portraits allégoriques étaient au goût des humanistes, témoin celui du faux historien que Rabelais, ou son continuateur du Ve livre, appelle Ouy dire : « Il avoit la gueule fendue jusques aux oreilles, et dedans la gueule sept langues, et chaque langue fendue en sept parties : quoy que ce fust, de toutes sept ensemblement parloit. divers propos et langages divers : avoit aussy parmy la teste et le reste du corps autant d’oreilles comme jadis eut Argus d’yeux ; au reste estoit aveugle et paralytique de jambes. »> Livre V, ch. 31.

102 LES MAÎTRES DE L’ART

Évidemment, aux yeux de Philibert, ce mauvais architecte c’est le maître de l’œuvre, c’est Chambiges, c’est le Breton, c’est la coterie contre laquelle il a lutté toute sa vie. Pour ceux-là, pour ces faux architectes « qui s’en attribuent le nom et doibvent plus tost estre appelez maistres maçons qu’autrement » l, le disciple de Vitruve n’a que du mépris. Il enveloppe dans la même proscription les bâtisseurs, qui ont causé sa disgrâce, et leurs édifices « à la mode française », abandonnée par tous ceux « qui ont quelque cognaissance de la vraye architecture ». 11 s’applaudit de voir « telle façon barbare » abolie depuis qu’il a donné des exemples meilleurs. La croisée d’ogives, ce leii motiv du moyen âge, ne rencontre pas grâce devant son intransigeance, et pourtant « ces façons de voûte ont esté trouvées fort belles, et s’en voit de bien exécutées et mises en œuvre en divers lieux de ce royaume, et signamment en ceste ville de Paris. » D’un trait de plume, il condamne la délicieuse fantaisie sculpturale de la pré-Renaissance : « Point de feuillage ny bassetaille qui ne r’amassent qu’ordures, villennies, nids d’oyseaux, de mousches et semblable vermine. Aussi telles choses sont si fragiles et de si peu de durée que quand elles commencent à se ruiner, au lieu de donner plaisir, elles donnent

i. Architecture, fol. I v°.

Planche XIII.

LE MAUVAIS ARCHITECTE D’après Philibert de l’Orme.

un grandissime déplaisir et triste spectacle1. »

En avez-vous douté? Ce réformateur inflexible tient beaucoup plus qu’il ne l’imagine à la vieille mode française. Non seulement les plans de ses édifices, palais, châteaux ou simples logis, diffèrent à peine de ceux du quinzième siècle, mais dans la structure des bâtiments, il conserve les organes essentiels de l’architecture de Louis XII. Trois chapitres de son traité étudient les lucarnes qu’on a « accoutumé mettre par-dessus les entablements » et qui se détachent si agréablement sur les toits d’ardoises. Il en donne les plus beaux motifs du monde, simples, doubles, en rond, en arceaux. Un autre chapitre traite des fenêtres croisées — lisez à meneaux — qu’il prodigue à tous ses édifices. Si pour les cheminées des appartements il s’écarte un peu de la technique du quinzième siècle et des vastes entablements fouillés à l’infini, il y rentre avec ses tuyaux surélevés et sculptés comme à Chambord et à Blois.

Et les escaliers tournants, faits à la façon de la célèbre vis du prieuré de Saint-Gilles, critérium des maîtres de l’œuvre d’autrefois ? Et les voûtes en croisées d’ogives, les trompes pour supporter les tourelles, les voûtes en cul-de-four, dont il donne de si curieux dessins? Tout cela ne rentre-t-il pas dans la meilleure mode française ? Il n’est pas jusqu’à ses

Page 1