A N E T . PLAN ET COUPE DE LA CHAPELLE
que profond. Derrière iceluy sont deux grandes places, servantes comme de parc... La haironnière est comprise en ces places. Aussi l’orangerie, en laquelle est bastiment bien plaisant, les vollières à oy seaux, aussi un bastiment joignant le jardin, auquel est practiquée une salle fermée d’une cave en ordre de demi-circonférence.
C’est dans l’angle de cette terrasse, du côté de l’aile gauche, que le grand architecte avait suspendu la fameuse trompe rampante, destinée à supporter un cabinet ajouté, après coup, à l’appartement du roi : « La contraincte y estoitpour n’avoir espace ou lieu pour le faire au corps d’hostel qui jà estoit commencé, ne aussi au vieil logis qui estoit faict : de sorte qu’on ne trouvoit rien à propos en ce lieu pour faire le dict cabinet. Car après la salle estoit l’antichambre, puis la chambre du roy, et auprès d’elle, en retournant à costé estoit en potence la garde robbe. Voyant doncques telle contraincte et angustie du lieu, et outre ce cognoissant qu’il est nécessaire et plus que raisonnable d’accompagner les chambres des roys et grands princes et seigneurs d’un cabinet (à fin qu’ils se puissent retirer en leur privé et particulier, soit pour escrire, ou traiter des affaires en secret ou autrement), je fus rédigé en grande perplexité, car je ne pouvois trouver ledit cabinet sans gaster le logis et les chambres, qui estoient faictes suyvant les vieux fondements et autres murs que l’on avoit commencez premier que je y fusse. Or
LES MAITRES DE L’ART
qu’advint-il? je dressay ma veüe sur un angle qui estoit près la chambre du roy par le dehors, du costé du jardin, et me sembla estre fort bon d’y faire une voûte surpendue en l’air, à fin de plus commodément trouver place à faire ledit cabinet. Ce qui fut faict, estant la voûte en forme de trompe, à fin de la rendre plus forte pour porteries maçonneries et charges qu’il falloit mettre par ledessus, pour fermer de pierres de taille le dit cabinet et le couvrir encores d’une voûte de four, estant toute de pierre de taille, sans y mettre aucun boys1 » (pl. XIX).
Ce tour de force n’est pas le seul dont de l’Orme aime à se vanter à Anet. A chaque page de son livre, il lui échappe une allusion à quelque bel exemple d’architecture qu’il propose de prendre au château. Tantôt c’est la porte du a lieu des Aurangiers » dont il nous donne le dessin « avec les devis des croissants » 2. Tantôt c’est le croquis d’une lucarne en arc turquois et « carquan avec ses flèches, conforme aux devises de la maison », ou un tuyau de cheminée en forme de lucarne « pour plus grande décoration de la face du logis ». Tantôt c’est une invention de vitres « en façon d’esmail... les premiers reçus en France pour esmail blanc 3 », ou de toitures en charpente sur les petits