‹ Philibert de l'OrmeChapitre 8 sur 93 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Famille de Philibert de l’Orme. — Son éducation à Lyon. - Séjour à Rome. — Guillaume et Jean du Bellay. — Premiers travaux à Lyon. — Construction du château de Saint-Maur. — Inspection des côtes de Bretagne. — Défense de Brest.

ES renseignements biographiques, si rares sur la plupart des personnages de la Renaissance, deviennent relativement abondants quand on aborde Philibert de TOrme. Les recherches incessantes des érudits sur le puissant artiste, qui incarne en quelque sorte l'architecture française sous Henri II, ont réussi à grouper un faisceau de documents suffisant pour permettre de suivre pas à pas les étapes de sa carrière. Mais on pourrait à la rigueur se passer du concours de l’histoire, et s'en rapporter uniquement à l'intéressé du soin de nous renseigner. Jamais grand homme n'a plus complaisamment pris soin d'édifier la postérité sur son compte. Sans parler du fameux mémoire manuscrit, découvert

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en 1854 par M. Léopold Delisle et utilisé depuis comme base de toutes les biographies1, ses ouvrages imprimés : Nouvelles inventions pour bien bâtir ou Premier tome de V architecture , ne parlent, on pourrait le dire, que de sa carrière et de ses travaux.

Nous savons ainsi qu’il était Lyonnais et que dès l’âge de quinze ans, il rangeait sous ses ordres plus de trois cents ouvriers2. De sa famille, pas un mot. Comme nombre de personnages notoires, artisans eux-mêmes de leur fortune, Philibert reste muet sur ses ascendants. Pour suppléer à son silence, il faut interroger les archives municipales de Lyon, et relever les rares mentions qu’elles nous fournissent sur cette famille de bonne bourgeoisie.

De filiation suivie, n’y comptons pas. Les registres baptismaux ne commencent, à Lyon, qu’au seizième siècle. Mais les rôles des taxes mentionnent un bien patrimonial (une maison dans la rue

1. Bibl. Nat., mss. Coll. Moreau, Soi. Publié pour la première fois par A. Berty, dans les Grands architectes de la Renaissance, 1867, in-12, édition à laquelle nous renvoyons. Il porte pour titre, d’une écriture du temps : « Instruction de Monsieur d’Yvry, dict de Lorme, abbé de Sainct Sierge etcestui me architecteur du roy. » Berty a réimprimé le document (plus correctement) dans sa Topographie du vieux Paris (région du Louvre), II, p. 179.

2. Nouvelles inventions, fol. 307 v°. Nous donnons nos références d’après l’édition fac-similé de M. Nizet (Paris, 1894), plus facile à rencontrer que les éditions du seizième siècle.

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d’après du Cerceai

Sur-les-fossés, faisant le coin de la rue des Auges *), qui se transmet depuis le milieu du quinzième siècle entre personnages du même nom, et peut, jusqu’à un certain point remplacer les documents d’état civil disparus. La maison avait pour vis-àvis un arbre dit « l’orme Saint-Vincent ». Les ancêtres de Philibert, gens de métier, en tirèrent leur nom, et en firent une enseigne parlante pour leur porte. Un des derniers possesseurs de l’immeuble, Mathieu de l’Orme, tisserand, était parvenu en 1503 à une vieillesse avancée. On ne le trouve plus en 1512 sur les registres communaux : il était mort dans l’intervalle.

Jean Ier de l’Orme, son fils, très certainement le père de Philibert, est qualifié de maître maçon sur les rôles de 1512 et de maître architecteur du roi sur le testament, très postérieur, d’un de ses gendres. Sans prendre à la lettre ce titre posthume, on peut dire que Jean Ier était un des premiers de sa corporation et qu’il fut choisi à trois reprises différentes, en 151 1 , 1523 et 1527, pour représenter ses confrères aux élections des conseillers de ville 1 2.

1. Cette rue, récemment disparue, allait de la place de la Miséricorde à la rue du Sergent Blondeau et à la place Sathonay.

2. Revue du Lyonnais, 1879, art. par Natalis Rondot : les Ascendants de Philibert de l’ Orme, p. 326-330. Les documents, dont l’auteur ne donne pas la source, proviennent des registres CC. 8,21, 65, 1 12, 1 13, 143 des Archives municipales de Lyon. Nous remercions très particulièrement M. Louis Caillet, archi-

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On sait aussi qu’il fut chargé de travaux pour le couvent des Grands Carmes de Lyon, en paiement desquels il reçut une maison en 1523 et sans doute qu’il eut à conduire des entreprises beaucoup plus considérables, car on ne peut guère supposer que les trois cents ouvriers dirigés par Philibert de l’Orme aient été confiés à son extrême jeunesse par un autre que par son père2. Le maître maçon mourut avant 1538, et reçut sa sépulture dans l’église Notre-Dame de la Platière.

De son mariage avec Isabeau Platton, il laissait au moins quatre enfants, Philibert, Jean II, Anne et Jeanne. Les fils embrassèrent la carrière paternelle, et les filles conclurent des mariages avantageux. Anne épousa le contrôleur Martin, et Jeanne s’unit à Christophe Burlet, capitaine et châtelain de Saint-Symphorien d’Ozon (Isère). Restée veuve avec plusieurs enfants, elle se remaria le

viste paléographe, qui a bien voulu se charger d’en prendre pour nous des extraits.

1. Archives départementales du Rhône, H. 780. Cité par L. Charvet, Philibert de l'Orme. Annales de la Société académique de Lyon, 1880, p. 87 et 145.

2. Il est bon d’ajouter qu’aux quinzième et seizième siècles, on trouve des Delorme, ou de l’Orme, sur plusieurs points de la France. Jean Delorme élève une cheminée pour le duc, à Orléans, en 1548; Antoine est maître de l’œuvre de la ville de Dreux (1501-1503); Toussaint travaille à Gaillon en 1508, Pierre au palais épiscopal de Rouen en 1503 et à Gaillon (1506-1509). Nous ignorons si l’on peut rattacher ces personnages à la famille lyonnaise.

3 septembre 1544 avec Olivier Roland, ingénieur des fortifications de Lyon et maître d'œuvre de la ville, qui mourut avant elle, après avoir testé, le 2 juillet 1556 l.

Sans être riche, Jean Ier jouissait d'une honnête aisance. Il avait hérité de son père la maison de la rue des Auges, d'une valeur de cent louis, et en jouissait par indivis avec Josserand Jaffion, sans doute son beau-frère. Il possédait une vigne « sur Saint-Vincent », une autre le long du Rhône, une terre de labour de sept « bicherées » et des rentes sur plusieurs particuliers. Ses ressources lui permettaient de donner à ses fils une instruction solide. On peut croire qu’il n’y manqua pas.

Au seizième siècle, Lyon était un foyer intellectuel aussi actif, et jusqu’à un certain point plus original que Paris, car l’éloignement de la Sorbonne y rendait l’enseignement plus fécond et mieux ouvert aux méthodes nouvelles. Libraires et imprimeurs y rivalisaient avec leurs confrères des bords de la Seine. Les Gryphe, les Juste, les Nourry, attiraient autour de leurs officines toute une pléiade de savants et de gens de lettres. Les éditions des classiques grecs et latins se succédaient sans relâche sur leurs presses. C’était une véritable Athènes de la Renaissance française.

Outre les langues anciennes, — le latin qu’il

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