‹ Philibert de l'OrmeChapitre 82 sur 93 · LES TUILERIES. — FAÇADES SUR LA COUR ET SUR LES JARDINS · texte numérisé non relu

LES TUILERIES. — FAÇADES SUR LA COUR ET SUR LES JARDINS

D’après du Cerceau.

tique et le plan rectangulaire du second étage.

Dans ce pavillon montait le célèbre escalier tournant à noyau vide que l’architecte de la reine ne porta pas au delà du premier étage, mais qui causa, dans sa nouveauté, une telle admiration que l’ambassadeur vénitien se fit l’écho de l’émerveillement universel pour « ces marches, pas plus hautes que les quatre doigts, portées merveilleusement sur une légère aiguille de marbre1 ». C’était si beau que l’envie ne craignit pas de s’attaquer au chef-d’œuvre. Le bruit courut que Philibert de l’Orme n’en était pas l’auteur. Un de ses auxiliaires — ce serait un des frères Waast, les habiles architectes de Beauvais — voyant l’architecte de la reine embarrassé de son épure lui aurait montré le moyen d’en venir à bout : le maître aurait été obligé d’abandonner la conduite de l’ouvrage à son élève : « Ce qui ne fut pas à sa louange, dit l’historien du Beauvaisis, Denis Simon, plusieurs personnes ayant sçu que l’honneur étoit dû à l’appareilleur. » De l’Orme, pour se débarrasser d’un concours aussi compromettant, aurait congédié l’indiscret, comptant achever l’ouvrage sur le dessin tracé par Waast dans la salle des gardes ; mais le compagnon « passa une partie de la nuit à effacer son trait et se sauva aussitôt, ce qui fut cause que le reste n’approcha

I. Relation de V ambassadeur -vénitien Lippomano, 1577, Doc. inéd., II, p . 595.

LES MAITRES DE L’ART

pas du premier dessein, ny pour la beauté, ni pour la commodité 1 » .

A cette anecdote, dont nous n’avons pas à démontrer l’invraisemblance, nous pouvons opposer l’opinion de Sauvai, qui nous donne une description détaillée du tour de force de Philibert :

Sa cage porte en dedans quatre toises et demie de large sur cinq de long et dix de haut; elle est quarrée longue par dehors, mais arrondie par dedans en élipse, avec les marches et les rampes, et entourée de trompes en niches rampantes. Dans cette cage, de l’Orme a renfermé un degré ovale, vuide et sans colonne ni noyau dans le milieu, qui tourne de fond en cime, commence et finit en limace, porte huit pieds de marche et vingt-deux de vuide, et de plus, bordé d’une balustrade de bronze. Quatre trompes nommées communément trompes en tour creuse, rampantes et bombées, sont distribuées dans les quatre angles de la cage, et servent d’appui et de fondement aux marches. Ces trompes, au reste, forment une ligne spiriale qui forme insensiblement une belle et longue élipse, rejettant de fort bonne grâce la perfection de l’ovale ; d’ailleurs, elles sont si plates, et si surbaissées qu’elles ne se voient presque point, si bien qu’autant de fois qu’on vient à regarder cette pesante masse de pierre et de bronze faite en coquille, qui roule entre deux airs, il semble qu’elle soit prête à tomber et à ensevelir sous les ruines ceux qui la contemplent. Cependant on y monte en sûreté et commo-

I. Simon (Denis), Supplément a V histoire du Beauvoisis, II, p. 12 1, cité par Berty, Topographie , II, 15.

dément par des marches spirales et tournantes, non seulement basses et aisées, mais distinguées encore par quelques paliers, pour plus de facilité et de bienséance. Cet escalier, en un mot, est si bien entendu, et si proprement conduit, sans faire jarret, et tourne insensiblement tout d’une venue, par une ligne qui suit la forme de ce trait, non moins rampante qu’adoucie, que jusqu’à présent il ne s’est encore rien vu de ce genre là de plus hardi, ni de plus admirable

Il eût été à souhaiter que Fauteur des Antiquités de Paris s’étendît aussi complaisamment sur les autres travaux des Tuileries, et en particulier sur ces somptueuses écuries pour lesquelles nous manquons de renseignements, bien qu’elles aient longtemps subsisté à l’emplacement même de la rue de Rivoli. Tout ce que nous en savons, c’est que, le 1 6 août 1566, l’abbé de Saint-Serge passait marché avec Guillaume Vaillant pour la charpente, et que, le 12 septembre 1567, il faisait peindre par Jehan Petit « deux targes aux armes du roi et de la reine dans les encognures du pavillon, du côté du jardin 1 2 » .

En revanche nous connaissons un peu mieux les travaux de Philibert de l’Orme pour alimenter d’eau de source les jardins du palais. L’ingénieux disciple de Vitruve n’avait pas craint de capter une

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