‹ Philibert marié, comédie-vaudeville en un acte de mm. Moreau et Scribe. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théatre du Gymnase-Dramatique, le 26 décembre 1821Chapitre 2 sur 16 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M, PHILIBERT , en roue de chambre, assis jjrès du Jeu , et tenant un journal ; M-""^ PHILIBERT, AMÉLIE, autour d'une table , et déjeunant^ MARGUERITE.

riiiLicEHT , lisant un journal.

« Il vient de s'établir au Palais-Royal un nouveau resn taiirant qui surpasse tous les etablissemens de ce genre... " Salons magnifiques... cabinets particuliers. »

Eh l)ien ! mon ami , vous ne venez pas de'jeûner avec nous?

Vous savez bien , Madame Philibert , que je suis au re'giiiie. Le docteur m'a mis ce matin à la diète et à la ramomille , pour me refaire l'estomac ; aussi je me reconforte en lisant les journaux , mon appe'tit vit de souvenirs. (Lisant.) Cabinets particuliers... Parbleu, Madame Philibert , il faudra que nous allions voir cela un de ces jours.

Mad. PHILIBERT.

Qu'est-ce que vous dites-donc , mon ami ?

Vous et ma fille Ame'lie , mon neveu Victor, monsieur iChopard, mon ancien maître de pension et son i,'0uverneur actuel ; nous serons en famille. Ce sont , i! me sem- Ible , de ces petites de'baucbes le'gitiraes que peut se pcr- Imettre l'homme marie'.

AMÉLIE

Du tout, mon papa-, vous resterez chez vous, le doc- |:eur l'a bien recommande'.

Tiens , ma fille , quand tu prends Ion air sévère , c'est 1 tonnant comme tu ressembles a ton oncle Philibert «[u'ils ppelaient tous riiomme de me'rite. Il a eu toute sa vie

la permission de me grondi-r, et je crois que tu as lierit(; de ses droits et privilèges ; mon pauvre fi-ère , c'e'tait bien le meilleur de ia làmille... et quand je pense au uial que lui ai donné, d'abord il a e'te' oblige- de l'aire deux fois sa fortune , une pour moi... ensuite c'est lui qui m'a f'oiee' à me marier.

Mad. PHILIBERT.

Force ! Monsieur !

Air : Un homme pour faire un tableau.

J'avais pour vous beaucoup d'amour , Vous étiez riche , belle et sage ; Et pour me paver de retour Vous exigiez le mariage.

Moi, de l'hymen, j'eus toujours peur; Eii fuyant les fers qu'il nous forge , On ne m'a conduit au bonheur Que le pistolet sur la gorge.

Et j'espère maintenant que votre reconnaissance doit au moins égaler la mienne.

Mad. PHILIBERT.

Aussi , avec quel plaisir avons-nous élevé son fils Victor !

Un plaisir ! c'était bien un devoir , il est ici chez lui, et nous ferons encore plus. {Bas.) West-ce pas , madame Philibert ^

Mad. PHILIBERT.

Mon Dieu , Monsieur , il n'est pas nécessaire de parler de cela devant Amélie , si Victor se conduit bien , s'il est bon sujet...

M.VRGUERITE.

Il le sera , Madame , il le .sera.

Air : Vaudeville du Petit Courrier.

Pour sa raison il est cité.

Mad. PIIILIBEKT.

Mais sans parler de sa jeunesse , Son père a perdu sa richesse...

rniLiBKRT , l'ii'ement.

Par un excès de probité.

Mais mon frère, en cessant de vivre , A son lils , tu dois le penser , A laissé son cxemjde à suivre I"t ma fortune à dépense!'.

MARGUERITE

C'est bien vrai , car non-seulement vous avez fait honneur à tous les engagemens du père, mais vous avez encore pris chez vous le fils et la vieille gouvernante.

Il est vrai que j'ai retranche' pendant quelque tenis mon Tilburv et ma petite jument gris pommelé'. Je vins m'e'tahlir iiu Marais où je pris ces goûts se'dentaires et le paraphât' a canne; premier retour vers la sagesse, c'est encore à mon fi r-re que je vous dois! Le joug conjugal a fait Je reste. ( .^' Ma rç(u évite , peiidant que madame Philibert et Amrlie rangent la table oh est le déjeûner. ) Me vois-tu rentranl tous les soiis il dix heures, ne sortant plus qu'avec ma femme, et baissant les yeux, quand je pas.sais rue Vivienne ou au passage des Panoramas. Les premiers jours c'était terrible, parce qu'on me suivait aux Tuilleries et que j'entendais dire autour de moi à de jolies petites femmes: « Eh! mon Dieu! c'est mon- » sieur Philibert! avec qui donc est-il là P est-ce une nou- » velle passion? eh! non, il est avec sa femme , vous voyez » bien qu'il ne nous salue plus. » Et quand madame Philibert m'eut donne' une héritière , quand, j'ai eu ma fille Amélie, c'c'lait bien pis... il fallait à chaque instant lui donner des leçons et surtout des exemples de sagesse; cette enfant ne saura jamais tout ce qu'elle m'a coûte. Mais enfin on est père et on S3 sacrifie ! c'est comme mon neveu Victor que nous avons e'ieve', monsieur Chopard et moi , je peux bien dire qu'il n'v a pas de jeunes gens de son âge plus sages et plus raisonnables! n'est-ce pas, ma femme ?

Ahfsans doute. Mais où est-il donc ce matin, ce bon sujet?

MARGUERITE , vivctneut.

Ah! Madame , il est à l'école de droit; il est si assidu au travail , il aime tiint l'e'tude..

Mais voici justement notre gouverneur, ce bon monsieur Chopard.

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