‹ Philiberte: comédie en trois actes et en versChapitre 9 sur 78 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LE DUC

Vous avez peut-être soupçonné Pourquoi je me promène au fond du DaupL*-^t

LA HAEQUISB. ^

Par raison de santé?

LE DUC

Pour guérir le malaise Que causait ma présence au jeune Louis Seize.

LA MARQUISE

Bah!

LE DUC

Voilà le fin mot. — Des ennemis à moi M'ont noirci dans Tesprit de notre nouveau roi. Ne m*a-t-on pas donné pour la vivante enseigne, Pour le représentant des mœurs du dernier règne? A soixante ans passés l Je vous demande un peu 1

LA MARQUISE

Oh ! vous devez avoir sonné le couvre-feu.

LE DUC

Oui ; mais on a fait croire au roi certaine bourde

Comme quoi je conserve une lanterne sourde.

Il n'en est rien, au moins! Je vous en fais serment.

LA MARQUISE

Ne jurez pas, cher duc. Je vous crois aisément.

LE DUC, aAobemenl.

A la bonne heure.

LA MARQUISE

Il faut que les gens soient crédules, Car Taccusation est des plus ridicules.

U PHlLIftERTE.

LB DQC

Je conviens cependant qoe je prête au soupço»

LA MARQUISE

Non pas.

LB DUC

Pardonnez-moi. D'abord, je suis garçon; Pois un passé brillant dont les succès rapides Ont peut-être laissé leur reflet dans mes rides... Au diable le vieux fat avec ses airs vainqueurs 1 Voilà que je me joins à mes diffamateurs!

— Enfin, le roi croyant, p^jr une cause ou l'autre, Que le vice trouvait en moi son vieil apôtre, Et voulant mettre fin à mon apo6t<rfat Par une apostasie importante et d'éclat, Me dit un jour avec ses grâces débonnaires :

a Monsieur 1» doc, allez faire un tour dans ves terras; « N'y restez pas longtemps : mais, à votre retour, c Ayez à présenter une duchesse en cour. »

Je partis, faisant vœu de tenir tête au maître; Mais après quinze jours d'existence champêtre, L'ennui me prit : je fis arriver mon neveu Pour qu'il m'encourageât à soutenir mon vœu; Le choix semblait heureux, marquise, car le drôle Prétend bien être un jour le duc de Chamaraule ; Mais après un bon mois de neveu quotidien, Mon ennui me revint — enjolivé du sien. C'est très-contagieux, le bâillement, marquise, Lorsque le bâilleur pent bâilUr avec franchise. Un jour, mon héritier bâillait, et par-dedans Me montrait le palis de ses trente-deux dents ;

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