ACTE I
PIIILIBERTE.
Jamais.
- LE DUC
Et pourquoi donc?
Vous devez le comprendre.
^lon Dieu, non.
A l'amour je ne peux pas prétendre.
LE DUC
Mais ne se peut-on pas marier sans amour? Votre sœur ne fait pas autre chose en ce jour.
Ma sœur ne peut avoir l'odieuse pensée Que par intérêt seul elle soit épousée; Moi , je l'aurais toujours.
LE DUC
Si pourtant votre époux , Ma chère enfant , était aussi riche que vous, Il faudrait bien penser , malgré la modestie , Que son choix est dicté par quelque sympathie.
Mais ne croyez-vous pas , monsieur , de bonne foi , Qu'un homme ruiné peut seul songer à moi? Répondez franchement, ayez-en le courage. Je ne peux consulter que vous : mon entourage Me regarde, les uns ave!c trop d'amitié, Et les autres hélas! avec peu de pitié.
Vous seul à qui je suis à peu près étrangère , Vous seul pouvez me voir d'un œil juste et sévère, Et le nom de parrain est une parenté Qui vous oblige au moins à la sincérité.
LE DUC
Nous ne nous connaissons beaucoup ni l'un ni l'autre , Chère enfant; c'est un peu ma faute, un peu la vôtre; Mais je n'en ai pas moins pour vous l'affection Que je dois à l'enfant de mon adoption. Je vous parlerai donc en conseiller sincère , Puisqu'un conseil loyal vous semble nécessaire; Certain que vous avez le cœur trop affermi Pour ne pas supporter des paroles d'ami. Celui qui vous connaît et qui vous apprécie...
Il suffit, je comprends et je vous remercie. Je ne me marierai jamais.
LE DUC
Vous ne pouvez Cependant toujours vivre ainsi que vous vivez. Il vaut mieux épouser un pauvre gentilhomme Qui se conduira bien à votre égard , en somme , Que de rester céans , exposée à l'aigreur D'une mère qui n'aime au fond que votre sœur.
Ah ! cette préférence est la preuve certaine Des maux qu'une union intéressée entraîne 1 Je ne veux pas qu'un jour , enrichi par mes biens , Mon époux , après moi serrant d'autres liens , En mes pauvres enfants déteste encor leur mère ,