SCÈNE PREMIÈRE
rbiliberte est en train de broder, Julie arrange ses cheveux devant une glace. JULIE.
Une fois le contrat signé par les témoinS; ,
Un mariage est fait?
Mais à peu près, du moins.
JULIE
Je serai mariée... à peu près, clans une heure : Quand j'y songe 1 — Faut-il que je rie ou je pleure, A ton avis?
PUILIBERTE.
Ne prends conseil que de ton cœur.
JULIE
Mais à ma place enfin, que ferais-tu, ma sœur? Mon futur te plaît-il?
C'est à toi qu'il doit plaire.
JULIE
Il est vrai. Mais du moins te plaît-il pour beau-frère?
Pour beau-frère, assez.
JULIE
Bien : pour mari , pas du tout.
Je m'en doutais.
Pourquoi me demander mon goût ?
Que t'importe? Tu sais, ma sœur, que nos idées Sur ce point-là jamais ne se sont accordées. Je ne te blâme pas, d'ailleurs : à mon avis, Il en est de nos goûts comme de nos habits : Ils se font sur mesure, et je trouve fort sage D'ajuster son roman à l'air de son visage. Toi , dont la beauté fraîche épand comme un parfum, Qui lis ta bienvenue aux regards de chacun, Tu n'as pas tort d'aimer la joie extérieure Qui s'empresse au-devant de tes pas à toute heure ; Faite pour le triomphe et pour la royauté. Il faut un appareil de cour à ta beauté ; Car celle qui se cache en se cachant abdique. Tu n'as à demander au foyer domestique Que de n'attrister pas par de fâcheux discords L'épanouissement de ta vie au dehors.
Le comte d'OUivon est donc fait pour te plaire : Jeune, élégant, et froid jusque dans sa colère.