SCÈNE III
TALMAY, seul.
Ah! vous me défendez!... Je vous trouve plaisant! Je me vantais, je crois, tout à l'heure en disant Que j'avais des desseins sur cette demoiselle ; Mais si vous me prenez au mot, tant pis pour elle! Ce tant pis est modeste à moi , sans me flatter. Oui , mais une vertu de province à mater... Voilà la modestie encor qui me colleté ! Ah çà! j'ai donc marché sur une violette? Une fille des champs repousser un amour Si bien achalandé des beautés de la cour?
— Seulement , quel ton prendre? Une provinciale Doit nécessairement être sentimentale ;
Pour ne pas offasquer ses timides regards,
Mes projets ont besoin d'un manteau de brouillards,
Et c'est, je crois, le cas de lâcher le grimoire
Dont un jeune Allemand m'a farci la mémoire.
Les prudes ont trouvé son jargon à leur goût ,
Et , ma foi ! ce n'est pas étonnant , après tout :
Ces peuples d'outre-Rhin donnent à la pratique .
De la galanterie un tour si poétique,
Que le vice chez eux, de grands mots revêtu,
A l'air plus pudibond que chez nous la vertu.
- C'est elle.
ii PlllLlBEUTE.