ACTE 11. o
Quelles solennités lui faut-il pour aimer? La source de tendresse est-elle en nos entrailles Comme les grandes eaux des jardins de Versailles, Pour jouer seulement dans les jours d'apparat ? Ne peut-elle pas être un ruisseau sans éclat Qui coule incessamment sur ses pentes fleuries, Versant autour de lui la fraîcheur aux prairies? Le cœur ne peut servir tous les jours, dites-vous? N'a-t-on pas tous les jours sa mère, son époux, Sa sœur, le Dieu clément qui nous fit la nature, Le ciel bleu, le soleil, et l'ombre, et la verdwre? Que vous faut-il de plus? La patrie en danger, Pour que votre grand cœur daigne se déranger?
d'ollivon".
Il me faut épouser votre sœur.
JULIE
Philiberle, La réponse est galante.
Elle me déconcerte.
JULIE
Il n'importe, cher comte ; avouez-vous vaincu.
d'ollivon.
Vaincu, je le veux bien, mais non pas convaincu. Ma défaite, au surplus, n'a rien de bien étrange. Car c'était le combat de Jacob avec l'ange.
PIIILI BERTE.
De\ant ce dernier mot, je sens que je faiblis,
Et me rends au parti charmant des gens polis.
JULIE, à part.
Elle s'épanouit.
LE DUC, à part.
Je la croyais niaise !
LA MARQUISE
D'où vous vient ce caquet?
PHILIBERTE, serrant la maia à Julie.
Je n'ai plus mon malaise,
LE DUC, à part.
Bon ! c'est qu'elle commence à goûter mon projet.
TALMAY, à part.
Ma déclaration a produit son effet.
LA MARQUISE
Pour moi , je n'aime pas qu'une jeune personne Raisonne ainsi sur tout , ma chère, et déraisonne.
JULIE
Ce n'est pas son défaut, ma mère, c'est le mien. Que ne me grondez-vous aussi sur mon maintien. Quand je parle de tout sans en être priée?
LA MARQUISE
Mais vous , ma chère enfant , vous êtes mariée.
Holà ! ne coupons pas la langue au célibat , Marquise ! Il me faudrait jeter la mienne au chat , Et ce serait fâcheux pour moi qui , dans mon rôle , Comme la nymphe Écho, n'ai plus que la parole.