ACTE II
Non, non. Restez, monsieur; vous n'interrompez rien.
JULIE
Nous parlions justement de vous.
RAYMOND
Je me retire Pour laisser le champ libre alors à la satire.
JULIE
On faisait votre éloge au contraire... Ah!... monsieur! Vous voilà bien surpris.
J'exprimais à ma sœur Et veux vous exprimer aussi sans artifice Mes regrets de ma sotte et cruelle injustice. Si je vous ai blessé...
RAYMOND
Nous étions convenus, Je crois, qu'aucun de nous n'en reparlerait plus.
Oui, mais en y songeant je me sens si confuse , Monsieur, que j'ai voulu vous demander excuse Et vous dire...
RAYMOND
Il suffit , et c'est trop de bonté.
Moi, j'ai tout oublié, selon notre traité ; Et cette main d'ami que j'avais repoussée, Je vous l'offre, à mon tour, sans arriére-pensée.
Est-ce bien une main d'ami? J'en doute un peu.
RAYMOND
Et que croyez-vous donc?
PIIILIBERTE.
Je crois... je crois... mon Dieu, Je crois ce que tantôt je ne voulais pas croire; Ce que vous me disiez.
RAYMOND
Je n'en ai plus mémoire...
Ou plutôt, laissons là des détours superflus : Je vous aimais tantôt , je ne vous aime plus. Vous avez su d'un mot me remettre à ma place ; Mais j'y suis retombé le cœur frappé de glace. Les chutes que l'on fait d'une telle hauteur Sont des sauts de Leucade et guérissent le cœur.
PIIILIBERTE.
Ne puis-je racheter l'odieuse parole?...
RAYMOND
On dit que l'écrit reste et que le mot s'envole : C'est faux. Il est des mois qui , semblables au fer. Se brisent dans le cœur comme lui dans la chair. La blessure sur eux avec le temps se ferme, Mais on en sent toujours le froid sous l'épiderme ; Et la seule façon de les bien oublier C'est sur l'endroit blessé de ne pas appuyer. Ne parlons donc jamais de cette triste scène : Grâce à sa netteté, la plaie est déjà saine. Votre bonté, qui veut tout à fait la guérir. Pourrait par ses efforts peut-être la rouvrir.
JULIE
Tout doux, mon cher monsieur ; ne prenez pas la mouche,