ACTE III
LE DUC
Qui m'en empêchera ?
TALMAY.
Moi. .
LE DUC
Vous êtes sur d'elle?
TALMAY.
Parbleu ! si je n'ai pas d'autre rival que vous !
LE DUC
Elle a trop de bon sens pour donner dans les fous.
TALMAY.
Parlez, mademoiselle
Ah ! je suis indécise .
Mon parrain est si bon !
TALMAY.
Avec sa barbe grise.
LE DUC
Je ne me pose pas en rival amoureux ; Les fronts ridés vont mal avec l'air langoureux , Je serais le premier à me tancer moi-même Si je me découvrais ce ridicule extrême ; Et si je ne pouvais m'en guérir, en tous cas Je m'en cacherais tant qu'on ne le verrait pas.
TALMAY.
Très-adroit. Votre amour dans ce fin préambule Montre le bout du nez sans être ridicule. Continuez.
LE DUC, à Philibcrte.
Faut-il répondre à ce bavard ?
Non, non. Foudroyez-le seulement du regard.
, LE DUC
Soit. Quelque sentiment qu'en effet je vous porte, Il est d'une nature assez profonde et forte Pour se sacrifier à vos destins meilleurs Si la félicité pour vous était ailleurs...
C'est la transition à mon panégyrique.
Laissez parler monsieur ; vous aurez la réplique.
LE DUC
Mais c'est au bonheur seul que je dois vous céder ; .Te vous garde quand c'est pour vous sauvegarder. Or, qu'attendre d'un homme — il m'en coûte à le dire — En qui l'esprit pervers de son siècle respire ?
TALMAY.
Qu'est-ce que je disais ?
LE DUC
D'un coureur, d'un vaurien Qui se fait jeu de tout et ne respecte rien?
TALMAY.
Excepté vous, mon oncle ! Il faut de la justice.
LE DUC
Il veut vous épouser pour passer un caprice, Car il est incapable, indigne même au fond. D'éprouver un amour réellement profond.
TALMAY.
Tandis que moi...