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CHAPITRE PREMIER

Naissance et premières années de Philippe- Auguste. — Le charbonnier de la forêt de Gompiègne. — Le sacre. — Coup d'œil sur la France féodale en 1179. — Ce qu'était la royauté capétienne. — Caractère de Philippe-Auguste. — Le parti champenois et le parti flamand. — Première coalition féodale contre Philippe-Auguste. — Guerres avec le comte de Sancerre, le duc de Bourgogne et le comte de Flandre. — (1165-1186.)

Philippe-Auguste naquit à Paris le 21 août 4165. Le premier surnom de l'enfant fut Dieudonné, sa naissance étant considérée par tout le peuple de France comme un véritable don du ciel. Louis Vil, à qui ses trois femmes, Aliénor d'Aquitaine, Constance de Toulouse et Adèle de Champagne, n'avaient jusqu'alors donné que des filles, désespérait depuis longtemps d'avoir un héritier mâle pour lui succéder au trône. De pieuses légendes couraient, par tous les pays de la France royale, sur la venue de ce fils tant désiré. On raconte qu'à l'époque où les abbés de Tordre de Cîteaux ont coutume de se réunir à Cîteaux pour tenir le chapitre général, le roi Louis vint les y trouver et, devant eux, se prosterna humblement à

terre, c Levez- vous, seigneur, s'écrièrent-ils tout confus. — Jamais, répondit le roi, jusqu'à ce que vous m'ayez promis que j'obtiendrai bientôt un héritier mâle. — C'est l'affaire de Dieu, » reprirent les abbés. Le roi resta néanmoins dans la même attitude jusqu'à ce qu'il eût vu les abbés se mettre en oraison, dévotement et en versant des larmes. Aussitôt ceux-ci, inspirés de la grâce divine, l'assurèrent que ses vœux ne tarderaient pas à être exaucés. Alors le très pieux roi Louis consentit à se relever et à se retirer, le cœur rempli de reconnaissance.

Peu de temps avant l'heureux événement, Louis VII eut une vision : « son Sis, Philippe, lui apparut, tenant à la main un calice d'or plein de sang humain : il en offrait à tous les grands de sa cour et ceux-ci, effectivement, en buvaient. » Enfin la reine Adèle donna le jour à cet enfant tant désiré, le samedi de l'octave de l'Assomption. Les Archives nationales possèdent encore la charte par laquelle Louis VII fit présent au serviteur de la reine, Ogier, qui lui avait annoncé la naissance d'un fils, d'une rente annuelle de trois muids de blé sur la grange royale de Gonesse. Un messager apporta cette joyeuse nouvelle au monastère de Saint-Germain-des-Prés, au moment où les moines entonnaient le cantique : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, parce qu'il nous a visités et a racheté son peuple. * Le lendemain s'accomplissait la cérémonie du baptême. L'évêque de Paris, Maurice de Sully, officia solennellement dans l'église de Saint-Michel; Philippe, comte de Flandre, Hugues, abbé de Saint-Germain, Hervé, abbé de Saint-Victor, et Odon, abbé de Sainte-Geneviève, furent les parrains de l'enfant royal. Il eut pour marraines Constance, sœur du roi, épouse du comte de

Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, et deux femmes veuves de Paris.

Les chroniques ne nous apprennent presque rien sur l'enfance de Philippe-Auguste. Il avait cinq ans (1169) lorsque le fils aîné du roi d'Angleterre Henri II, qui s'appelait aussi Henri, vint à Paris, où il servit le roi de France à table, en qualité de sénéchal, et fit hommage au jeune Philippe pour le duché de Normandie et le comté d'Anjou. Dans un colloque avec Henri II, au moment où le prince anglais se retirait, l'enfant royal lui dit en le reconduisant : c roi, je te supplie pour mon père : aime-le plus que tu ne l'as fait jusqu'ici, sois-lui fidèle et abstienstoi de le tourmenter. Car j'avertis tous ceux qui oseraient l'attaquer dans sa vieillesse, que je saurai bien, en temps et lieu, venger terriblement son injure. » Quelques années plus tard, lorsque les Français, venus en conférence à Gisors, admiraient la solidité et l'aspect redoutable du château qui défendait l'entrée de la terre anglaise : « Vous vous extasiez devant ces pierres, s'écria Philippe, âgé alors de douze ans; par ma foi, je voudrais qu'elles fussent d'argent, d'or ou de diamant, pourvu que je fusse seul à le savoir. » Et comme les seigneurs qui étaient là paraissaient assez étonnés de ces paroles : c Cela vous surprend, repartit Philippe; mais plus cette forteresse sera précieuse, plus je serai heureux de la posséder quand elle tombera entre mes mains. »

Sa quatorzième année était à peine terminée, que son père songea à l'associer à la couronne et à le faire sacrera Reims. Tous les rois capétiens, prédécesseurs de Louis VII, avaient fait de même, par crainte des révoltes féodales, et pour assurer, de leur vivant, à leur héritier les droits qu'une noblesse remuante etbelli-

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PHILIPPE-AUGUSTE. î)

nant du cor dans cette vaste solitude, et se dispersant par les différents sentiers du bois. Philippe, monté sur un cheval fougueux, fut emporté loin de ses compagnons, et longtemps, dans sa course rapide, il poursuivit seul le sanglier, par les battues les plus écartées. Enfin, le jour baissant, il jeta les yeux derrière lui et s'aperçut que les veneurs ne le suivaient pas. Quand il se vit resté seul dans cette immense solitude de forêts, il commença justement à prendre peur. Après avoir erré quelque temps au gré de son cheval qui l'emportait ici et là, il sentit croître ses alarmes; il avait beau regarder partout autour de lui, ne voyant personne, il se mit à pousser des gémissements et des soupirs, et faisant le signe de la sainte croix, il se recommanda très dévotement à la bienheureuse Vierge Marie et au bienheureux Denis, patron et protecteur des rois de France. Sa prière terminée, il regarda à droite, et, tout à coup, il vit près de lui un paysan qui attisait dés charbons ardents. Il était de taille gigantesque et effrayant d'aspect avec son visage hideux et noirci par le charbon; il tenait une énorme hache sur son cou. A cette vue, Philippe commença par trembler comme un enfant; mais bientôt son âme généreuse surmonta cette première frayeur. Il s'approcha de cet homme, et le saluant avec bienveillance, lui apprit qui il était, d'où il venait, comment il se trouvait là. Le paysan, reconnaissant qu'il avait devant lui son seigneur, le fils du roi, laissa sur-le-champ son travail, et reconduisit le prince en toute hâte au château. »

Suivant une version un peu différente, Philippe serait resté deux jours et une nuit dans la forêt, et ses amis affligés, après l'avoir cherché de tous côtés,

ne l'auraient trouvé que le soir du second jour, mourant de faim et de fatigue. Quoi qu'il en soit, de retour au château, il dut se mettre au lit et tomba bientôt malade, au point de donner des craintes sérieuses pour sa vie. Le vieux roi, inconsolable, ne faisait que pleurer nuit et jour. Une nuit cependant, vaincu par la douleur, il se laissa aller au sommeil. S'il faut en croire la légende, le saint martyr Thomas de Cantorbéry lui apparut alors en songe et lui dit : « Notre Seigneur Jésus-Christ a envoyé vers toi son serviteur Thomas pour t'apprendre que, si tu as la foi et que tu ailles, d'un cœur contrit, te prosterner au tombeau du martyr, ton fils recouvrera la santé. » La vision disparue, Louis VII s'éveilla, et, après longues réflexions, convoqua ses conseillers, auxquels il raconta le songe qu'il avait eu, leur demandant s'il devait ou non se rendre en Angleterre, pour gagner la bienveillance du martyr de Cantorbéry. cil serait dangereux pour vous, lui dirent les uns, d'aller dans le rovaume de votre ennemi vous mettre vous-même entre ses mains. — Vous ne courrez aucun risque, > répondirent les autres. Le roi demeura fort perplexe; mais il eut trois nuits de suite encore la même vision et entendit les mêmes paroles. Le saint finit même par le menacer, s'il ne se rendait au plus vite à son injonction. Alors il n'hésita plus, et malgré l'avis contraire de beaucoup de gens, fit route vers l'Angleterre en compagnie de Philippe, comte de Flandre, et d'Henri, duc de Brabant. Débarqué à Douvres, il trouva sur le rivage le roi d'Angleterre, Henri II, qui lui fit une magnifique réception, et le conduisit le lendemain au tombeau du saint martyr Thomas. Louis VII y déposa une coupe d'or et la promesse écrite d'une

rente de cent muids de vin, à percevoir annuellement sur les revenus royaux du bourg de Poissy. Il voulut de plus que tout ce qu'on achèterait dans son royaume à l'usage des moines de Gantorbéry fût exempt de péage et autres droits. Il resta là près de trois jours, entièrement passés dans le jeûne, la prière et la veille.

De retour en France, il apprit avec joie que son fils était convalescent. Mais lui-même, en passant à Saint-Denis, saisi d'un froid subit, fut violemment atteint d'une paralysie qui lui enleva l'usage des jambes et de la parole. On publia néanmoins redit qui invitait tous les grands du royaume à se rendre à Reims, le jour de la Toussaint , pour assister au sacre du jeune prince. La cérémonie se fit en grande pompe , au milieu d'un immense concours de seigneurs laïques et ecclésiastiques venus de tous les coins de la France, et même des pays étrangers, comme le Hainaut. L'onction fut donnée à Philippe par son oncle maternel, Guillaume, archevêque de Reims, assisté des archevêques de Tours, de Rourges et de Sens. Le jeune roi d'Angleterre, Henri, portait la couronne d'or; Philippe, le puissant comte de Flandre, l'épée. Le vieux roi d'Angleterre, Henri II, s'excusantde ne pouvoir venir, avait envoyé au prince français de riches présents en or et en argent, et de magnifiques pièces de gibier, produit de sa chasse. Seuls Louis VII et la reine Adèle manquaient au couronnement.

Une cérémonie célébrée avec tant d'éclat donne tout d'abord une haute idée de la puissance du roi Philippe. Ce jeune prince de quinze ans, avec son entourage d'archevêques, de rois et de barons, compte sans doute parmi les souverains les plus re-

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doutables de la chrétienté; telle est du moins la pensée que suggère un aussi brillant spectacle. Mais sortons de l'église de Reims, et jetons un regard sur le vaste pays de France qui s'étend autour de nous.

Au nord, nous voyons le comté de Flandre, avec ses puissantes communes : c Gand , fière de ses maisons ornées de tours, de ses trésors et de sa nombreuse population; Ypres, renommée pour la teinture des laines ; Arras , la capitale du comté , l'antique ville remplie de richesses et avide de gain; Lille, qui se pare de ses marchands élégants, fait briller dans les royaumes étrangers les draps qu'elle a teints, et en rapporte ces richesses dont elle s'enorgueillit. » Toute cette belle contrée appartient au comte Philippe, de qui relèvent encore les comtés de Boulogne, de Guines et de Saint-Pol.

A l'est, le comté de Champagne appartient à Henri II , oncle du roi Philippe : riche pays, un des principaux centres du commerce de l'Europe, car là se tiennent annuellement, à Troyes, à Provins, à Lagny et à Bar-sur-Aube, les grandes foires où affluent toutes les richesses de l'Occident. Quant au duché de Bourgogne, placé derrière, il est possédé par Hugues III. « Ce seigneur puissant par son peuple, riche en trésors et plus riche en hommes vaillants que lui fournissent le noble château de Dijon et la ville très antique d'Autun, ce seigneur commande aussi à Beaune la Vineuse, à Semur, à Flavigny, à Mulseau, à Avallon la fertile, à Châtillon-sur-Seine, le boulevard du royaume, à Pontarlier, qu'enrichit une grande quantité de sapins, à Salins, à' Besançon , à Langres, enfin à tout ce territoire couvert d'aspérités et de montagnes, et qui produit cependant

des grains, des denrées et du vin en abondance. » A l'ouest, sur le vaste territoire qui s'étend depuis la Somme jusqu'aux Pyrénées, et qui comprend presque le tiers de la France, s'échelonnent les domaines féodaux de la puissante maison des Plantagenets, originaires du pays d'Anjou. Henri II, d'abord comte d'Anjou, était devenu, en 4452, par son mariage avec l'épouse divorcée de Louis VII, Aliénor d'Aquitaine, le maître du Poitou, de la Guyenne et de la Gascogne. Deux ans plus tard, il héritait du duché de Normandie et de la couronne d'Angleterre devenue vacante par la mort du roi anglais, Etienne de Boulogne. Son royaume insulaire et ses immenses possessions sur le continent faisaient de lui un des princes les plus puissants de l'Europe. Mais l'étendue de ses États l'avait obligé à en partager d'avance l'administration entre ses fils : Henri, dit le jeune roi parce que son père l'avait associé à la couronne, Geoffroi,et Richard, surnommé Cœur de Lion; Jean, le dernier, bien connu dans l'histoire sous le nom de Jean-Sans-Terre, était encore trop jeune pour avoir la direction d'un grand domaine féodal. Quatre pays sont gouvernés par Henri le Jeune, l'aîné des princes angevins : le duché de Normandie, avec la forte ville de Rouen, la cité puissante et opulente de Caen % « tellement riche en églises, en maisons et en habitants qu'elle se reconnaît à peine inférieure à Paris, » les villes épiscopales de Baveux, de Constance et de Lisieux; le Maine avec la grosse ville du Mans; la Touraine qui compte parmi ses principales villes : Tours « assise entre deux fleuves, agréable par les eaux qui l'avoisinent, riche en arbres et en grains, fière de ses citoyens, puissante par son clergé et 4écorée par la présence du corps très saint de l'illustre prélat

Martin; Chinon, remplie de richesses et entourée de fortes murailles; Loches, noble château envers lequel la terre n'est point avare de grains, ni la vigne de vin. — L'Anjou, avec sa capitale Angers, « ville riche, ornée, autour de laquelle s'étendent des champs chargés de vignes, qui fournissent à boire aux Normands et aux Bretons et qui font que les seigneurs de cette terre ne manquent jamais d'argent. »

Entre la Normandie et le Poitou, la Bretagne, fief relevant du duché de Normandie, obéit à Geoffroi, second fils du roi d'Angleterre. Nantes, « qu'enrichit la Loire poissonneuse et qui fait avec les pays lointains un commerce de saumons et de lamproies, a Nantes est la capitale de la Bretagne et la résidence ordinaire du comte Geoffroi.

Au sud, Raymond V, comte de Saint-Gilles et de Toulouse, duc de Narbonne, se partage avec Richard, comte de Poitiers, troisième fils du roi d'Angleterre Henri II, la possession de l'Aquitaine, la plus riche et la plus féconde des provinces gauloises, de l'Aquitaine où tous les guerriers sont poètes, de l'Aquitaine si avide d'indépendance, si brave contre ses oppresseurs, et qui, la guerre finie, s'abandonne sans mesure à tous les plaisirs : esclave de ses appétits sensuels, dit un contemporain, au point qu'elle surpasse tous les pays du monde dans l'art de discerner les saveurs agréables et de préparer les mets. Raymond de Toulouse est le suzerain des comtés de Garcassonne, de Rodez, d'Albi, de Lodève, de Béziers et de Foix. Richard d'Angleterre commande aux barons turbulents de la Gascogne, de l'Angoumois,du Poitou, de la Marche et de l'Auvergne.

Telles sont les riches contrées de la France féodale

qui avaient envoyé leurs seigneurs dans la ville ar*

chiépiscopale de Reims pour assister au sacre du roi Philippe. Mais ce roi lui-même, qui recevait les hommages de tant de puissants princes, que possédait-il en propre? Les comtés d'Orléans, du Vexin, de Melun, de Senlis, de Noyon, d'Étampes ; la vicomte de Bourges; le comté de Château-Landon, le pays de Poissy, un certain nombre de villes ou résidences royales, telles que Laon, Fontainebleau, et surtout Paris. Encore n'était-il maître que d'une partie de Paris, le reste appartenant à l'évêque et à vingt autres seigneurs différents. L'étroit domaine légué par Louis Vil à son fils disparaissait au milieu des vastes et riches fiefs qui l'entouraient. Qu'était-ce que le seigneur de l'Ilede-France et de l'Orléanais devant cet Henri Plantagenet qui possédait, outre la couronne d'Angleterre, tout l'ouest et presque tout le sud du territoire français ?

Et pourtant le descendant d'Hugues Gapet se trouvait revêtu d'un titre qui le rendait supérieur aux plus puissants barons : il était roi, dignité qui lui conférait le droit de suzeraineté sur tous les duchés et comtés du pays de France. Le duc de Normandie et le comte de Flandre, si riches en domaines, si redoutables par le nombre de leurs hommes d'armes, n'en étaient pas moins tenus de venir devant ce roi faire hommage de leurs terres. En qualité de roi, Philippe-Auguste avait le droit de réviser les sentences des grands vassaux, de les convoquer à son armée, de les citer à sa cour, de confisquer leurs biens s'ils se rendaient coupables de félpnie, de mettre un terme aux guerres meurtrières qu'ils se faisaient mutuellement, de s'opposer à leurs injustices et à leurs pillages, et de protéger contre eux les prêtres et les laboureurs. Ces droits de la rovauté, Louis le Gros avait

essayé le premier de les exercer lorsqu'il battait en brèche la grosse tour de Montlhéry, et qu'il courait de château en château, punissant les seigneurs pillards et défendant les opprimés. L'abbé Suger les avait proclamés hautement, c C'est le devoir des rois, disait-il, de réprimer de leur main puissante et par le droit originaire de leur office, l'audace des tyrans qui déchirent l'État par des guerres sans fin, mettent leur plaisir à piller, désolent les pauvres, détruisent les églises et se livrent à une licence qui, si on ne l'arrêtait, les enflammerait d'une fureur toujours croissante, i

Mais comme Louis VI et Suger, tout pénétrés qu'ils étaient des droits et des devoirs de la royauté, n'ont pu la mettre en dehors et au-dessus de la féodalité, Philippe- Auguste, à son avènement, dut s'apercevoir qu'il avait beaucoup de droits et peu de forces pour les faire respecter. Ses domaines étaient trop petits, ses revenus trop minces; une disproportion évidente existait entre la grandeur de sa dignité et l'exiguïté de ses ressources. Il s'agissait de donner à la royauté, qui n'avait été jusqu'ici qu'une puissance morale, la force réelle, matérielle, qui lui manquait : œuvre difficile, qui exigeait du prince décidé à l'entreprendre beaucoup de prudence et d'habileté, et en même temps beaucoup d'ambition et d'énergie. Or le jeune roi que l'on couronnait en 44 79 n'était pas au-dessous d'une pareille tâche. Un chanoine de Saint-Martin de Tours a laissé de lui un curieux portrait qui a tout l'air d'être ressemblant. « Il était, dit-il, très bien fait de corps, de formes élégantes, et de riante physionomie. Ghauve,le teint très coloré, grand mangeur et grand buveur, il se montrait très large envers ses amis, très fermé à ceux qui lui déplaisaient. Esprit pré*

voyant, opiniâtre dans ses résolutions, très catholique dans sa foi, il jugeait avec une rapidité et une rectitude remarquable. Aimé de la fortune, craintif pour sa vie, facile à émouvoir et à apaiser, il était dur pour les grands qui lui désobéissaient, se plaisait à nourrir entre eux la discorde, et aimait à se servir des petites gens. » La statue qui lui fut érigée à l'abbaye de la Victoire, près de Senlis, le représente à genoux, les mains jointes, avec une large et belle figure, des cheveux bouclés, des sourcils énergiques, un nez fin et légèrement pointu. Peu lettré lui-même, il paraît cependant avoir aimé les arts et la poésie, si Ton en juge du moins par les flatteries des clercs de la maison royale qui le comparaient à Gharlemagne, et par ce fait qu'il appelait souvent après ses repas le trouvère Hélinand pour se divertir de ses chansons. Moins ignorant que beaucoup de seigneurs contemporains, il savait écrire, car son testament, que possèdent les Archives nationales, est très probablement autographe, d'une grosse écriture irrégulière et penchée à gauche, mais cependant très nette et très ferme.

La plupart des chroniqueurs qui ont raconté les grandes actions de Philippe-Auguste font précéder son nom d'une épithète qui ne varie guère. Ils l'appellent le sage Philippe, prudcns ou sapiens Philippus. Le moyen âge en effet a vu peu de figures aussi originales: car, s'il appartient à son temps par les pratiques superstitieuses, les instincts cruels, la perfidie et l'absence complète de scrupules dans le choix des moyens, d'autre part il s'éloigne singulièrement du type de la chevalerie féodale. Il est, sinon froid et patient, au moins persévérant et dissimulé; il sait attendre et combiner, ne se livre que rarement et ne

s'avance qu'à coup sûr. Il excelle à guetter les occasions favorables et à suivre avec ténacité des desseins mûrement médités. C'est, avant tout, un politique. Tout jeune encore, il passe déjà pour adroit et pour sage. Un jour, le comte de Flandre (c'était au commencement du règne de Philippe) vint trouver le comte de Poitiers, qui faisait la guerre à son suzerain et roi, et lui dit : « Seigneur comte, il me semble à moi et à plusieurs que tu es bien imprudent et bien malavisé de conduire ton armée contre le seigneur roi de France, de qui tu tiens tant de fiefs et dont tu as tant à espérer. Gomment pourra-t-il t'aimer et te conférer les bénéfices qui t'attendent? Prends bien garde de dédaigner sa jeunesse : il est jeune par l'âge, mais il est déjà mûr par l'esprit ; prudent dans les affaires et plein d'activité, il garde fidèlement le souvenir des maux qu'on lui a faits, et n'oublie pas non plus les services qu'on lui a rendus. Crois-en mon expérience : moi aussi, je lui ai fait la guerre jadis, mais je l'ai faite à mes dépens, et maintenant je m'en repens amèrement. »

Qui ne connaît le curieux passage de Joinvillesurle sens politique de Philippe-Auguste? « Le jour que le roi Louis 4 partit d'Hyères, il descendità pied du château, parce que la côte était trop raide, et il alla tant à pied que, parce qu'il ne put avoir son palefroi, il lui fallut monter sur le mien. Et quand son palefroi fut venu, il courut sus très irrité à Pons l'écuyer, et quand il l'eut bien tancé, je lui dis : Sire, vous devez beaucoup passer à Pons l'écuyer, car il a servi votre aïeul et votre père et vous. — Sénéchal, fit-

1. II s'agit du roi Louis IX, ou saint Louis, petit fils de Philippe- Auguste.

il, il ne nous a pas servis, c'est nous qui l'avons servi quand nous l'avons souffert près de nous avec les mauvaises qualités qu'il a. Car le roi Philippe mon aïeul me dit qu'on devait récompenser ses gens, V un plus, Vautre moins, selon qu'ils servent; et il disait encore que nul ne pouvait être bon gouverneur de terre, s'il ne savait aussi hardiment et aussi durement refuser qu'il saurait donner. Et je vous apprends ces choses, dit le roi, parce que le siècle est si avide de demander, qu'il y a peu de gens qui regardent au salut de leurs âmes ou à l'honneur de leurs personnes, pourvu qu'ils puissent attirer le bien d'autrui par devers eux, soit à tort, soit à raison. »

Tel était le jeune roi qui, en 1479, se trouvait, de fait, seul chargé du gouvernement, puisque son père, complètement perclus, ne bougeait plus du palais de la Cité et n'avait plus la force de gouverner. On vit bientôt se révéler le caractère décidé et énergique de ce souverain de quinze ans. Dans la dernière partie de son règne, le faible et indécis Louis VII s'était laissé constamment diriger par sa femme et par ses quatre beaux-frères, Henri, comte de Champagne, Thibaut, comte de Chartres et de Blois, Etienne, comte de Sancerre, et Guillaume, archevêque de Reims. Cette puissante maison de Champagne, dont les possessions enserraient de tous côtés le domaine royal de l'Ile-de-France et du Berry,était, en réalité, maîtresse absolue du royaume, et inspirait toutes les résolutions du souverain. Aussi s'était-elle fait de nombreux ennemis, et en particulier le comte Philippe de Flandre, et le maréchal du palais, Robert Clément, qui étaient chargés de l'éducation militaire et chevaleresque du jeune prince Philippe. A

peine celui-ci eut-il été couronné, qu'une réaction se produisit, et que le parti flamand substitua violemment son influence à celle du parti champenois. On enlève au vieux roi paralytique le sceau de la chancellerie, marque, principale de la souveraineté. Ses amis et ses confidents intimes sont éloignés. Le dissentiment qui s'est élevé entre Philippe- Auguste et la maison de Champagne prend un caractère tellement aigu , que le jeune roi dépouille sa mère Adèle des châteaux qu'elle possédait en propre, et des revenus qui lui assuraient l'indépendance. Bien plus, à l'instigation du comte Philippe, il se rend en Flandre, et épouse, à Bapaume, la propre nièce du comte , Isabelle , comtesse de Hainaut.

Ce mariage était loin d'être impolitique : il unissait un roi capétien à une descendante de Charlemagne et devait avoir pour résultat l'annexion au domaine royal d'une grande partie de l'ancien comté de Vermandois, mais il mit le comble à la colère et à l'indignation de la reine mère et de ses frères, contre la volonté desquels il avait eu lieu. Les princes champenois s'en plaignirent amèrement au jeune roi anglais, Henri Court-Mantel, et celui-ci alla trouver son père en Angleterre pour l'instruire des graves événements survenus à la cour de France. Henri II passe le détroit, et débarque en Normandie, où courent le rejoindre, avec la reine mère, tous ceux que Philippe-Auguste a mécontentés et disgraciés. La situation devient menaçante pour le nouveau roi de France et pour le parti flamand. Mais le fils de Louis Vil n'hésite pas. Il faut qu'il fasse couronner et sacrer sa jeune femme. Or son oncle Guillaume, archevêque de Reims, le prélat que la tradition la

plus constante investit du droit de sacrer rois et reines de France, est un de ses ennemis, et s'y refusera. Eh bien! on se passera de l'archevêque de Reims; c'est l'archevêque de Sens qui donnera la bénédiction aux deux époux. La cérémonie s'accomplit en effet dans l'abbaye de Saint-Denis , en présence d'un grand nombre d'évêques et de barons .

La mort de Louis VII, survenue le 48 septembre 4480, laissait définitivement la royauté à Philippe- Auguste, et la régence au comte de Flandre. Ce dernier allait-il gouverner le royaume, comme l'avait fait un de ses prédécesseurs, le comte Baudouin, durant la minorité de Philippe 1 er ? Devant cette menaçante éventualité, les ennemis du parti flamand ne se découragèrent point. Déjà le vieux roi d'Angleterre, poussé par les princes de Champagne, avait invité Philippe-Auguste à une conférence, sur les confins de la Normandie, entre Trie et Gisors, et là s'était conclu un traité qui, tout en maintenant la régence au comte de Flandre, avait décidé que la reine mère Adèle serait tutrice de son fils. Irrité de cette première atteinte portée à son crédit, Philippe de Flandre voyait en même temps la faveur de nouveaux conseillers, tels que le comte de Clermont et le seigneur de Coucy, diminuer peu à peu la sienne dans l'esprit du jeune roi. L'ouverture de la succession du Vermandois et de l'Amiénois, revendiquée à la fois par Philippe-Auguste et par le régent, aggrava leur mésintelligence et finit par les séparer tout à fait. Le premier acte politique du nouveau roi caractérise nettement les tendances du règne. Une occasion inespérée se présente d'ajouter au domaine capétien un fief considérable, important par sa proxi-

mité de Paris : Philippe-Auguste n'hésite pas un seul instant; il déclare que, l'héritière du Vermandois étant morte sans enfants, ses possessions doivent revenir à la couronne.

Mais le mari de cette héritière n'est autre que le comte de Flandre lui-même; il n'entend pas laisser le roi de France s'agrandir à ses dépens. Bientôt les instincts d'indépendance féodale se réveillent sur tous les points du territoire, et une vaste coalition seigneuriale s'organise contre le Capétien. Tous les prédécesseurs de Philippe-Auguste avaient dû lutter ainsi, lors de leur avènement, contre les forces liguées de la féodalité rebelle. Les comtes de Flandre, de Hainaut et de Namur, le duc de Bourgogne, les comtes de Blois, de Sancerre et de Champagne se trouvent réunis dans une même haine, prêts à combattre pour la cause commune. Si le roi d'Angleterre eût voulu mettre cette crise à profit en accablant son nouveau suzerain, l'existence de la royauté capétienne était singulièrement compromise; mais le danger fut écarté, grâce à la neutralité d'Henri II et à l'énergie de Philippe. « Celui qui passait aux yeux des seigneurs coalisés pour délicat, frêle et dénué de sagesse, cet enfant qui, dans leur esprit, était incapable de se défendre, leur fit voir sur-le-champ et très clairement combien il répondait peu à l'idée qu'ils s'en faisaient. Il se montra roi dans la guerre, vieillard dans le conseil, jeune homme dans l'action, homme mûr par la vigueur de son esprit. » Ils ne firent, dit un autre chroniqueur, que justifier le proverbe : « Ils n'ont enfanté que du vent, ils n'ont tramé que des toiles d'araignées. » — « Certes, mes ennemis sont redoutables, dit ce jeune roi lui-même, mais, Dieu aidant, ils ne feront que vieillir et s'afl'ai-

blir tandis que moi je ne puis que croître en forces, en âge et en sagesse ».

Philippe débute en effet par un acte d'énergie : il prend à sa solde une armée de Brabançons et marche contre son oncle maternel, Etienne, comte de Sancerre, à. qui appartenait « le château de Ghâtillon-sur-Cher, fier de ses hautes tours, de ses remparts et de ses fossés ». Il assiège cette forteresse, la prend, la brûle, et fait ravager par ses coureurs toutes les terres des environs (1181). Ensuite vint le tour du duc de Bourgogne, Hugues III. Pressentant l'orage, il avait approvisionné et fortifié son redoutable manoir de Châtillon-sur-Seine. « Le roi enfant, indigné de se voir dédaigné comme un enfant, et de n'être point respecté comme roi,» traverse à marches forcées la Champagne, et bientôt la forteresse est entourée de ses bannières et de ses soldats. L'assaut est donné : « Les assiégeants, réunis par groupes, lancent une grêle de traits pour empêcher les assiégés de monter sur les murailles, et, selon leurs usages, de courir derrière les remparts : bientôt les fossés sont comblés de terres relevées par leurs bords ; on dresse les échelles au pied des remparts, les soldats agiles et légers glissent le long des parois, pareiis aux écureuils, et s'élancent sur les murailles. Vaincus, les assiégés prennent la fuite; ils vont, en masse compacte, s'enfermer dans la tour la plus élevée : mais bientôt le donjon lui-même est miné : il croule, est renversé, et, tombant, il ouvre passage au vainqueur, qui y entre aussitôt. » De nombreux prisonniers, et entre autres le fils du duc de Bourgogne, Eudes, tombent entre les mains du roi. Le puissant vassal dut se soumettre, réparer tous les dommages qu'il avait causés aux églises , donner une

caution suffisante, des otages, et prêter serment de fidélité (11 84).

Restait l'ennemi le plus redoutable, le comte de Flandre, soutenu par une brillante armée de chevaliers belges et par les innombrables milices que lui envoyaient les grandes cités ouvrières de Gand, d'Ypres, d'Arras, de Bruges et de Lille. Là, les risques étaient plus grands et le terrain moins bien connu. Des négociations précèdent les hostilités. Le comte écrit au roi, au sujet du Vermandois et de l'Amiénois : « Ton père m'a fait don de ces pays, et tu te souviens toi-même que tu as confirmé cette donation de ton sceau royal. Il serait malséant que la promesse d'un roi fût une garantie si peu sûre. — Oui, répond Philippe-Auguste : mais mon père ne te les a cédés que pour être possédés par toi pendant un temps ; et quant à ce que tu te vantes que j'ai moi-même confirmé ce don, tu sais bien que la concession faite par un enfant n'est d'aucune valeur. Si tu diffères encore de me laisser rentrer dans ces biens, tu verras ce que la force jointe au bon droit peut donner de supériorité au seigneur qui réclame seulement ce qui lui est dû. » Le comte répliqua en appelant les Flamands aux armes et en envahissant la Picardie, h assiège inutilement Gorbie, ravage les environs de Senlis et prend le château de Dammartin. « Rien de fait encore, s'écrie l'ambitieux Philippe, si je ne brise les portes de Paris avec les chevaliers de Flandre, si je n'établis mes dragons sur le Petit-Pont, et si je ne plante ma bannière au milieu de la rue de la Calandre. »

Mais le comte de Flandre se vantait : loin de pouvoir se jeter sur Paris, il est obligé d'abandonner le siège de Béthisy ;l à la nouvelle de l'arrivée de Phi-

lippe-Auguste. Il se retire par la forêt deCompiègne, attaque en passant la forteresse de Choisy-au-Bac, puis regagne les frontières de Flandre. Philippe jugea prudent de ne point le poursuivre jusque dans ses États ; il se contenta d'investir Amiens. Mais il fallait auparavant s'emparer des châteaux forts qui entouraient et protégeaient cette grande cité, notamment de celui deBoves, un des mieux fortifiés de la Picardie. Les Français mettent le siège devant cette forteresse, renversent la muraille d'enceinte dont ils ont sapé les fondements, et battent en brèche la citadelle avec des mangonneaux et des pierriers 4 . Le donjon, criblé de fentes, menace déjà de livrer passage aux assiégeants, lorsque le comte de Flandre,

1. Les moyens d'attaque, au moyen âge, étaient l'escalade tentée par surprise ou de vive force, et la brèche pratiquée dans le mur de la forteresse par le jeu des machines destinées à renverser les remparts. Les assiégeants commençaient d'ordinaire par prendre et détruire les ouvrages avancés de la place assiégée, tels que les poternes, les palissades, etc. Comme ces ouvrages étaient généralement en bois, on tâchait de les démolir à coups de hache ou d'y mettre le feu avec des flèches garnies d'étoupes soufrées. On tentait ensuite -l'escalade : on comblait le fossé avec des fagots de branchages coupés et l'on dressait des échelles contre le rempart. Si l'escalade échouait et qu'on voulût avoir recours à la sape, des mineurs, protégés contre les projectiles lancés du haut des créneaux par un toit incliné composé de madriers, démolissaient le bas de la muraille et y pratiquaient un trou suffisant pour livrer passage â plusieurs soldats; ou bien ils creusaient une galerie sous les fondations des remparts et des tours, la soutenaient par des poutres, accumulaient autour des étais des matières inflammables auxquelles ils mettaient le feu. Les étais consumés, les murailles s'écroulaient et la brèche était faite. Quant aux machines de guerre, il y en avait de deux sortes : 1° celles qui étaient destinées à opérer de près, comme le bélier, longue et lourde poutre, garnie à son extrémité d'une pointe de fer et qui, balancée à force de bras ou montée sur des roues, était destinée à battre et à défoncer les murailles ; 2° celles dont l'action ne s'exerçait que de loin contre la place, comme les pierriers et les mangonneaux, sortes d'énormes frondes, manœuvrées par plusieurs hommes et qui jetaient des quartiers de roches contre les remparts.

reparaissant enfin avec de nouvelles troupes, établit son camp non loin de celui du roi. Une bataille est imminente; mais un revirement inattendu se produit. Le comte, peu rassuré sur l'issue du combat, inquiet des forces considérables qu'il voit réunies autour de Philippe- Auguste, accepte la médiation de Guillaume, archevêque de Reims, et de Thibaut, comte de Blois, oncles du roi. D'après le chroniqueur Rigord, les paroles suivantes furent portées à Philippe de la part de son vassal : « Seigneur, calme la colère qui t'agite contre moi ; viens à moi avec des dispositions pacifiques, el dispose, suivant ton gré, des biens que possède ton serviteur. Monseigneur et roi, la terre que tu revendiques, le Vermandois avec tous les châteaux et les villages qui en dépendent, te sera livré intact, librement et sans délai. Cependant, si ta Majesté royale veut bien m'accorder cette concession, je désirerais que ta libéralité me laissât, comme usufruit, les villes de Saint- Quentin et de Péronne, à titre de présent royal, en te réservant pour toi et tes héritiers le droit de les recouvrer après ma mort, sans aucune contestation. »

Telle fut en effet la teneur du traité qui intervint le 20 mai 1186, entre Philippe-Auguste et le comte de Flandre. Celui-ci consentait à abandonner l'Amiénois avec le petit pays de Santerre et le Vermandois, excepté Saint-Quentin et Péronne, dont il se réservait la jouissance durant sa vie. Ainsi Philippe inaugurait son règne en remportant un succès des plus décisifs sur la féodalité. Une coalition seigneuriale était brisée; la Flandre, État redoutable, dont les chefs avaient plusieurs fois tenu en tutelle les rois capétiens, était battue et humiliée; au do-

maine si exigu de la royauté s'ajoutaient, pour toujours, les riches vallées de l'Oise et de la Somme. Quel avenir promettait un début aussi brillant! La féodalité , déjà avertie par cette rude leçon , n'allait pas tarder à comprendre mieux encore tout ce que renfermait de dangereux pour elle ce titre de roi porté par ijn homme actif, énergique et ambitieux.

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